XXVIII - Historique et présentation 

du Poste Téléphonique Mobile 

à Batterie Centrale Intégrale

PTT 1940 (N° 322-1)

Au fur et à mesure des progrès techniques, il est évident que le matériel de télécommunications n’a cessé d’évoluer, de prototypes rejetés ou retenus en cas d’essais réussis, que ce soit :

1) en vue d’améliorations technologiques, électriques et téléphonométriques,

2) ou pour au moins, à qualité équivalente, de permettre une réduction des coûts par l’amélioration des procédés de fabrication ou par l’utilisation moindre de matériaux nobles et coûteux.

Parmi tous les terminaux téléphoniques agréés par l’administration des PTT, il existe pourtant un unique modèle qui échappe à l’une de ces deux règles de motivation : le Poste Téléphonique Mobile à Batterie Centrale Intégrale Modèle PTT 1940 (N° de nomenclature PTT : 322-1).

Après la débâcle intervenue en juin 1940, l’administration des PTT noua secrètement un pacte avec l’État-major de l’Armée - veuillez consulter la page d’Hommage à Mr l’Ingénieur des PTT Robert Keller :http://telecommunications.monsite-orange.fr/page-5...


Photographie du modèle PTT1940 à venir ultérieurement : appareil en cours de (longue) restauration.


Genèse :

C’est immédiatement après l’armistice intervenu le 22 juin 1940, que des ingénieurs des PTT des services techniques sont alertés discrètement par des officiers militaires de l’existence d’un stock de 50.000 à 60.000 bobines d’induction téléphoniques destinées initialement à la téléphonie militaire.

Ces précieuses bobines d’inductions constituées évidemment d’une majeure partie de cuivre, métal très précieux en temps de guerre, sont menacées d’être saisies, détruites et leur cuivre refondu pour le compte de l’occupant allemand dès que le stock aura tôt fait d’être découvert par leurs zélateurs.

Ainsi, en catastrophe, le Service des Recherches et du Contrôle Techniques des PTT va-t-il étudier dès l’été 1940 la faisabilité d’un modèle de téléphone entièrement basé sur ce modèle militaire de bobine d’induction, afin de concevoir un poste téléphonique qui sera agréé dans la foulée, pour pouvoir écouler rapidement le stock de bobines militaires, et éviter ainsi leur saisie et leur destruction par l’occupant, rappelons-le, adepte du pillage de tout ce que pouvait fournir la terre de France ...

Aussi, afin d’accélérer la mise en fabrication de ce modèle si particulier, les procédures habituelles de soumission à signatures de MARCHÉS en général utilisées, ou plus rarement de CONCOURS, voire même encore plus rarement d’ADJUDICATIONS ont été court-circuitées, et remplacées par une COMMANDE directe de gré à gré auprès d’un industriel.

Il est finalement retenu que le modèle mobile PTT 1940 ainsi créé sera directement dérivé du Modèle mobile agréé de 1924 (Numéro de nomenclature PTT : 321-1) afin de réutiliser un maximum d’éléments mécaniques et de carrosserie disponibles en stock.

Afin de mettre la fabrication immédiatement en route, la COMMANDE est signée de gré à gré le 3 septembre 1940, entre l’administration des PTT et le seul industriel d’envergure français capable de cette prouesse malgré la désorganisation du pays : la société Le Matériel Téléphonique basée à Boulogne-Billancourt. La commande a d’ailleurs été passée avant même la rédaction de l’album des calques industriels des PTT qui ne sera dessiné au tire-ligne et au normographe qu’en novembre 1940 !

La fabrication s’est étalée entre les trois derniers mois de 1940 et les premiers mois de 1941.


Au niveau technologique :

Concernant le combiné :

Le poste mobile à Batterie Centrale Intégrale PTT 1940 emploie cependant un combiné à Batterie Locale modèle 1934 n° 309-7, dont l’écouteur est équipé d’un aimant permanent à deux noyaux, car la conception de la bobine militaire fait que seuls les courants modulés par la voix traversent l’écouteur, ce qui présente d’ailleurs au passage un meilleur rendement énergétique que le modèle précédent PTT 1924.

La plaque ronde de fer élastique de l’écouteur est donc aimantée en permanence lorsqu’elle est à sa place.

Combine309.7.BL.PTT1934AimantPermanent

Combine309.7.BL.PTT1934VueComplete

Ci-dessus : vue complète d'un combiné avec mention Propriété de l'État, à Batterie Locale modèle 1934 n° 309-7, restauré, pour poste téléphonique mobile à Batterie Centrale Intégrale PTT 1940. (Le cordon tissus est d'origine)


Le poste à Batterie Centrale Intégrale PTT 1924 utilise le combiné à Batterie Centrale Intégrale modèle 1924 n°320-2, qui est pourvu d’un écouteur à excitation, c'est-à-dire dépourvu d’aimant permanent mais seulement d’un noyau de fer doux, car la conception de la bobine du poste 1924 fait que la quasi totalité du courant de ligne continu traverse aussi l’écouteur du combiné, et de ce fait, une part de l’énergie délivrée par le centre téléphonique sert obligatoirement à aimanter électriquement l’écouteur du poste PTT 1924 au cours de son fonctionnement. 

voir ci-contre à droite, à titre comparatif un écouteur à excitation n°320-2 modèle 1924.

La plaque ronde de fer élastique de l’écouteur, lorsqu’elle est à sa place, n’est donc aimantée que lorsque le téléphone est décroché et sous tension.

Combine320.2.BCI.PTT1924BobineExcitation


Concernant la bobine d'induction

à titre comparatif, la bobine militaire utilisée pour le poste modèle PTT 1940 comporte 6 plots, mais elle est beaucoup plus petite comparée à la bobine du poste PTT 1924 de plus gros encombrement. La bobine militaire ne comporte aucune mention « PTT » ni aucun numéro de nomenclature, ce qui est logique vu qu’il s’agissait d’un stock déjà fabriqué pour l’armée française. Le modèle PTT1941 ultérieur retiendra aussi une bobine nouvelle de taille réduite, mais à 8 plots.

PostePTT1940EmbaseRestauree

Ci-dessus : embase d'un poste téléphonique mobile PTT 1940 strictement d'origine après expertise, contrôle technique et restauration non invasive par mes soins. 

Au centre, le condensateur de 2µF d'origine avec mention Propriété de l'État est daté de mars 1941 et le schéma spécifique du modèle PTT1940 est même encore présent. 

À droite, la bobine militaire d'induction de taille réduite à 6 plots est visible, recouverte d'une sorte de tissus tropicalisé (normes militaires strictes pour la résistance à l'humidité).

À gauche de la bobine d'induction : les résistances bobinées sur moyeux de section ronde (3 à 4 plots utilisés), servant à régler par soudage le courant de ligne en fonction de son affaiblissement.


Au niveau de leur rareté, il est à noter :

-que ce poste mobile modèle agréé PTT 1940 n° 322-1 n’a donc été fabriqué qu’en nombre réduit d’exemplaires (60.000 au maximum),

-que de surcroît, sa fabrication a été remplacée dès juin 1941 par celle d’un nouveau modèle, le modèle mobile PTT 1941 n°323-1 qui, lui, a été produit jusqu’en 1947 au minimum…

-qu’enfin, pour cause de pénurie, la carcasse en fer n’a fait l’objet lors de sa fabrication d’aucun traitement au minium de plomb et qu’elle a toujours été peinte avec une unique couche de peinture noire et de surcroît de piètre qualité (seule disponible en pleine débâcle et occupation) : de ce fait, ces postes se sont souvent corrodés plus rapidement et profondément que le reste du parc de téléphones de type 1924 ou 1941 et lorsque l’on a la chance d’en découvrir un, il est souvent irrécupérable au niveau du corps de poste originel. Au niveau de sa carrosserie, ce poste 1940 est de ce fait plus difficile et plus coûteux à restaurer.


En conclusion pour l'Histoire :

Il faut garder à l’esprit que chaque rare poste téléphonique PTT modèle 1940 encore fonctionnel aujourd’hui et pourvu de sa plaque signalétique rivée d’origine, représente un véritable témoignage de résistance face à l'ennemi pendant la seconde guerre mondiale et présente de ce fait un intérêt historique pour tout collectionneur « Militaria » qui se respecte.

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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 9 août 2015.

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