Historique du type de commutateurs téléphoniques rotatifs semi-automatiques en France


IIIa - Les commutateurs rotatifs à commande par impulsions de contrôle inverses (semi-automatiques)

wordleRotary

Historique général des commutateurs rotatifs à impulsions de contrôle inverses en France :

Les premiers commutateurs conçus sont électromécaniques et à organes tournants, aujourd'hui totalement obsolètes.

Cette nouvelle famille adopte un fonctionnement en souplesse, de manière non saccadée et qui permet une commutation des circuits plus rapide que les commutateurs à fonctionnement pas-à-pas, et de ce fait une capacité d'écoulement de trafic sensiblement améliorée.

Déployés à deux reprises à titre expérimental en Novembre 1915 puis en 1919 (avant octobre), les commutateurs semi-automatiques à impulsions de commande inverses sont alors mis en concurrence avec les commutateurs à commande directe de type Strowger, tel celui de Nice mis en service depuis le 19 octobre 1913.

En effet, à cette époque, l'on hésitait sur l'intérêt et la fiabilité de l'automatique intégral, ainsi que sa bonne compréhension par les abonnés. Ainsi, la solution (provisoire) du semi-automatique fut-elle testée.

À noter que le semi-automatique n'aura été qu'une solution transitoire, une fois que l'administration fut rassurée par l'automatique intégral.

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De par son architecture, son volume et pour ne pas trop complexifier l’ensemble, chaque commutateur à organes tournants à impulsions de contrôle inverses ne peut prendre en charge qu’un maximum de 10.000 à 20.000 abonnés.

Le système rotatif semi-automatique de type à impulsions de contrôle inverses déployé en France est le suivant :

  • - ROTARY 7A (expérimentation).

Organe de commande : Du point de vue de l'abonné, il n'existe pas, dans les commutateurs semi-automatiques, d'organe de commande.

  • En effet, l'abonné décroche son combiné téléphonique. Le système le met alors en relation directe avec une opératrice de départ, comme s'il s'agissait d'un simple central manuel.
  • L'abonné dont ensuite énoncer clairement le numéro de l'abonné souhaité.
  • L'opératrice tape alors sur un clavier le numéro demandé,
  • Le système automécanique va ensuite automatiquement déterminer et créer le routage de la communication téléphonique.
  • L'opératrice n'a plus rien à faire, si ce n'est, lorsque les deux abonnés auront raccroché en fin de conversation, d'ordonner la coupure de la communication par la commande de clefs spécifiques.
  • En attendant, cette même opératrice peut établir de nouvelles communications téléphoniques pour d'autres abonnés.

En revanche, il existe bien un organe de commande, mais il est inconnu du grand public. Il s'agit du Clavier d'Opératrices :

ClavNumSemiAutomatique

Ci-dessus : modèle de Clavier Numérique pour opératrice dans commutateur semi-automatique.

(Photo : PTT).

Il convient de retenir que :

  • Le clavier de chaque opératrice de départ d'un commutateur semi-automatique constitue en fait un organe de commande indirect.
  • Ce clavier constitue bien un organe indirect, car il n'est pas placé chez chaque abonné, mais seulement devant chaque opératrice dans le central.
  • Les opératrices réalisent en fait manuellement la première étape de "concentration" des abonnés entrants d'un commutateur semi-automatique dont les opérations suivantes deviennent ensuite 100% automatiques.
  • Un Commutateur Semi-automatique est donc un commutateur dont le point d'entrée, vu du côté des abonnés, est entièrement manuel, et dont la suite des opérations de mise en commutation est ensuite intégralement automatisée.

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ROTARY 7A SEMI-AUTOMATIQUE est un système sous capitaux des USA, mis en étude à partir de 1911 à Berlin, dans l’Empire Allemand.

- Dès 1912, le cabinet d’études est rapidement transféré à Anvers, en Belgique.

- Le système ROTARY 7A, dans sa version SEMI AUTOMATIQUE, est mis au point en Belgique par la Western Electric, filiale d’AT&T en 1914 à la veille de la première guerre mondiale, sous la direction de l’Ingénieur américain Robert McBerty.

- Les premiers équipements commencent à sortir de la chaîne de fabrication dans la foulée.

- La déclaration de guerre provoque la fermeture immédiate de l’usine principale, installée à Anvers, en Belgique.

- Les machines outils de l’usine, la plupart des équipements ROTARY 7A déjà manufacturés, et tous les plans du système sont évacués d’urgence vers la Grande-Bretagne, à Londres.

- Peu de temps après, du fait de la dégradation de la situation en Grande-Bretagne en raison de l’importance prise par la guerre, tous ces équipements sont évacués vers les États-Unis d’Amérique, afin de pouvoir continuer à développer à petite échelle la fabrication des équipements du ROTARY 7A.

- Entre-temps, le premier commutateur Semi-Automatique Rotary 7A est mis en service, dans le monde, en Grande-Bretagne, dans la ville de Darlington le 10 octobre 1914.

- Ainsi donc, les premiers contrats de commande signés avant la déclaration de guerre peuvent être honorés malgré les circonstances dramatiques.

- Dès le 14 novembre 1918, 3 jours seulement après la fin de la guerre, des mesures drastiques sont prises pour réactiver l’usine d’Anvers en Belgique, grâce à une équipe réduite de cinquante agents qui travaillaient dans l'usine avant la guerre... En effet, l’usine avait été totalement pillée par l’occupant allemand, qui en avait volé jusqu’aux générateurs électriques à vapeur de l’usine, pourtant réputés comme intransportables !

- Le Service Belge de la Restitution Industrielle s'emploie dès Novembre 1918 à enquêter, à retrouver et à récupérer la plus grosse part des matériels pillés... Les machines-outils encore utilisables de l'usine (466 sur les 550 disparues) sont retrouvées dans les territoires libérés d'Alsace-Moselle. Les fameux générateurs de vapeur de l'Usine Rotary d'Anvers sont finalement retrouvés en Pologne quelque part dans une forêt à l'est de Varsovie, étant utilisés par l'Allemagne pour une usine de production de méthanol ! Ils sont récupérés par la Belgique en catastrophe juste avant le début de la guerre soviéto-polonaise de Mars 1919...

- Dès Janvier 1919, les premières machines-outils de remplacement arrivent des U.S.A.

- Malgré le pillage complet dont elle fut victime, l’usine d’Anvers parvient à reprendre ses activités dans des conditions convenables dès 1920.

- Vers 1922, la filiale française, la société Le Matériel Téléphonique, basée depuis le 6 janvier 1890 au 46 avenue de Breteuil à Paris, met en chantier une grosse usine de fabrication à Boulogne-Billancourt, anticipant les grosses commandes à venir. Cette nouvelle usine sera prête en 1926.

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MarseilleColbertSemiB

Ci-dessus : vue de la salle des opératrices du Rotary 7A automatisé de Marseille-Colbert I.

Photographie X, issue de notre collection.

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  • Dans un central semi-automatique RY7A, il y a, tout comme dans un central manuel, des opératrices qui prennent les appels des abonnés demandeurs.
  • À la première différence d'un central manuel, où une opératrice est affectée à un bloc d'abonnés fixe, dans le cas du semi-automatique RY7A, l'appel est aiguillé vers la première opératrice disponible. Ce qui répartit plus équitablement la charge des appels à traiter.
  • Ensuite, l'opératrice Semi-B n'a plus qu'à taper sur un clavier numérique à touches le numéro d'appel téléphonique urbain demandé par l'abonné du central manuel, et ensuite le commutateur s'occupe automatiquement du reste.
  • À la seconde différence d'un central manuel où c'est l'opératrice qui doive rechercher et enficher les fiches jacks manuellement et ainsi câbler l'acheminement elle même...
  • À la troisième différence qu'il n'y a plus besoin d'opératrices intermédiaires pour établir la liaison téléphonique, et que du coup l'on puisse diviser par 4 le nombre d'opératrices.
  • Une grande simplification et une amélioration du service rendu sont ainsi obtenues.
  • Nota : parler de ROTARY 7A automatiques concernant la France est une erreur communément commise ; seuls des ROTARY 7A1 automatiques ont été mis en service en France dans notre pays.

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Ci-dessus : vue détaillée d'un pupitre d'opératrice de départ "semi-B" d'un commutateur Rotary 7A semi-automatique (ou automatique dans le cas d'une sortie vers un commutateur extérieur pour une communication lointaine). Gravure Bell d'Anvers Western Electric.

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Principes de fonctionnement du système ROTARY 7A :

- Des arbres rotatifs verticaux distribuent l’énergie motrice au commutateur en tournant continuellement.

- Le ROTARY 7A est spécifiquement équipé d'embrayages par disques de friction, dont la commande est électromagnétique. (voir les disques de friction vers le bas et vers la droite des deux photographies ci-dessous). (Procédé breveté par Robert McBerty en 1914. Embrayage Type 7001)

- Les Chercheurs rotatifs de lignes d'abonnés du ROTARY 7A comprennent 60 positions (Chercheurs Type 7001).

- Le ROTARY 7A est pourvu de Sélecteurs rotatifs à deux mouvements (un rotatif et un ascensionnel pour le Rotary 7A) ; sélecteurs semi cylindriques à 200 points de sortie (20 lignes téléphoniques de sortie sélectionnées par niveau, sur 10 niveaux empilés en hauteur). (Sélecteurs Type 7001)

- Pour chaque Chercheur ou pour chaque Sélecteur donné, dans cette première version, l'axe horizontal de l'engrenage d'entraînement dynamoteur est perpendiculaire à l'axe de rotation vertical des sélecteurs.

Rotary7AChercheurType1McBerty

Ci-dessus : vue d'un Chercheur ROTARY 7A (type 7001) et de son engrenage d'entraînement en bas à gauche. Le système de friction est situé vers le bas vers la droite.

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Ci-dessus : vue d'un chercheur ROTARY 7A (type 7001).

Gravure Bell d'Anvers Western Electric.

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Ci-dessus : vue d'un Sélecteur ROTARY 7A (type 7001) et de son engrenage d'entraînement en bas à gauche. Le système d'embrayage par friction est situé vers le bas et vers la droite.

(Photographie : http://ferrymead-nzpostandtelegraphsociety.org/)

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Ci-dessus : vue d'un Sélecteur ROTARY 7A (type 7001).

gravure Bell d'Anvers Western Electric.


Il n'y aura jamais de ROTARY 7A Automatique installé en France, par contre, une version améliorée (le ROTARY 7A1) sera conçue peu après, en 1925, sous la responsabilité de l'Ingénieur Gerald Deakin et sera adoptée en premier en France (Se reporter à l'index du site suivant).

En revanche, il existera deux commutateurs ROTARY 7A SEMI AUTOMATIQUES, commandés à titre expérimental par l'Administration des P&T, via M. le sous-secrétaire d'État Charles Chaumet en Octobre 1912, installés en France :

  • - Ces deux commutateurs sont mis en construction à partir de Janvier 1914 (Angers aurait été débuté dès 1913), constructions ensuite fortement alenties du fait de l'éclatement de la Grande Guerre en Août 1914.
  • - Le premier à Angers mis en service en Novembre 1915, (capacité 3.000 lignes), remplacé le 17 juillet 1937 par un nouveau système automatique ROTARY 7D à titre d'expérimentation ;
  • - Le second à Marseille-Colbert I mis en service en 1919 -avant octobre- (7.500 lignes, complété ultérieurement à 10.000) qui a été intégralement automatisé entre le 1er août 1927 (date de la conversion à l'automatique intégral des 2.000 premiers abonnés) et Décembre 1927, en devenant une sorte d'hybride chimérique ROTARY 7A-7A1.
  • - Début 1914, il a été décidé d'installer également un Rotary 7A semi-automatique à Roubaix et un autre à Tourcoing. Le projet tombe à l'eau en raison de la déclaration de guerre en Août 1914.

MarseilleColbertAutomatise

Ci-dessus : une très rare photographie, de ma collection argentique personnelle, datée du 5 septembre 1927 par le photographe Audry de Marseille, du commutateur téléphonique Rotary 7A de Marseille-Colbert I, ayant débuté son automatisation le 1er août 1927.

À noter les tomettes de brique hexagonales au sol, typiques de Marseille et des environs ! Une improbable photographie adressée jadis à M. l'Ingénieur LMT Émile Chavanier, qui avait justement commencé sa carrière à Marseille !

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DetailSelecteursMarseilleColbert

Ci-dessus : vue détaillée, au premier plan, des Chercheurs de type 7001 - Mc Berty, employés dans le commutateur Rotary 7A semi-automatique de Marseille-Colbert I, ayant été par la suite automatisé. (Agrandissement détaillé de la photographie précédente.)

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ROTARY 7A AUTOMATIQUE est un système sous capitaux des USA, mis en étude à partir de 1911 à Berlin, dans l’Empire Allemand sous sa forme semi-automatique.

- En 1924, le système ROTARY 7A est parfaitement mis au point et standardisé. D’abord étudié principalement comme un système semi-automatique, les pertes de temps provoquées par la première guerre mondiale provoquent indirectement la réorientation de la conception vers un système intégralement automatique.

- Ainsi, les premiers commutateurs ROTARY 7A semi-automatiques livrés précédemment, sont-ils facilement reconvertis en automatique intégral ultérieurement. (En France : cas de Marseille mis en service en 1919 (avant octobre), commandé en semi-automatique en 1912)

- La première réalisation en automatique intégral est le ROTARY 7A d’Öslo en Norvège, mis en service le 23 janvier 1921. Suit notamment Copenhague, au Danemark, mis en service en Janvier 1923. À Zurich, une petite installation en ROTARY 7A automatique est également mise en service au début 1923 sur un échantillon d'abonnés du ROTARY 7A semi-automatique de cette ville.

R7AVueMaquetteAutomatique

Ci-dessus : vue générale d'une maquette simplifiée de Rotary 7A Automatique.

  • Baie n°1 : Chercheurs de ligne, associés à leur Combineur spécifique.
  • Baies n°2 et 3 : Sélecteurs de ligne, associés à leur Combineur spécifique.
  • Baie n°4 : Combineurs.
  • Baie n°5 : Enregistreurs pas-à-pas de numérotation téléphonique (sous-type non déployé en France).
  • L'arbre dynamoteur transportant la force mécanique est situé en bas, à l'horizontale, sous les caches cylindriques de protection.

Gravure Bell d'Anvers Western Electric.

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- Dans sa version automatique, qui a été installée en dehors de France, le ROTARY 7A est équipé d'Enregistreurs-Traducteurs à commutateurs rotatifs.

- En France, le Rotary 7A n'a jamais été équipé en première monte de ce type d'organes.

Rotary7AEnregistreurCommutateursRotatifs

Ci-dessus : vue d'Enregistreurs ROTARY 7A Automatiques (et certains R7A1 étrangers) à commutateurs rotatifs.

Il s'agit du premier modèle d'enregistreur Rotary 7A à petites cames. 

Ce modèle n'a jamais été déployé en France.

(Photographie : http://ferrymead-nzpostandtelegraphsociety.org/)

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Ci-dessus : Enregistreur Rotary 7A Automatique (jamais déployé en France).

Gravure Bell d'Anvers Western Electric.

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En revanche, en France, un commutateur ROTARY 7A semi-automatique a été intégralement automatisé plusieurs années après sa mise en service :

MarseilleColbertEnregistreurs

Ci-dessus : vue d'une baie d'Enregistreurs du Rotary 7A de Marseille-Colbert I, après sa mise en automatique intégral.

Photographie datée du 5 septembre 1927 par le photographe Audry de Marseille, issue de notre collection.

  • C'est par l'adjonction de ces organes Enregistreurs que Marseille-Colbert I a pu être intégralement automatisé à partir du 1er août 1927 (processus achevé en Décembre 1927, par tranches de 1000 à 2000 abonnés).
  • Ces enregistreurs se distinguent des Enregistreurs pas-à-pas "normaux" utilisés ultérieurement par le fait que les Combineurs soient, eux, disposés verticalement sur la gauche de la baie (et non pas horizontalement en dessous des commutateurs rotatifs pas-à-pas). Adaptation nécessaire pour être mécaniquement compatible avec la structure Rotary 7A d'origine, mise en service en semi-automatique depuis 1919...
  • À noter à l'extrême-droite de l'image la vue partielle de la baie de tests et mesures équipées de fiches jacks d'essais et d'un galvanomètre.

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Ci-dessus : vue en agrandissement d'Enregistreurs du Rotary 7A de Marseille-Colbert I, après sa mise en automatique intervenue courant 1927. 

Visible à gauche, le Combineur typique RY7A, disposé spécifiquement en position verticale.

En revanche, les Enregistreurs de numérotation utilisés sont bien différents du modèle initial qui ne fut jamais déployé en France.



Je ne puis que conseiller (pour une rare fois) la lecture d'un très bel ouvrage, très difficile à trouver, concernant le : 

Commutateur Automécanique Système Western Electric Rotary 7A.

Circa 1915, 134 p. chez E. Stockmans Imprimeur, à Anvers, Belgique.

(Exemplaire improbable trouvé en Hongrie...)

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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 4 novembre 2016.

À voir une page intéressante sur la société LMT constructrice du système RY7A1 pour la France sur le site d'Emmanuel de Chambost :

http://siteedc.edechambost.net/CSF/LMT.html

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