Panorama de l’organisation de l'Exploitation Téléphonique

(Les 60 premières années de la branche Téléphone)

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Avant l'apparition de la branche des Télécommunications à part entière, existèrent précédemment tout de même 60 années de débuts parfois chaotiques et parfois fructueux du téléphone. L'automatisation du téléphone débuta en France, timidement certes, par une tentative concluante dès le 19 octobre 1913. 

Les années 1930 furent tout de même une référence dans le déploiement du téléphone urbain automatique notamment à Paris et 1ère couronne avant la seconde guerre mondiale grâce au robuste système Rotary 7A1. 

J'ai donc logiquement voulu compléter ce site en hommage à tous ceux qui ont fait naître le téléphone dans notre pays.

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De l'invention du Téléphone.

En 1854, invention du principe fondamental du Téléphone.

Rappelons que le principe du Téléphone n'a ni été inventé par Thomas Edison, ni même par Antonio Meucci, mais par le français Charles Bourseul, télégraphiste de l'Administration. Celui-ci publie un mémoire le 26 août 1854, alors qu'il n'est âgé que de 25 ans.

Malheureusement, il n'est pris ni au sérieux par ses (petits) supérieurs hiérarchiques, ni par l'Académie des Sciences... Ses  membres, probablement gérontophiles et Géronte eux-mêmes, comprirent-ils le concept même ?

N'ayant pas de moyens financiers et n'étant pas soutenu par l'État, celui-ci, modeste fonctionnaire des PTT, n'a pas les moyens de réaliser de prototype. 

L'américain Thomas Edison, appuyé par Graham Bell et ses moyens, se chargera ensuite de développer l'invention et de s'en approprier les bénéfices.

Charles Bourseul sera enfin reconnu comme l'inventeur du téléphone par la France en ...1889.

Il faudra attendre une note publiée en Novembre 1922 (Bulletin Officiel des PTT n° 25 page 534), soit dix ans après sa mort, pour qu'une souscription publique soit ouverte par l'Administration des PTT afin qu'une statue lui soit érigée dans sa dernière ville de résidence, Saint-Céré.

Cette statue sera d'ailleurs mutilée par l'occupant allemand en 1942 (qui passait aussi son temps à voler les statues de bronze de nos grands hommes : cf. François Arago, par exemple, à Paris) et il faudra une seconde souscription pour restaurer le monument vers 1955...

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A - La Téléphonie par l'Industrie Privée encadrée par l’État.

En 1879, par la parution de l'arrêté relatif aux autorisations d'établissements de communications téléphoniques le 26 juin 1879 (BO P&T 1879 n° 17 page 585), le Ministre des Postes et des Télégraphes Adolphe Cochery autorise les entrepreneurs de l'industrie privée (qualifiés dans le texte de Permissionnaires) à construire et à exploiter dans certaines villes des réseaux téléphoniques en fixant ses clauses et conditions.

Cet arrêté en substance :

  • - précise la durée des autorisations concédées à l'industrie privée pour 5 années. Autorisations éventuellement renouvelables.
  • - précise que l’État peut racheter de plein droit les équipements de l'industrie privée quand il le souhaite, à un prix négocié par les deux parties, ou en cas de désaccord par des experts.
  • - ajoute que l'exploitation sera soumise au contrôle de l’État : les agents du Service du Télégraphe désignés par le Ministre pourront pénétrer dans les locaux téléphoniques à toute heure du jour ou de la nuit pour y exercer le contrôle qu'il appartiendra d'accomplir.
  • - fixe les conditions, notamment financières d'entrée dans le dispositif, de versement de cautions pour couvrir leur faillite éventuelle, droit d'usage annuel, redevances régulières de l'industrie privée.
  • - précise que les tarifs et les conditions tarifaires seront fixés par le Ministre des P&T à sa volonté.
  • - ajoute que les tarifs proposés aux clients devront être les mêmes pour tous (dans le réseau considéré), les tarifs de faveur étant strictement interdits.

En commentaire, avec 130 ans de recul , il est possible de constater que dès le départ, l'exploitation téléphonique privée demeure sous un contrôle administratif particulièrement poussé, et une pression fiscale «bien de chez nous...»

En France, ce seront 3 sociétés privées qui déposeront initialement des demandes de concessions :

  • - la Compagnie du Téléphone (Système Gower), obtient l'autorisation le 27 juin 1879 pour les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille. (Le représentant de cette société étant M. le Sénateur Hébrard)
  • - la Société Française de Correspondance Téléphonique (système transmetteur Blake et récepteur Bell), obtient une autorisation le 12 juillet 1879 pour la seule ville de Paris. (Le représentant de cette société étant M. le Sénateur Foucher de Careil)
  • - la Société Berthon et Cie (Système Edison), obtient une autorisation le 8 septembre 1879 pour les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille. (Le représentant de cette société étant M. Alfred Berthon, Ingénieur)

Dans le même temps, il s'ensuit un jeu de transfert capitalistique et de concessions d'exploitation assez compliqué entre hommes d'affaires :

  • Le 21 août 1879, l'État transfère à M. Charles Wallut, directeur du Crédit Mobilier, l'autorisation en date du 27 juin 1879 accordée initialement à M. Hébrard, à la demande de ce dernier.
  • Le 23 septembre 1879, l'État transfère à M. Léon Soulerin, Ingénieur, l'autorisation en date du 12 juillet 1879 accordée initialement à M. Foucher de Careil, à la demande de ce dernier.

Il apparaît probable que ces deux sociétés (Compagnie du Téléphone (Système Gower) et Société Française de Correspondance Téléphonique)) aient employé les services de deux sénateurs de la République pour négocier plus aisément l'obtention auprès de l’État des deux concessions (27 juin 1879 et 12 juillet 1879), puis que ces deux sénateurs se soient ensuite retirés.

  • Le 30 septembre 1879, le premier central téléphonique manuel de France est ouvert à Paris et compte 454 ou 800 abonnés au téléphone à sa création (selon les sources).
  • Le texte d’une annonce publiée dans les journaux de l’époque :

    Abonnez-vous au téléphone – Il y a déjà à Paris quelques abonnés au téléphone. La Société des Téléphones Edison, 45, Avenue de l’Opéra, annonce qu’elle reçoit les abonnements au tarif de 600 francs payables 50 francs par mois, l’abonnement comporte la pose et l’entretien des fils et appareils.


En 1880, le jeu de transfert capitalistique et de concessions d'exploitation bat son plein.

D'un côté :

  • le 2 février 1880, est fondée officiellement la Compagnie des Téléphones. Son Président est M. Amédée Jametel, Banquier à Paris. Cette société est créée à l'occasion de l'absorption de la Société Française de Correspondance Téléphonique en grande difficulté (alors détenue par M. Léon Soulerin) par la Compagnie du Téléphone Gower (alors détenue par M. Charles Wallut) .  
  • Au 2 février 1880, il ne reste plus que deux sociétés exploitant le téléphone en France.
  • Le 2 avril 1880, l'État transfère ensuite à M. Amédée Jametel, fondateur de la Compagnie des Téléphones,  les deux concessions d'exploitation téléphonique accordées les 27 juin 1879 et 12 juillet 1879 détenues jusques alors par MM Wallut et Soulerin, à la demande de ces derniers.
  • Le 23 Avril 1880, l'État transfère ces deux concessions directement à la personne morale de la Compagnie des Téléphones, à la demande de son Président, M. Amédée Jametel.

D'un autre côté :

  • Le 27 mars 1880, La Banque Franco-Égyptienne fonde la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres), en rachetant la Société Berthon et Cie.
  • Le 21 avril 1880, l'État transfère à la Société Française des Téléphones (système Edison et autres), fondée par la Banque Franco-Égyptienne, la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879 détenue jusques alors par M. Alfred Berthon, à la demande de ce dernier.

Finalement :

  • Les 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la Société Générale des Téléphones. Cette société, présidée par Amédée Jametel, est créée dans le but prévisionnel de fusionner la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres).
  • Les 7 et 30 octobre 1880, la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres) est officialisée en assemblées générales. La Société Générale des Téléphones est pérennisée. 
  • Le 10 décembre 1880, l'État transfère enfin à M. Amédée Jametel, Président de la Société Générale des Téléphones, la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879 détenue depuis le 21 avril 1880 par la Banque Franco-Égyptienne, à la demande de cette dernière.

En conclusion : 

  • À la fin de 1880, la Société Générale des Téléphones récupère le 10 décembre 1880 les trois autorisations accordées initialement en 1879 par l'État, pour les trois sociétés initiales. Ne reste alors plus qu'une seule société privée en France qui exploite alors des réseaux téléphoniques.
  • Ainsi, le 10 décembre 1880, un monopole de fait appartenant à des investisseurs privés se constitue en France sur le téléphone.

En 1883, l'État qui a certes concédé les réseaux de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor du téléphone, mais à des conditions tarifaires et de services proposés plus avantageuses que ne l'offre la S.G.T dans les villes concédées.

Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation téléphonique les réseaux téléphoniques des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing ! 

Nota : à la fin de 1883, Paris compte 3.093 abonnés au téléphone.

En 1884, au 31 mars, la S.G.T dessert en tout et pour tout 11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie, dont 3.227 pour Paris.

(Nous parlons bien d'abonnements réels 1 abonnement=1 ligne téléphonique reliée au central, et non pas du nombre de "postes de toute nature", notion flatteuse qui permettait de doubler artificiellement le nombre d'abonnés au téléphone, en comptant les multiples téléphones souvent branchés en parallèle sur les lignes... Ces deux notions étant souvent confondues par erreur dans les divers ouvrages rédigés a postériori).

Les 11 villes sont les suivantes : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.

Le 19 juin 1884, paraît au Journal Officiel, page 3187, un Rapport daté du 4 mai 1884 adressé au Président de la République, sur l'organisation des services des Postes et des télégraphes avant et depuis l'année 1878. Ce rapport est chargé de faire le point, notamment sur le développement téléphonique en France depuis 1879.

Il y est détaillé qu'en seulement une année d'exploitation, la ville de Reims compte une densité d'abonnés par habitants supérieure à celle des villes placées sous concession privée de la S.G.T depuis 4 années. (23 abonnés pour 10.000 habitants pour Reims) supérieure à la meilleure densité d'une ville sous concession de la S.G.T (allant de 3 à 22 abonnés pour 10.000 habitants)

En conclusion, en une seule année d'exploitation, l'Administration des Postes et Télégraphes fait mieux que la S.G.T en 4 années d'exploitation...

L'arrêté du 26 juin 1879 est remplacé par l'arrêté du 18 juillet 1884 (BO P&T 1884 n°20 page 845) autorisant à nouveau l'industrie privée à demander, à partir du 8 septembre 1884, une nouvelle autorisation d'exploitation, et fixant le cahier des charges.

Dans la foulée, la seule société privée qui exploite encore des réseaux téléphoniques en France, la Société Générale des Téléphones, parvient à faire renouveler sa concession pour 5 années de plus.

Mais il s'agira du seul renouvellement. À l'issue de cette période, l’État reprendra en propre en 1889 la construction et l'exploitation de tous les réseaux téléphoniques du pays.

(L’État avait d'ailleurs commencé avant 1889 à concurrencer la S.G.T en déployant des Cabines Téléphoniques dès 1885 !)

Nota : à la fin de 1885, Paris compte 4.054 abonnés au téléphone.

En 1887, en France, l'exploitation interurbaine manuelle est complètement généralisée entre toutes les villes qui sont équipées d'un réseau téléphonique urbain déjà en service.

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L'expérience de l'industrie privée, sévèrement encadrée par l’État, n'a pas été une réussite en terme de développement du nombre de réseaux, d'accroissement des réseaux, de souscription de nouveaux clients et encore moins de leur satisfaction.

À cet échec, deux explications sont avancées. Suivant ses propres opinions de pensée, l'on pourra choisir celle qui nous satisfera le mieux, mais peut-être la vérité est-elle située quelque part entre ces deux options :

1) la Société Générale des Téléphones accuse l’État d'avoir dès le départ entravé la libre entreprise administrativement par une sur-réglementation et surtaxé de manière trop lourde et inconséquente les recettes, sans considérer les dépenses d'investissement et les frais d'exploitation à engager avant de pouvoir produire des profits taxables.

2) l’État accuse la S.G.T de plus penser à rétribuer grassement ses actionnaires, plutôt que d'investir dans l'ouverture de nouveaux réseaux, dans leur développement et dans l'embauche de personnel en nombre suffisant pour faire évoluer les réseaux et le service.

Rien de bien nouveau en 130 ans de recul...

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B - Partie intégrante du Télégraphe sur tout le territoire.

En 1889, le 26 mars, la Chambre des Députés forme une Commission pour examiner un projet de loi autorisant entre autre, le rachat, via le financement de la Caisse des Dépôts, des réseaux exploités par la Société Générale des Téléphones.

La loi votée le 16 juillet 1889 qui en découle est promulguée le jour même et publiée au JORF le 27 juillet 1889 (page 3685). Un décret d'application du 14 septembre 1889 qui débloque les fonds nécessaires au rachat suit (BO P&T 1889 n°9 page 543).

Nota : l'État a veillé à attendre que la durée de la concession de 5 années (1884 - 1889) ait été atteinte avant de nationaliser.

L’État est autorisé à racheter, en 10 annuités, les réseaux téléphoniques appartenant à la Société Générale des Téléphones.

À compter de cette date, l’État nationalise le Téléphone, et les crédits de fonctionnement et de développement nécessaires seront ouverts pour 1889 et 1890 au budget ordinaire du ministère nouvellement en charge du Téléphone : le Ministère du Commerce, de l'industrie et des Colonies.

Le 21 septembre 1889, un rapport du Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, suivi d'un décret (BO P&T 1889 n°9 page 550) fixe les nouvelles conditions d'abonnement des réseaux rachetés  en propre par l'État.

En 1891, à partir du 1er janvier, par le décret du 31 décembre 1890 (BO P&T 1891 n°1 page 31), la séparation comptable des dépenses entre services des télégraphes et des téléphones entre en vigueur. 

Un Budget Annexe des Téléphones est créé. Mais ceci ne durera que 2 petites années.

Les dépenses afférentes :

1) à la construction des circuits téléphoniques interurbains;
2) au rétablissement, à l'extension, à la mise en bon état de fonctionnement ainsi qu'à l'entretien des réseaux téléphoniques urbains, 

devront être liquidées sur les fonds d'un budget annexe des téléphones.

Toutefois, au niveau organisation, le téléphone est encore accolé au télégraphe.

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C - Autonomie relative en région parisienne - Partie intégrante des Postes et des Télégraphes sur tout le reste du territoire.

(Direction du Service Téléphonique de la région de Paris)

En 1892, le 1er juillet, par le décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591), le Service Téléphonique de la région de Paris est constitué en une direction a la tête de laquelle est placé un Directeur-Ingénieur.

La Direction du service téléphonique de la région de Paris comprend, comme la Direction Régionale, de Paris, les départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne. (Ce qui représente actuellement la totalité de la région Île-de-France.)

Monsieur Jean Baptiste Pol BERTHOT est le premier Directeur du Service Téléphonique de la région de Paris nommé au 1er juillet 1892. (décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591)). Il le restera jusqu'à son départ en retraite le 15 juillet 1894.

En dehors de la région de Paris, seuls des Directeurs des Postes et Télégraphes (les Télégraphes incluant les Téléphones sans qu'il en soit fait mention) sont nommés. 

C'est donc à Paris (et uniquement à Paris) qu'est nommée, en la personne du Directeur du Service Téléphonique, la première autorité qui ne va s'occuper que de téléphone. (restant pourvue d'une autonomie budgétaire plus symbolique que réelle).

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La loi de finances du 26 décembre 1892 supprime le Budget Annexe des Téléphones, après seulement deux exercices annuels.

Les financements du téléphone sont alors reversés au budget général de l’État. La situation va ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...

En 1894, le 16 juillet, par le décret du 16 juillet 1894 (BO P&T n°14 page 503), Monsieur Gustave Pierre SÉLIGMANN-LUI est nommé Directeur du Service Téléphonique de la région de Paris. Celui-ci partira pour d'autres fonctions le 18 novembre 1896.

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D - Perte partielle d'autonomie - Partie intégrante du Télégraphe sur tout le territoire.

(Direction des Services Electriques de la région de Paris)

En 1896, le 1er décembre, par le décret du 12 novembre 1896 (BO P&T 1896 n°14 page 316), le Service Technique Télégraphique et Téléphonique de Paris et le service des bureaux centraux télégraphiques et téléphoniques de Paris sont placés sous l'autorité d'un directeur qui prendra le titre de Directeur des Services Électriques de la région de Paris.

Donc, à nouveau, la branche Téléphone se retrouve réunie à la branche Télégraphe.

L'autonomie symbolique acquise en 1892 semble avoir fait long feu, vis-à-vis de la branche Télégraphique, mais autonomie maintenue vis-à-vis de la branche Postale...

Par arrêté ministériel du 18 novembre 1896, (BO P&T Annexe 1896 n°11 page 715), Monsieur Pierre François Édouard DARCQ est nommé, à titre temporaire, Directeur des Services Électriques (télégraphes et téléphones) de la région de Paris.

En 1898, par le décret du 15 février 1898 (BO P&T Annexe 1898 n°3 page 261), Monsieur Arthur PAUTE-LAFAURIE est nommé Directeur des Services Électriques (télégraphes et téléphones) de la région de Paris et le restera jusqu'à sa retraite le 30 avril 1900.

En 1900, par le décret du 1er mai 1900 (BO P&T Annexe 1900 n°6 page 314), Monsieur André Mathurin FROUIN est nommé Directeur des Services Électriques (télégraphes et téléphones) de la région de Paris. 

Il conservera ce poste jusqu'à son départ à la Direction des Services Télégraphiques de Paris le 18 juin 1907.

En 1901, il est décidé en France, que chaque abonné se voie accorder une ligne. Ainsi donc, en France, depuis cette année, les lignes partagées entre plusieurs usagers sont proscrites.

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E - Autonomie relative dans Paris Intra-Muros - Partie intégrante du Télégraphe sur tout le reste du territoire.

(Direction des Services Téléphoniques de Paris)

En 1907, en juillet, par le décret du 5 juin 1907 (BO P&T 1907 n°7 page 163), les Services Électriques de la région de Paris sont divisés en trois Directions.

- Direction des Services Téléphoniques de Paris (chargée du service technique téléphonique de Paris Intra-muros en plus de l'Exploitation des bureaux téléphoniques centraux).

- Direction des Services Télégraphiques de Paris.

- Direction du Service Technique de la région de Paris (Extra-muros). (chargée en Extra-muros du service technique télégraphique et du service technique téléphonique).

Par le décret du 18 juin 1907, (JORF du 20 juin 1907, page 4281) :

- Monsieur André Mathurin FROUIN est nommé Directeur des Services Télégraphiques de Paris,

- Monsieur Edmond Alexandre BOUCHARD est nommé Directeur des Services Téléphoniques de Paris.

Ainsi, la branche Téléphone de Paris retrouve en 1907 une partie de l'autonomie acquise en 1892 puis perdue en 1896. Mais attention, en 1907 l'autonomie retrouvée n'est désormais valable que pour Paris Intra-muros. (car la région de Paris Extra-muros demeure encore liée au Télégraphe).

Monsieur Edmond Bouchard occupera le Poste de Directeur des Services Téléphoniques de Paris jusques au 19 mai 1911 où il sera promu Directeur de l'Exploitation Téléphonique.

En 1908, le lundi 28 décembre, est mis en service à Lyon à titre d'essai, et provisoirement, un Centre Téléphonique Automatique raccordé à 200 abonnés qui peuvent alors  s'appeler directement entre eux, sans passer par une seule opératrice. 

  • Le système alors expérimenté est du type LORIMER, autocommutateur de type rotatif à impulsions de contrôle inverses, conçu en 1903 aux U.S.A et au Canada.
  • Ce commutateur de capacité réduite et expérimental est installé et testé aux frais de l'inventeur. (Il ne s'agit donc pas d'une commande de l'Administration en temps que telle, bien qu'expérimentée par elle...)
  • Cette expérimentation n'a concerné que 200 des 4.000 abonnés au téléphone du réseau de Lyon, ces 200 abonnés étant réputés pour téléphoner fréquemment : abonnés à fort trafic. (Les 3.800 autres demeurant reliés aux Commutateurs Multiples Manuels).
  • Nous ignorons la durée exacte de cette expérimentation qui était encore en service en Janvier 1911, mais qui un jour se termina sans explication, vraisemblablement avant la 1ère guerre mondiale.

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F - Vers plus d'autonomie sur l'ensemble du territoire.

(Direction de l'Exploitation Téléphonique)

En 1909, par le décret du 4 août 1909 (JORF du 5 août 1909, page 8520), il est créé une Direction de l'Exploitation Téléphonique.  Son premier Directeur est Édouard Estaunié.

Cette date marque la séparation durable d'avec la Branche Télégraphique, d'où la branche Téléphone avait été rattachée depuis son invention. 

Les branches Téléphones et Télégraphes ne seront à nouveau réunies qu'en 1941 sous le vocable Télécommunications, mais entre temps, le téléphone ayant pris tant d'importance, qu'il s'agira alors de la branche Téléphone qui absorbera la branche Télégraphe, non l'inverse.

En 1916, par le décret du 2 septembre 1916 (JORF 8 septembre 1916 page 8017), il est institué un Comité Technique des Postes et des Télégraphes. Ce comité est constitué de spécialistes techniques, d'ingénieurs et de sommités techniques et scientifiques.

Par son article 2, le comité Technique est obligatoirement saisi par les services compétents de l'administration de toutes innovations ou modifications à introduire dans l'outillage postal, télégraphique et téléphonique, et émet des avis motivés sur les questions qui lui sont soumises.
Les essais, expériences, recherches reconnus nécessaires sont effectués par le service d'études et de recherches techniques des postes et des télégraphes.

Par arrêté du 2 septembre 1916, le Comité est constitué de 6 sections : 

  • - 1e section. — Matériel postal
  • - 2e section. — Appareils et installations télégraphiques
  • - 3e section. — Lignes télégraphiques souterraines, sous-marines et pneumatiques
  • - 4e section. — Télégraphie et téléphonie sans fil.
  • - 5e section. — Appareils et installations téléphoniques,
  • - 6e section. — Lignes aériennes, lignes souterraines téléphoniques.

Puis, ultérieurement sont ajoutées 2 sections supplémentaires :

  • - 7e section. — Radiodiffusion (arrêté du 13 décembre 1930)
  • - 8e section. — Moteurs thermiques, automobiles et transports (arrêté du 2 novembre 1936)

Nota

le Comité Technique des Postes et Télégraphes apparaît sous la nouvelle dénomination Comité Technique des Postes, Télégraphes et Téléphones courant 1927 dans les textes.

le Comité Technique des Postes, Télégraphes et Téléphones sera renommé Conseil Technique des Postes, Télégraphes et Téléphones par décret n°48-1218 du 19 juillet 1948 (JORF 26 juillet 1948, page 7331).

Entre 1914 et 1921 sont parues dans le Bulletin Officiel des PTT les 61 listes des agents des Postes, Télégraphes, Téléphones Morts pour la France.

Ci dessous, nous disposons des listes du Livre d'Or des PTT parues en 1916, 1917, 1919, 1920 et 1921 :

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En 1923, par la loi de finances du 30 juin 1923 (art. 70 à 79) (BO P&T 1923 n°15 page 307), l’État dote à nouveau les P&T d'un budget annexe qui permet sensiblement l'accroissement d'autonomie et de souplesse budgétaire et qui aboutit à un net accroissement du nombre d'abonnés au téléphone dès 1925. 

Cette loi permet à l'Administration de financer de plus nombreux projets et d'étendre le réseau téléphonique global.

La loi de finances du 30 juin 1923 (art. 69) (BO P&T 1923 n°15 page 307) crée en outre un Conseil dont les membres sont nommés pour deux ans, par décret, sur proposition du ministre chargé des Postes, Télégraphes et Téléphones. Le Conseil se réunit au moins une fois par mois, et un registre des délibérations est tenu.

Ce Conseil donne son avis sur toutes les questions soumises par le ministre. 

Le Conseil est obligatoirement consulté sur  :

  • - les mesures d'organisation générale des services, 
  • - les cadres,  le statut et la rémunération du personnel, 
  • - les taxes, les projets de travaux ou de fournitures constituant des dépenses de premier établissement, 
  • - les projets de budget et tous autres projets financiers présentés au parlement, 
  • - les règlements de toutes natures (décrets, arrêtés généraux) relatifs au service des postes, télégraphes et téléphones.
  • - Les programmes d'action avec prévisions détaillées à 5 ans minimum sont soumis à l'avis du Conseil.

Par le décret du 8 septembre 1923 (JORF du 11 septembre 1923 page 8922), le Conseil prend le nom de Conseil Supérieur des Postes, Télégraphes et Téléphones.

Nota : 17 ans avant la création de ce conseil, une proposition de loi déposée en 1906 par le Député de la Seine Hector Depasse prévoyait déjà d'instituer un Conseil Supérieur de Postes, Télégraphes, Téléphones...

En 1924, est votée la loi du 5 août 1924 portant ouverture, sur l'exercice 1924, de crédits additionnels en vue de donner à l'administration des PTT les moyens d'actions nécessaires pour poursuivre la réalisation du programme de travaux adopté par le parlement et entreprendre l'exécution de travaux nouveaux.

Cette loi dote, en surplus de la loi de finances de 1923, l'administration des PTT d'un programme de financement supplémentaire de 644 millions de Francs, réparti sur les exercices de 1924 à 1929 visant notamment à développer les réseaux urbains et interurbains, moderniser et étendre les immeubles téléphoniques. 

Ces financements permettront la mise en route la plus rapide possible du téléphone automatique dans le réseau de Paris et de grandes agglomérations à venir prochainement.

En 1925, au mois de janvier, par le décret du 13 août 1924 publié ultérieurement (BO P&T 1925 n°1 page 8), il est créé une zone suburbaine autour des villes de Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Rouen, Le Havre, Nantes et Roubaix.

Les petits groupes de réseaux qui existaient autour de ces grandes agglomérations sont supprimés en tant que tels, et unifiés au sein d'un même réseau, dit réseau suburbain, autour de chaque ville.

Le but est de préparer techniquement l'automatisation à venir du réseau téléphoniques de ces villes et agglomérations environnantes.

Concernant la zone suburbaine de Paris, celle-ci est constituée de 57 communes ainsi réunies. Voir carte de Paris Zone Suburbaine ci-dessous.

CarteZoneSuburbaineParis

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En 1926,  par le décret du 7 octobre 1926 (BO P&T 1926 n° 28 page 728), la Direction des Lignes Souterraines à Grande Distance absorbe les services techniques de Paris Extra-muros, y compris ceux de la zone suburbaine.

Il est créé en métropole 17 Directions Régionales. À leur tête, un Directeur Régional est chargé dans sa région de diriger l'ensemble des services postaux, télégraphiques et téléphoniques.

Nota : au 31 décembre 1927, les personnels des PTT affectés exclusivement au service téléphonique représentent 18.092 agents, dont 8.981 uniquement pour Paris et la Région Parisienne, soit 49,6 %, ce qui donne une indication sur le poids relatif de Paris sur le reste du territoire.

Nota : au 31 décembre 1928, les personnels des PTT affectés exclusivement au service téléphonique représentent 20.367 agents, dont 10.455 uniquement pour Paris et la Région Parisienne, soit 51,3 %, ce qui donne une indication sur le poids relatif de Paris sur le reste du territoire.

En 1931, en raison du déploiement en cours du téléphone automatique intégral à Paris, le décret du 6 août 1931 (BO PTT n°19 page 656) réorganise administrativement les services techniques et téléphoniques dans la région de Paris.

Désormais la zone suburbaine de Paris (les communes frontalières à la Ville de Paris ainsi que les communes qui leur sont mitoyennes formant la 1ère couronne) est placée sous le contrôle de la Direction des Services Téléphoniques de Paris (Intra-muros).

Décret complété par arrêté du 26 octobre 1931 (BO P&T 1931 n°27 page 913).

En 1932, l'arrêté du 22 juillet 1932 (BO PTT 1932 n°16 page 627) fusionne le réseau téléphonique de Paris intra-muros aux réseaux alentours dits de la zone suburbaine de Paris des communes mitoyennes pour constituer un réseau local unique dénommé : Réseau de Paris. 

Cette unification administrative et tarifaire suit tout simplement la progression du maillage et de l'interconnexion des centres téléphoniques automatiques de la zone la plus dense de France : Paris et sa proche banlieue du département de la Seine. (équivalant aux départements actuels des Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne et Paris).

En 1934, un décret de suppressions d'emploi est signé le 17 avril 1934 (BO PTT n°14 page 282).  D'autres décrets de cet ordre se succéderont cette année là.

Il y aura même la réduction voire la suppression avec effet rétroactif au 1er août 1933 de multiples indemnités dues à certaines catégories d'agents des PTT (décrets du 6 mars 1934 BO PTT n°10 pages 202 à 209). D'autres décrets suivront en décembre 1934 (BO PTT 1935 n°3).

L'année 1934 verra aussi la réduction massive de commandes de matériels neufs. 

  • Il s'agit du contrechoc dû à la crise de 1929 née (comme à l'accoutumée) aux USA qui a fini par retomber sur l'Europe.
  • La réduction des crédits intervenue à partir de 1934 restera comme une très dure épreuve dans les PTT et un sérieux coup d'arrêt dans le développement du réseau téléphonique français ainsi que dans son automatisation qui ne pourra être achevée que 45 ans plus tard en 1979.
  • Le temps perdu dans le non-déploiement des commutateurs automatiques rotatifs ne sera plus jamais rattrapé avant le début de la seconde guerre mondiale en 1939 ; les caisses sont vides et l'État est exsangue.

En 1935, par le décret du 19 juillet 1935 (BO PTT 1935 n°23 page 509) relatif à l'établissement du téléphone automatique-rural et le décret complémentaire du 30 octobre 1935 (BO PTT 1935 n°33 page 808), le système téléphonique dit "automatique-rural", plus 'automatique' dans le nom que dans la réalité, est adopté en France. 

Préféré au système automatique ROTARY 7D au coût jugé trop élevé (celui-ci sera en revanche déployé massivement dans les campagnes de Grande-Bretagne et de Suisse), le système automatique-rural permet cependant de commencer le désenclavement de plusieurs départements ruraux laissés pour compte depuis les débuts du téléphone.

Les 11 premiers départements volontaires ont-ils volontiers signé une convention de déploiement du système automatique-rural, en consentant aux frais d'installation : (Ardèche, Ariège, Aveyron,  Creuse, Drôme, Indre, Landes, Lot-et-Garonne, Meuse, Haute-Vienne et Territoire-de-Belfort.)

Malheureusement, le système automatique-rural (qui utilise en partie le matériel R6) adopté en France par le décret du 19 juillet 1935 a en fait accru le retard d'automatisation du réseau téléphonique français dans sa globalité, par rapport au reste de l'Europe qui n'a pas retenu cette demi solution à coût réduit.

Le système automatique-rural a même par la suite, dans les années soixante, retardé l'automatisation totale des provinces. Par exemple, en 1968, est mis en service un centre automatique-rural à Corté, dans le département de Corse...

À la décharge de M. le Ministre des PTT Georges Mandel qui fit en 1935 ce qu'il put avec les moyens du bord, la IIIème République déjà bien ébranlée dans ses fondations profondes était déjà très-essoufflée et noyée dans les scandales à répétitions qui n'allaient pas tarder à l'emporter dans le tourbillon impitoyable que l'Histoire réserve toujours aux plus faibles, aux imprévoyants et aux inconséquents. Sauf rares exceptions notables comme Mr Mandel, la classe politique, était plus préoccupée par sa survie politicienne à court terme que par la modernisation du réseau téléphonique de télécommunications du pays, et encore moins par le réseau de communications routier français pour ainsi dire moyenâgeux...

En 1939,  le 1er septembre, l'Allemagne envahit la Pologne sans déclaration de guerre. En retour, la France déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. L'Europe se prépare à sombrer, mais ceci est une toute autre histoire...

Avant tout le reste appelé à se produire chez nous, avant l'effondrement, la débâcle, la défaite, les aboiements venus de l'Est, le défilé au pas de l'oie sous l'Arc de Triomphe, les lois d'exclusion, les lois rétroactives : 

comme dans un dernier réflexe nécrotique d'une IIIème République déjà dissoute, il est signé le 1er septembre, un décret fixant la situation des personnels des administrations de l’État en temps de guerre. (JORF 6 septembre 1939)

  • Ce décret suspend durant toute la durée des hostilités tout avancement de grade, de classe et d'échelon pour tous les personnels de l'État, dont les agents des P.T.T. (art. 2)
  • Les procédures disciplinaires sont simplifiées, et permettent à un simple chef de service de mettre à pied sans traitement un de ses agents... (art.15)
  • Les délais de procédure sont réduits de moitié, (art. 14)
  • De plus, (art. 15) sont suspendues les dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905  ci-dessous :

" Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d’être l’objet d’une mesure disciplinaire ou d’un déplacement d’office, soit avant d’être retardé dans leur avancement à l’ancienneté."

La suspension de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 interdit de facto à tout agent de connaître le motif et la teneur des preuves, si même elles existent, dont il est accusé. Le droit d'accès est bafoué d'un trait de plume, le droit à une défense équitable est de ce fait caduc.

L'État de droit est donc suspendu dès le 6 septembre 1939 en France, par un Président de la République et un Président du Conseil qui s'empressèrent, alors que le monde se dérobait sous leurs pieds, de signer à la va-vite un décret liberticide contre les propres forces vives de l'État et ce, bien avant le retour de l'occupant sur la terre de France...

L'histoire a jugé.

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De surcroît, par le Décret-Loi du 26 septembre 1939 (JORF du 27 septembre 1939), il s'agit encore du gouvernement de la IIIème République qui interdit tous les mouvements inspirés de près ou de loin par la SFIC et dissout de ce fait le syndicat des agents des PTT le plus puissant de France : la Fédération Postale, rattachée à la CGT. Cette dissolution est signifiée par acte du 23 novembre 1939 de la Préfecture de Police de Paris à son secrétaire M. Emmanuel Fleury.



Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 22 avril 2017.

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