Hommage à Monsieur l'Ingénieur des PTT 

Robert Keller

Comment, en tant que fonctionnaire de France-Télécom intéressé par l'histoire de l'Administration des Télécommunications, ne pas citer en exemple au moins un des innombrables agents des Postes Télégraphes Téléphones morts pour la France ? 

Aussi, me suis-je partiellement et librement inspiré du livre : Les mystères de la Source K écrit par Roger Rouxel, édité par Les dossiers d'Aquitaine en 2004 ; pour  réaliser une courte synthèse factuelle, le tout complété par des documents historiques des Archives du Groupe Orange.

L’opération d’espionnage la plus importante en France fut réalisée aux PTT : Ce fut la création de ce qui fut appelé la source « K »

- Le Réseau Robert Keller -

PortraitRobertKellerREF111362

Ci-dessus : M. l'Ingénieur des Travaux du Service des Lignes Souterraines Grande Distance - Robert Keller.

Photographie d'identité - circa 1940 - Coll. Orange DANP

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C'est en 1927 que Robert Keller entre dans l'Administration des PTT, en tant qu'agent mécanicien des Lignes Souterraines à Grande Distance.

  • Particulièrement dynamique, il est rapidement remarqué par ses supérieurs et promu sous-ingénieur aux LSGD.
  • L'Administration le charge d'organiser le premier Centre de Dérangement des Câbles en France, à Paris (créé en 1928).

En 1939, Robert Keller est mobilisé sous le grade de lieutenant dans la Télégraphie Militaire.

1939.10.04IdentiteMilitaireRobertKeller

Ci-dessus : Identité Militaire de Robert Keller, mobilisé dès la déclaration de guerre.

Photographie X - 4 octobre 1939 - Coll. Orange DANP

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Lors de l'effondrement de la France en Mai 1940, la conduite héroïque de Robert Keller à Péronne, lorsqu'il refuse d'abandonner son équipe coincée du mauvais d'un pont bombardé, faisant marche arrière pour secourir ses hommes, les sauvera tous de l'envahisseur, et lui vaudra la Croix de Guerre en conséquence.

  • Démobilisé après la défaite, Robert Keller reprend la Direction du Centre de Dérangement des Câbles de Paris.
  • Viscéralement contrarié par la présence allemande dans la France occupée, Robert Keller, s'accroche souvent avec l'occupant et ses zélateurs. Robert Keller n'a qu'un seul but : lutter contre l'occupant.

Dès l’Armistice de 1940, un pacte se noue alors entre l’État-major de l’Armée et l’Administration des P.T.T pour camoufler au sein de la Direction des Télécommunications l’ensemble des Services d’Études et d’Exploitation de la Télégraphie militaire. 

  • Ce pacte honore grandement le Directeur des Télécommunications Charles Lange (qui sera maintenu Directeur Général des Télécommunications jusqu’à sa retraite en 1951) et tous ceux qui ont travaillé à l’établir.

Dès 1941, le Service des Renseignements (S.R) via le Commandant Léon Simoneau, agissant au nez et à la barbe de l’occupant, demande au Capitaine Edmond Combaux, polytechnicien et « Sup-Elec », qui avait appartenu au Génie-Transmissions et qui avait été recasé dans les PTT à la Direction des recherches techniques, d’étudier les possibilités que pourrait offrir son nouveau poste pour l’écoute des communications téléphoniques des autorités allemandes d’occupation. Ces écoutes pouvaient en effet constituer une source de valeur considérable, mais d’exploitation très délicate, car les interceptions risquaient d’être détectées si elles n’étaient pas parfaitement effectuées. Toute erreur de câblage ou toute baisse significative de l’isolement des câbles était interdite sous peine de découverte et de mort certaine.

En Septembre 1941, dans son bureau du 24, rue du Général Bertrand à Paris (mitoyen du Centre Téléphonique et Télégraphique Saxe-Ségur), René Sueur, Ingénieur des Travaux affecté à la Direction des Recherches et du Contrôle Technique des PTT, présente au Capitaine Edmond Combaux l’Ingénieur des Travaux des PTT - Robert Keller, spécialiste des câbles : un homme grand, aux épaules d’Hercule, des mains de travailleur. Une chevelure blonde dont les mèches s’élèvent au-dessus du front comme des langues de feu, un visage finement ciselé qui porte toutes les marques d’une indomptable énergie, des yeux calmes et rieurs qui rayonnent d’intelligence, de bonté et de droiture.

Robert Keller déclare disposer d’une équipe sur laquelle il peut compter, prête à braver tous les dangers pourvu que cela soit contre l’ennemi et pour la France :

  • Le vérificateur Georges Lobreau, contrôleur principal des PTT, chargé de la Direction des Lignes Souterraines à Grande Distance à Paris - Saint-Amand,
  • Les chefs d’équipe du service des lignes souterraines à grandes distances Laurent Matheron (qui est communiste) et Pierre Guillou sont de cette trempe. 

Tous trois l’ont suivi et assisté au cours de la première campagne de France de Mai à Juin 1940. Ils seraient donc encore auprès de lui, devant un danger considérablement accru, et avec la même fidélité.

  • Nota : Georges Lobreau, (né en 1906) connaissait Robert Keller depuis un stage en commun d'agent-mécanicien des Liaisons Souterraines à Grande Distance en 1927, année de l'entrée de Robert Keller dans l’Administration des PTT.

1940.1944AffichetteSabotagePttPuniDeMort

Ci-dessus : affichette type apposée dans l'ensemble des locaux PTT sur ordre de l'occupant allemand pendant l'occupation.

  • La peine encourue pour sabotage est la mort.

circa 1942 - Collection Orange DANP

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M. Robert Keller, Ingénieur des Travaux à la Direction des Lignes Souterraines Grande Distance (promotion 1931), supervise le contrôle technique du câble souterrain Paris-Metz-Berlin, à l’usage exclusif des autorités allemandes. C’est donc sur lui que repose le succès ou l’échec de l’entreprise, lui seul étant capable de réaliser l’essentiel, d’accomplir ce tour de force incroyable que représentait le travail sur ce câble. Il a, plus que tout autre, des raisons d’hésiter en songeant à sa femme et à ses quatre enfants ; ce qui pourrait justifier son refus de participer à cette périlleuse aventure qui lui ferait encourir, en raison même de ses fonctions, les risques les plus graves. Au contraire, il accepte et accomplit avec résolution le premier pas sur la route fatale qui le mènera au supplice. Il choisit instinctivement d’obéir à l’appel de la nation, étant issu d’une famille alsacienne repliée depuis l’annexion inacceptable de 1871.

Malheureusement, à Paris, le Centre Interurbain de Saint-Amand constitue une forteresse inattaquable (enterré et protégé en béton armé, à 20 mètres sous terre, toutes issues gardées par des sentinelles aussi bien en surface qu’en sous-sol au débouché des galeries empruntées par les câbles). De plus, dans chacune des stations de répéteurs, des techniciens allemands surveillent les moindres gestes du seul vérificateur français en poste, et un sonderführer local était seul à pouvoir autoriser la moindre activité, le moindre chantier sur n'importe quel circuit de transmission...

Mais l’écoute s’avère possible à condition qu’un appareil d’interception compensant les pertes de courant puisse être installé sur un point du parcours et soit servi par des opérateurs très qualifiés. 

M. l'Ingénieur en Chef des Transmissions des PTT - René Sueur conçoit des amplificateurs spéciaux à grande impédance d’entrée pouvant être insérés sur les circuits sans être décelés par les stations de mesure des allemands. Le Capitaine Edmond Combaux constate que le câble, qui utilise l’itinéraire de la Route Nationale 3, passe à proximité de pavillons près de Noisy-le-Grand. Un pavillon situé à moins de six mètres de la ligne, et pourvu d’un sous-sol est en conséquence loué. 

Entre-temps, l’appareil d'interception est réalisé en pièces détachées dans divers établissements de la zone libre grâce à l’aide de M. Myron Lebedinsky de la Société Anonyme des Télécommunications (SAT), selon les instructions données par M. l'Ingénieur en Chef des Transmissions des PTT - René Sueur. 

Il reste à recruter des opérateurs sûrs. Outre une parfaite connaissance de la langue allemande, ils doivent posséder celle de la sténographie, être au courant de l’organisation de la Wehrmacht, de son ordre de bataille, ainsi que des structures et du fonctionnement du III° Reich. Le hasard fait que le sergent-chef alsacien Édouard Jung se présente au Commandant Léon Simoneau, qui avait été avant la guerre son commandant de compagnie. La mission lui est donc proposée, sans que soient cachés les risques terribles qu’elle implique pour sa vie. Il l’accepte aussitôt.

En 1942, au mois de mars, pourvu de pièces d’identité délivrées « authentiquement », Édouard Jung s’installe à Noisy-le-Grand dans un pavillon de banlieue loué pour l'opération, avec pour couverture un emploi fictif d’agent d’assurances fourni par Gérard Grimpel, Secrétaire Général de la compagnie d’assurance « La Nationale » et son adjoint Lionel Levavasseur. 

  • Début Avril 1942, l’appareil intercepteur est livré en pièces détachées à partir de la Zone dite Libre. Un tunnel est creusé jusqu’au passage du câble. 
  • Le 10 avril 1942, l'installation des amplificateurs, des têtes du câble et des amorces est achevée.
  • Le 16 avril 1942, Robert Keller crée des incidents techniques afin de justifier l’ouverture d’une tranchée pour réparations le long de la route nationale n°3, travaux organisés comme s'il s'agissait de travaux de fouilles ordinaires de l'Administration des PTT. Pour faire diversion, plusieurs fouilles destinées officiellement à localiser le défaut sont opérées autour de la vraie... Et masquer les travaux de mise en dérivation du câble.
  • Le 18 avril 1942 à 21H00, le Capitaine Edmond Combaux est présent au pavillon de Noisy-le-Grand avec Robert Keller. Sont présents pour l'opération de mise en dérivation du câble les Chefs d'équipe Laurent Matheron et Pierre Guillou, que le Capitaine ne connaît pas.
    • Le Vérificateur Georges Lobreau est présent dans la station d'amplification LSGD de Paris Saint-Amand pour faire les tests selon les instructions (volontairement bidonnées) de Robert Keller, consistant à déconnecter les circuits un par un pour y effectuer des mesures électriques... Au nez et à la barbe des techniciens allemands présents dans la station, et donner le temps aux deux chefs d'équipe de poser les dérivations, voie par voie.
    • M. Fugier est présent à la station d'amplification LSGD de La-Ferté-sous-Jouarre pour les mêmes tests.
  • Le 19 avril 1942 à 4H00, l'épissure est terminée, le câble retrouve son étanchéité, l'isolement du câble "remonte" - car, en raison de l'humidité ambiante de la nuit, l'isolement des paires, isolées au papier, avait beaucoup diminué et failli tout faire découvrir...

L’équipe PTT, composée d’hommes absolument sûrs, comprend donc, outre le Capitaine Edmond Combaux et Robert Keller : Georges Lobreau, Robert Keller et René Sueur, ainsi que deux chefs d’équipe spécialistes des lignes téléphoniques souterraines à grande distance : Laurent Matheron et Pierre Guillou. 

Le service d'exploitation des Liaisons Souterraines Grande Distance va tenir une place stratégique dans la mise en place de l'écoute des câbles. 

  • En effet, c'est ce service qui détient les carnets de fils, où l'affectation de chaque quarte est répertoriée. C'est grâce à ce service installée rue Bertrand, à Paris, que l'équipe Keller saura quelles quartes mettre sur écoute, à coup sûr, le jour J.
  • L'Ingénieur Général des Télécommunications - Paul Bassole témoigne à la fin de sa vie, le 21 février 2007, que son supérieur Raymond Croze, alors Ingénieur aux LSGD, avait fait en sorte que les carnets de fils soient communiqués secrètement à Robert Keller. À ce titre, le Réseau Keller dépendait du Réseau Croze (Raymond Croze étant Résistant dès le début de l'occupation).

Écoute du câble Paris-Metz :

  • La majeure partie du câble de 97 circuits est connectée à l’appareillage de dérivation dans la nuit du 18 au 19 avril 1942 : 70 circuits sont désormais écoutables... La tranchée est rebouchée à l'aube. Dans la journée, le matériel d’amplification est mis en service par René Sueur aidé d’un spécialiste des Transmissions de l’État : M. Deguingamp.
  • Édouard Jung se met à l’œuvre dès le 19 avril 1942. Il opère seul pendant trois mois, mais il ne peut pratiquer une écoute continue, car il lui faut transcrire en encre spéciale les PV, en assurer l’expédition, s’alimenter et prendre un minimum de repos. Un second opérateur offrant toute garantie est recruté : M. Robert Rocard, licencié d’allemand, qui avait été pendant un an lecteur dans une université allemande ; puis au début de l’été 1942, un troisième opérateur, Prosper Riss, un jeune alsacien, ce qui multiplie le rendement des interceptions.
  • Les renseignements obtenus sont considérables : mouvements, mises sur pied et transformations de grandes unités terrestres et aériennes, bases de sous-marins, appréciations sur le qualité et le comportement des chefs, etc. Sont écoutés et enregistrés : Le Führer lui-même, et les généraux Goering, Keitel, Von Rundstedt, Jodl, Stülpnagel, Milch, Sperrle et beaucoup d’autres. 
  • Certains actes de guerre sont alors suivis en détail : par exemple, les comptes-rendus relatifs à l’opération menée par les Britanniques à Dieppe, en Août 1942. L’écoute sur le câble Paris-Metz dura 5 mois.

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Le 15 septembre 1942, des rumeurs commencent à courir dans les environs de Noisy-le-Grand, au sujet du pavillon et de l'équipe. Ces commérages de comptoirs de bar les accusent d'être de la cinquième colonne, pro-allemands !

  • Dans la nuit du 16 au 17 septembre, le pavillon « K » est alors évacué d’urgence à Livry-Gargan, où avait été prévu un emplacement de secours. L'évacuation complète de l'installation est décidée par le Capitaine Edmond Combaux. Elle est réalisée en une nuit par Robert Keller, Laurent Matheron et Pierre Guillou. 
  • Les amplificateurs sont récupérés le 18 septembre 1942 par René Sueur et M. Deguingamp.

Il est dans la foulée décidé de créer une nouvelle installation sur le câble Paris-Strasbourg. En effet, l'occasion inespérée se présente rapidement : Le 15 novembre 1942, les allemands convoquent Robert Keller et ordonnent à l'Administration des PTT de gros travaux de dérivation du câble Paris-Strasbourg vers leur Poste de Commandement, basé à Saint-Germain-en-Laye.

Malgré les risques, l'occasion est trop belle, et l'équipe décide de relever le défi. L'opération s’annonce plus fructueuse encore que la première, car le câble Paris-Strasbourg comprend un bien plus grand nombre de circuits (320)

Écoute du câble Paris-Strasbourg :

  • Les têtes du câble sont installées dans le nouveau pavillon de Livry-Gargan par Pierre Guillou et Laurent Matheron.
  • Les amplificateurs à haute impédance d'entrée sont installés par René Sueur et M. Deguingamp.
  • Les travaux d’interception sur ce nouveau câble organisés par Robert Keller sont achevés le 16 novembre 1942 en soirée.
  • Ils sont réalisés par Georges Lobreau assisté des ouvriers des lignes - Levasseur et Abscheidt. 
  • Le 17 novembre 1942, René Sueur et M. Deguingamp mettent les amplificateurs à haute impédance en service.
  • Le soir même, d’emblée avec trois opérateurs en fonction, Prosper Riss, Robert Rocard et Edouard Jung, le rendement des écoutes s'avère prodigieux. 
  • Parmi le câble, 140 circuits de première priorité sont écoutables. Les uns sont spécialisés pour la Luftwaffe, les autres pour la Kriegsmarine. Des circuits d’usage général écoulent les communications des forces terrestres, de la Gestapo, du contrôle économique, des commissions allemandes d’armistice et de tous les services allemands occupant indûment notre sol. Dans le flot ininterrompu de secrets qui coule sans arrêt dans le câble, il n’y a plus qu’à pêcher pour voir surgir les renseignements d’une valeur incomparable, sur les unités, leur stationnement, leurs effectifs, leurs armements, la composition nominative des États-Majors. Les forces aériennes ennemies livrent la situation de leurs escadrilles, leurs pertes, les effets des raids alliés. Sur les circuits de la Marine, les comptes rendus échangés entre mouvement des bateaux, leurs pertes, leurs avaries, leurs ravitaillements, le déficit des équipages et des projets sur les opérations allemandes dans la mer du Nord et en Norvège sont découverts.
  • L’extraordinaire puissance que Robert Keller a pu mettre en œuvre apparaît dans toute son ampleur lorsque les Alliés britanniques exécutent sur Dieppe leur raid de commandos le 19 août 1942. Les renseignements recueillis alors sont si abondants et si précis, qu’ils permettent de révéler entièrement le mécanisme de la machine militaire allemande ; révélations qui seront précieuses pour le futur débarquement du 6 juin 1944.

Les cadres britanniques de l'Intelligence Service reconnurent qu'ils ne connaissaient pas, dans toute l'histoire des services secrets, un épisode plus extraordinaire et inexplicable que celui qui marqua la soudaine apparition et la disparition brutale de cette source mystérieuse qui avait, pendant si longtemps, fait tant de mal à l'ennemi.

Démantèlement du réseau K : 

Malheureusement, suite à une lettre anonyme de dénonciation (sur 5 millions en France) adressée à la police française en Décembre 1942 puis transmise aux autorités allemandes d’occupation par René Bousquet, chef de la police de Vichy, l’ensemble de la Source K est démantelé.

  • - Le 21 décembre 1942, le Secrétaire Général de la Police (du régime de Vichy) - René Bousquet informe le Général Carl Oberg, chef supérieur de la SS et de la Police (allemande), qu'une dérivation avait été faite sur le câble Paris - Strasbourg - Berlin, le long de la Route Nationale 3, à hauteur de la borne kilométrique 20,800.
    • Dans le courrier, sont dénoncés un Ingénieur des Télégraphes (ndlr : Robert Keller), et un Fonctionnaire Vérificateur (ndlr : Georges Lobreau)
  • - Le 23 décembre 1942, Robert Keller, Georges Lobreau et Prosper Riss sont arrêtés par la Gestapo.
    • Concernant Robert Keller : à 7H30 du matin, les agents de la Gestapo se présentent au domicile de Robert Keller, sis au 2, rue du Docteur Landouzy à Paris (13è), mais ils ne trouvent que son épouse et leurs enfants ; Robert Keller étant déjà parti à son travail. 
    • L'appartement est perquisitionné de 7h30 à 9H15 par la Gestapo.
    • Arrivé à son travail au 8, rue des Entrepreneurs, Robert Keller est appelé au téléphone à 9H00 par M. le Directeur des Lignes Grande Distance - Lucien Aguillon et le convoque à son cabinet sis 24, rue Bertrand, en lui précisant que la police allemande voulait l'interroger...
    • Avant de quitter le Centre d'Amplification de la rue des Entrepreneurs, Robert Keller téléphone immédiatement par ligne directe à son confrère qui partage le même bureau - Georges Clavaud, pour lui demander de "faire le ménage"  (revolver, balles et documents compromettants)...
    • À son arrivée au 24, rue Bertrand quelques minutes plus tard, Robert Keller est mis en état d'arrestation par la police allemande, au sortir du bureau de M. Lucien Aguillon.
    • À 9H20, il a tout juste le temps de déclarer aux confrères qu'il croise, dont Georges Clavaud : « Ils m'embarquent. Prévenez qu'on prenne ma voiture». Plus personne ne devait le revoir.
    • Dans la foulée, Georges Clavaud téléphone à l'adjoint de Robert Keller, Monsieur Didier, pour "faire le ménage" au 8, rue des Entrepreneurs, en cas de perquisition...
    • Concernant Georges Lobreau : à 8H30 du matin, les agents de la Gestapo se présentent au domicile de Georges Lobreau, sis au 3, rue Curie au Kremlin-Bicêtre et demandent à Madame Lobreau le lieu de travail de son époux.
    • À 9H40, la Gestapo arrête Georges Lobreau sur son lieu de travail, au 8, rue des Entrepreneurs.
  • - Le 24 décembre 1942 à 9H00, Robert Rocard (l’oncle de Michel Rocard) se rendant à Livry-Gargan pour relever l’opérateur Prosper Riss, apercevant les Allemands, se sauve de justesse à vélo et donne l’alerte.
  • - Le 25 décembre 1942 le Capitaine Edmond Combaux qui revient de Lyon, mis au courant par son épouse, s’échappe pour rejoindre Alger où il y retrouve Édouard Jung et le Commandant Léon Simoneau.
    • Avant de s'enfuir, le Capitaine téléphone à Pierre Marzin pour lui demander de nettoyer son bureau des documents compromettants.
  • - Le 26 décembre 1942, le Chef de toutes les polices du Reich - Heinrich Himmler rédige un rapport d'information au Führer - Adolf Hitler où est précisé :
    • Des mesures complémentaires ont été effectuées par une équipe de techniciens-experts qui ont confirmé la véracité des écoutes.
    • La dérivation était installée dans une villa.
    • Un opérateur chargé des écoutes, un Alsacien, a été appréhendé (ndlr : Prosper Riss).
    • Le dispositif d'écoutes est qualifié d'exceptionnel et d'inconnu jusqu'ici par les techniciens-experts.
    • Il résulte que le dispositif d'écoutes a été installé sur ordre d'un certain Beard (ndlr : un pseudonyme), officier du 2ème bureau à Vichy.
    • Les recherches continuent.
  • - Le 14 janvier 1943, arrive le tour de Laurent Matheron qui est arrêté par la Gestapo sur son lieu de travail au 8, rue des Entrepreneurs ; Gestapo qui demande à voir MM. les chefs d'équipe Laurent Matheron et Pierre Guillou... Mais Pierre Guillou n'est pas présent ce jour.
  • - Le 17 janvier 1943, suivent les arrestations de Pierre Guillou par la Gestapo sur son lieu de travail au 8, rue des Entrepreneurs, ainsi que de Gérard Grimpel & Lionel Levavasseur de la compagnie d’assurances « La Nationale » qui avaient fourni la couverture.
  • - Robert Keller, qui reconnaît et assume ses actes anti-allemands, en en prenant l'entière responsabilité pour tenter de minimiser la responsabilité de ses hommes, est condamné à mort par l'occupant ; mais sa peine est commuée et il est déporté en camp de concentration.
  • - Les membres non arrêtés de l’équipe K se replient en zone Sud et sont acheminés en Afrique Française du Nord.

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Les conséquences sur les familles des Résistants arrêtés

Avec l'arrestation de MM. Robert Keller, Georges Lobreau, Laurent Matheron et Pierre Guillou, les versements de l'intégralité de leur traitement respectif sont immédiatement suspendus.

Ainsi donc, les quatre épouses se retrouvent-elles sans aucune ressource, à devoir élever seules des enfants en bas âge.

C'est là que Georges Clavaud, qui est au courant des activités de Robert Keller (ils sont affectés dans le même bureau au 24, rue du Général Bertrand) décide de créer un système de cagnotte afin de continuer à verser l'intégralité du traitement aux épouses. Comme il le confiera une cinquantaine d'années plus tard, ce sera là son premier acte de résistance face à l'oppression.

Dès que son supérieur Lucien Aguillon l'apprend, il le lui interdit formellement, sous peine d'être en danger permanent d'être arrêté par la Gestapo. Mais Georges Clavaud passe outre et organise avec sa secrétaire un système discret de collecte de fonds où tous les effectifs des LGD du simple agent aux ingénieurs vont cotiser chaque mois y compris M. Lucien Aguillon, ainsi que certaines personnes des sociétés privées du groupe Philips (notamment la S.A.T), et ainsi pourront percevoir jusqu'à la fin de la guerre l'équivalent de l'intégralité du traitement...

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Le martyre, l'héroïsme.

  • - Parmi les déportés seuls Georges Lobreau, Lionel Levasseur et Prosper Riss reviendront en France vivants.
    • - Pierre Guillou, le chef d’équipe des lignes souterraines à grande distance, mourra le 2 (ou 24) janvier 1944 en déportation à Dora.
    • - Gérard Grimpel, Secrétaire Général de la compagnie d'assurance "La Nationale", mourra le 20 janvier 1944 en déportation à Dora.
    • - Laurent Matheron, le chef d’équipe des lignes à souterraines à grande distance, mourra le 2 octobre 1944 en déportation à Dora.
    • - L’Ingénieur Robert Keller, déporté au camp d’Oranienburg puis transféré à celui de Bergen-Belsen, y décédera du typhus le 14 avril 1945, la veille de la libération de ce camp par les Alliés.
  • Grâce au silence héroïque de Robert Keller qui, nous le savons, ne parla pas sous la torture et le paya de sa vie, la Gestapo ne put jamais remonter ni jusqu’à René Sueur, ni Deguingamp, ni Myron Lebedinsky, ni au Capitaine Edmond Combaux, ni aux opérateurs, ni aux agents de liaisons qui constituaient le Réseau Robert Keller.

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Pour le transfert aux Archives Nationales de France de son Dossier de Personnel, voici le Résumé d'Activités de M. l'Ingénieur Robert Keller (8 mai 1899 - 14 avril 1945) qui fut ainsi rédigé :

  • M. Robert Keller, né le 8 mai 1899, décédé en déportation le 14 avril 1945.
  • Dernier grade administratif : Chef de Centre LSGD de 1ère classe.
  • Très habile opérateur, il a effectué de nombreuses mesures d'équilibrage lors de la pose des premiers câbles krampisés.
  • Conduite élogieuse durant la guerre 39/40. 
  • Dès 1941, a entretenu des relations constantes Paris-Londres.
  • Organisa avec succès la partie technique de la "Source K" qui a permis à l’État-major Français et allié de capter des renseignements de grand importance.
  • Arrêté "avec 3 de ses camarades", déporté à Bergen-Belsen, y est décédé le 14 avril 1945.
  • En hommage à son héroïsme, on dédia son nom à une rue de Paris ainsi qu'au Centre d'amplification des lignes souterraines à grande distance de 1ère classe situé dans cette même voie et jusque-là dénommé "Paris-Entrepreneurs".

Il convient de préciser que M. Robert Keller n'a évidemment pas été le seul Résistant des PTT qui ait payé de sa vie son amour pour la France et pour une France Libérée. Bien d'autres ont payé de leur vie leur engagement. Son sacrifice rappelle celui de tous les autres et de toutes les autres : il convient de rappeler que des femmes ont aussi payé de leur vie leur engagement.

Ci-contre : M. Georges Lobreau en ses bureaux, 27 ans après sa libération des camps.

Photographie PTT - Juin 1972 - Coll. Orange DANP.

1972.06GeorgesLobreauNum17020

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Le calvaire de Mlle Simone Michel-Lévy est également emblématique et doit être signalé ; les photographies des commémorations dans les années cinquante en présence de sa pauvre vieille maman complètement meurtrie donnent vraiment envie de pleurer.

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Hommages rendus à M. l'Ingénieur Robert Keller.

  • - À Paris, le Centre des Dérangements de Paris LSGD, sis au 6, rue des Entrepreneurs, à Paris est renommé Centre Robert Keller, par décision du 9 janvier 1946 de M. le Ministre des PTT - Eugène Thomas.
  • - À Paris, depuis le 10 décembre 1948, une rue porte le nom de l’Ingénieur Robert Keller (par séparation de la rue des Entrepreneurs). 
  • - Au numéro 6 de la rue Robert Keller, un Centre Téléphonique des PTT devenus ORANGE porte désormais son nom. 
    • Le Centre Téléphonique Robert-Keller est mis en service le 8 septembre 1970 (en lieu et place de l'ancien Centre des Dérangements  Robert Keller de Paris).
    • - La plaque apposée à l'entrée du Centre Téléphonique Robert Keller à la mémoire de l’Ingénieur Robert Keller et de ses deux compagnons héroïques des PTT Laurent Matheron et Pierre Guillou témoigne encore aujourd’hui de leur sacrifice et de leur martyre (voir en bas de page).
  • - Au numéro 14 de cette même rue, une Piscine Robert-Keller est inaugurée le 14 janvier 1967 en présence des nageuses Kiki Caron et Claude Mandonnaud.
  • - À Noisy-le-Grand, une rue s'appelle « Rue du Réseau-Robert-Keller ».
  • - Un timbre de la série « Héros de la Résistance » gravé par Albert Decaris ainsi qu'une enveloppe « Premier jour » émise le 18 mai 1957 lui sont consacrés.

1957.05.18PremierJourRKE

Ci-dessus : enveloppe premier jour Robert Keller et la Source K  - 18 mai 1957

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  • - Une télécarte France-Télécom a été éditée à son effigie en Novembre 1993 (avec erreur sur biographie : décès Mars 1945) ; remplacée en Mars 1994 (avec correction décès Avril 1945) .
  • - À Montrouge, au Siège de la Direction Opérationnelle des Télécommunications du Réseau National (héritière des Lignes Souterraines à Grande Distance), est inauguré le 12 juin 1984, par M. le Ministre des PTT Louis Mexandeau, un mémorial Robert Keller - Laurent Matheron - Pierre Guillou.
  • Extraits du discours de M. le Directeur des Transmissions du Réseau National - Maurice Seigner, avant l'allocution de M. le Ministre des PTT et l'inauguration :
    • ... Nous sommes réunis aujourd'hui dans un lieu dont le nom "Centre Robert Keller" rappelle cette tradition au travers du souvenir que nous a laissé ce patron exceptionnel et ce héros authentique de la Résistance à l'occupant nazi...
    • ... Au moment de céder la parole, je voudrais dire que l'exemple des anciens des LGD est toujours présent à l'esprit des agents d'aujourd'hui. En particulier, et alors que vous allez, Monsieur le Ministre, dévoiler le Mémorial érigé en souvenir de la tragédie de la Source K, l'esprit de Robert Keller, Laurent Matheron et Pierre Guillou n'est pas prêt de disparaître. Leur mémoire et celle de leurs chers camarades est toujours vivante parmi nous.
    • ... Aux familles de ces héros et à vous plus particulièrement, Monsieur Lobreau, qui en avez été l'acteur, survivant aux camps de la mort où vos compagnons sont restés, je voudrais apporter le témoignage reconnaissant de notre maison car vous nous avez montré qu'abdiquer ne devait jamais être la solution aux difficultés qu'elles qu'en puissent être la nature et l'ampleur.

1984.06.12InaugurationMemorialDOTRNMontrouge

Extrait de la Revue des Télécommunications du Réseau National n°24 - Décembre 1984 - Coll. C. R-V.

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  • 1984.06.12InaugRobertKellerRef065208Num005
  • 1984.06.12InaugRobertKellerRef065208Num008
  • 1984.06.12InaugRobertKellerRef065208Num013
  • 1984.06.12InaugRobertKellerRef065208Num020

Ci-dessus : M. le Ministre des PTT - Louis Mexandeau inaugure, au siège de la DOTRN, à Montrouge, le Mémorial Robert Keller - Laurent Matheron - Pierre Guillou, Martyrs de la Résistance, à l'occasion des 40 ans du début de la Libération.

  • cliché 1 : M. le Ministre des PTT coupe le ruban. À gauche, M. le Directeur de la DOTRN - Maurice Seigner et M. le Directeur Général des Télécommunications - Jacques Dondoux. 
  • cliché 2 : M. le Ministre des PTT lit le discours d'inauguration du monument.
  • cliché 3 : M. le Ministre des PTT dévoile le monument.
  • cliché 4 : M. le Ministre des PTT s'adresse directement à M. Georges Lobreau, seul rescapé de déportation des agents des PTT du Réseau Robert Keller.

Photographies PTT - 12 juin 1984 - Coll. Orange DANP.

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1984.06.12InaugRobertKellerRef142273-01

Ci-dessus : recueillement devant le Mémorial Robert Keller - Laurent Matheron - Pierre Guillou après avoir été dévoilé.

  • de g-à-d : M. le Directeur de la DTRN - Maurice Seigner ; M. le Ministre des PTT - Louis Mexandeau et M. l'Ingénieur Général du CNET - Alain Profit (cravate orange).

Photographie PTT - 12 juin 1984 - Coll. C. R-V.

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1984.06.12ExpoResistanceDotrnRef142274-01

1984.06.12ExpoResistanceDotrnRef142274-02

Ci-dessus : visite par M. le Ministre des PTT - Louis Mexandeau, de l'exposition Résistance & LGD, dans les murs de la nouvelle DOTRN de Paris (à Montrouge).

  • de g-à-d : M. le Directeur Général des Télécommunications - Jacques Dondoux (sur cliché 2 uniquement), M. le Directeur de la DTRN - Maurice Seigner et M. le Ministre des PTT - Louis Mexandeau.

Photographies PTT - 12 juin 1984 - Coll. Orange DANP.

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- α- ω -

...toi qui passes par ici, sur cette page ou dans cette rue de Paris ou de Noisy : 

- agent de la fonction publique, 

- fonctionnaire des télécommunications retraité ou fonctionnaire de France-Télécom retraité ou en activité actuellement à Orange, 

- citoyen.

Souviens-toi de l’ultime sacrifice de nos aînés qui donnèrent l’exemple pour que Vivent la France et la République délivrées de cette  infâme tyrannie venue d'outre-Rhin...

- α- ω -

PlaqueRobertKeller

Photographie : C. R-V

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  • Documentaire video  "Hitler sur Table d’Écoute" diffusé sur France 5 le 23 septembre 2018 au sujet de la Source K - ci dessous :

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Nota :

Il convient de signaler que les deux câbles Longue Distance historiques ayant été  dérivés et mis sur écoute par la Source K sont :

  • Le câble Paris-Metz (LGD n°62), mis en service depuis le 27 décembre 1927 - mis hors service en Juillet 1994.
  • Le câble Paris-Strasbourg (LGD n°1), premier câble mis en service en France depuis le 9 août 1926 - mis hors service en Décembre 1994.


- page mise à jour le 28 septembre 2021 -

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