Historique des types de commutateurs téléphoniques automatiques en France


IIIb - Les commutateurs rotatifs à commande par impulsions de contrôle inverses

wordleRotary

Historique général des commutateurs rotatifs à impulsions de contrôle inverses en France :

Les premiers commutateurs conçus sont électromécaniques et à organes tournants, aujourd'hui totalement obsolètes.

Cette nouvelle famille adopte un fonctionnement en souplesse, de manière non saccadée et qui permet une commutation des circuits plus rapide que les commutateurs à fonctionnement pas-à-pas, et de ce fait une capacité d'écoulement de trafic sensiblement améliorée.

  • - En France, la première expérimentation sur une petite partie d'un réseau téléphonique local (celui de Lyon) est mise en service le 28 décembre 1908, et réalisée en système LORIMER.
  • - Concernant une ville entière, le premier commutateur à impulsions de contrôle inverses est mis en service le 21 septembre 1924 à Dieppe (AGF500),
  • - Le réseau téléphonique de Paris intra-muros est entièrement automatisé  le 21 mai 1938 en commutateurs ROTARY 7A1, peu avant la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne.
  • - C'est grâce à la grande robustesse du système ROTARY 7A1 que Paris parvient à traverser sans trop d'encombre, téléphoniquement, les années d'occupation, malgré toutes les contraintes et les pénuries. Le système ROTARY est d'ailleurs reconduit le 18 mars 1948 par le Comité Technique des PTT, moyennant modernisations (Rotary 7A1N).
  • - Après un marché d'essai, dont la mise en service intervient en 1951 au Vésinet, il est décidé le 9 juin 1953 que l'automatisation du réseau de Paris serait parachevée en système Rotary 7B1.
  • - Suite à l'avis du Conseil Technique des PTT du 16 novembre 1960, les dernières commandes de nouveaux commutateurs à organes tournants ont lieu en 1961. (Rotary 7B1)
  • - Le plus récent est mis en service en 1963 (Rotary 7B1).
  • - Les dernières extensions sont commandées en 1978, (arrêt initialement prévu en 1971 reporté).
  • - Le dernier Commutateur d'Abonnés à organes tournant de cette famille est arrêté le 26 juin 1984 à Montrouge, avant le changement du Plan de numérotation téléphonique en France (basculage à 8 chiffres le 25 octobre 1985 à 23H00). En effet, il aurait été trop complexe et coûteux d'adapter les commutateurs à organes tournants à l'adjonction de 2 chiffres supplémentaires.
  • - Le dernier Commutateur de type rotatif à impulsions de contrôle inverses de France est un commutateur de Transit Rotary 7A1, Vaugirard CTRY. Mis en service le 16 novembre 1929, il est désactivé courant Juillet 1985, soit après plus de 55 années de service continu révolu !

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De par son architecture, son volume et pour ne pas trop complexifier l’ensemble, chaque commutateur à organes tournants à impulsions de contrôle inverses ne peut prendre en charge qu’un maximum de 10.000 à 20.000 abonnés.

Les systèmes rotatifs automatiques de type à impulsions de contrôle inverses déployés en France sont les suivants :

  • - LORIMER (expérimentation),
  • - AGF500 (expérimentation), 
  • - ROTARY 7A1,
  • - ROTARY 7B1.

Organe de commande :

Les commutateurs rotatifs à impulsions de contrôle inverses automatiques sont tous munis d'Enregistreurs, leur conception intrinsèque ne leur permettant pas de fonctionner en contrôle direct.

Dans les systèmes rotatifs de type à impulsions de contrôle inverses, cas de l’AGF500 et de la famille Rotary 7, les Cadrans Téléphoniques des abonnés ne constituent pas l’organe de commande du commutateur, car le commutateur est équipé d’un étage spécifique constitué par des blocs d'enregistreurs qui sont dans un premier temps chargés de mémoriser les numéros de téléphone composés aux cadrans par les abonnés, puis en fonction des numéros demandés vont commander eux-mêmes (ou passer par des Traducteurs intermédiaires) à tour de rôle les sélecteurs nécessaires à l’établissement des communications : le routage.

Cet étage d'Enregistreurs permet naturellement, en mémorisant les numéros d'abonnés demandés, de donner au Commutateur tout le temps nécessaire pour trouver, à chaque niveau à solliciter, un équipement de libre ; ceci évite de perdre des appels pendant la numérotation.

L’étage des Enregistreurs (ou des Enregistreurs-Traducteurs) permet aussi de recalibrer la numérotation provenant des cadrans, puis d'actionner en léger différé les différents étages de sélecteurs à la cadence idéale. Ceci fiabilise ainsi le fonctionnement global du commutateur.

Chaque sélecteur nécessaire activé par un enregistreur effectue alors une rotation angulaire régulière et non saccadée (plus une sélection de niveau par un Choisisseur, une sorte d'arbre muni de 10 doigts pour les systèmes ROTARY 7A, 7A1 et 7A2 ; et un mouvement radial, linéaire et régulier dans le cas de l'AGF 500) jusqu'à atteindre la bonne position. Lorsque la bonne position est détectée, est émise une impulsion dite de contrôle inverse qui va ordonner à chaque sélecteur de s'arrêter net.

Une fois que tous les sélecteurs auront été commandés par les Enregistreurs et que l'abonné demandé aura éventuellement décroché son téléphone, la communication sera établie et dûment taxée.

L'ensemble des sélecteurs ainsi utilisés restent mobilisés durant toute la durée de la conversation, et ne peuvent plus être utilisés par d'autres abonnés. Cette immobilisation des ressources pose problème : c'est ici la grande limitation de la capacité d'écoulement des commutateurs rotatifs de tous les types, d'autant qu'ils ne peuvent pas être miniaturisés...

Dans tout système équipé d’Enregistreurs et de Traducteurs, ou d’Enregistreurs tenant lieu également de Traducteurs, l’Organe de Commande du Commutateur est bel et bien constitué par l’ensemble des Enregistreurs et des Traducteurs qui le composent.


Obtention de la tonalité d’invitation à numéroter : rôle des Chercheurs dans les systèmes à organes tournants.

Alors que nous sommes tous habitués depuis plusieurs décennies à obtenir la tonalité d’invitation à numéroter dès le décrochage du combiné téléphonique, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, dans les commutateurs téléphoniques à organes tournants (tous systèmes confondus), l’obtention immédiate de la tonalité au décrochage n’est ni immédiate, ni garantie…

Lorsqu’un abonné raccordé à un commutateur rotatif va décrocher son combiné, la ligne téléphonique se ferme, le courant électrique est établi et son impédance diminue.

Dans n’importe quel type de commutateurs, il n’y a jamais un détecteur de prise de ligne affecté en permanence à chaque ligne téléphonique. En revanche, il y a un certain nombre de chercheurs primaires (ou de présélecteurs) qui analysent successivement à intervalle régulier le parc de lignes téléphoniques raccordés.

Alors que dans les systèmes ultérieurs, la position de chaque ligne est analysée à intervalle régulier toutes les quelques millisecondes voire microsecondes, dans les systèmes à organes tournants, il y a des groupes de chercheurs primaires qui sont des organes rotatifs qui vont, eux aussi, analyser les lignes téléphoniques successivement à intervalle régulier, en balayant 24 heures sur 24 les positions de tous les abonnés, mais à une vitesse très lente.

Ainsi, il n’est pas rare de devoir attendre plusieurs secondes voire dizaines de secondes en heure très chargée pour qu’un chercheur primaire s’arrête sur l’abonné qui a décroché son téléphone, pour que le chercheur s’immobilise sur cette position en ayant détecté électriquement le décrochage de l’abonné considéré.

Ensuite, le chercheur secondaire, qui est associé à son chercheur primaire doit lui aussi trouver, en tournant très lentement, une position d’accès à un Enregistreur libre.

Ce n’est que lorsqu’un chercheur primaire et un chercheur secondaire croisent d’une part la ligne décrochée de l’abonné et d’autre part un Enregistreur libre du commutateur téléphonique, que la tonalité d’invitation à numéroter au cadran téléphonique est alors envoyée sur le poste téléphonique de l’abonné.

De surcroît, dans les zones à forte densité d’abonnés et pendant les heures de pointe (heures de bureau et heures de début de soirée) le nombre de chercheurs disponibles par groupe d’abonnés et par groupe de sélecteurs primaires (ou d’enregistreurs) se révèle notoirement insuffisant, et il n’est alors pas rare de ne pas pouvoir obtenir de tonalité : le téléphone de l’abonné, bien que sous tension, reste muet...

À l’heure actuelle, lorsqu’un tel événement se produit, d’ailleurs très rarement, il s’agit soit d’un dérangement de la ligne téléphonique considérée, soit d’une panne sérieuse dans tout ou partie du commutateur de rattachement. Mais à l’époque des centres téléphoniques à organes tournants, ceci était la norme.


Cas d'école de paralysie totale par surcharge des commutateurs dans le réseau Rotary 7A1 de Paris :

Le 6 mai 1932, dans l'après-midi, le Président de la République Paul Doumer est assassiné par Gorguloff (qui sera lui-même guillotiné le 14 septembre). Paul Doumer agonisera plusieurs heures avant de trépasser le lendemain.

Cet événement entraîna la plus grosse paralysie du réseau téléphonique automatique de Paris.

En effet, à cette époque, un grand journal de Paris, "Le Petit Parisien", dispensait par téléphone des informations, des actualités à qui voulait bien lui téléphoner. La Radiodiffusion n'était pas encore suffisamment généralisée dans notre pays, et de surcroît, la TSF n'avait pas le droit de diffuser une nouvelle qui n'ait pas encore été imprimée et diffusée sur la voie publique par la presse !

Or, ce 6 mai 1932, après cet attentat et l'agonie qui s'ensuivit, les gens voulaient tous avoir des nouvelles du malheureux Président Doumer. La majeure partie de la population équipée du téléphone automatique a ainsi décroché quasiment simultanément son téléphone et a appelé en même temps ce grand journal... Il y eut un véritable raz-de-marée d'appels téléphoniques dirigés, de surcroît, vers un unique abonné : le journal. Or en Rotary 7A1, à cette époque, la notion d'abonné à fort trafic avec des jonctions de liaisons spécifiques n'existe pas encore... Tout au plus, certains gros clients sont-ils équipés de quelques lignes ordinaires "regroupées", en général par 3 ou 5 lignes maximum.

Dans le cas présent, Provence n'était pas encore automatisé mais pouvait être joint par les abonnés automatisés de Paris. Le "Petit Parisien" retransmettait ses émissions au centre téléphonique Provence, centre qui était équipé d'une installation spéciale permettant de délivrer l'information simultanément jusqu'à 200 abonnés.

En quelques instants, la catastrophe se produisit :

  • - D'abord, toutes les 200 lignes téléphoniques du journal, prises d'assaut, furent occupées,
  • - Sur ce, toutes les jonctions intercentres provenant des autres commutateurs Rotary 7A1 de Paris et connectées vers le commutateur Provence se retrouvèrent en totalité encombrées et occupées...
  • - Du coup, les sélecteurs secondaires de tous les autres commutateurs Rotary 7A1 de Paris qui pointaient vers Provence se retrouvèrent en rotation permanente, car ils ne pouvaient jamais trouver une seule jonction de libre pour contacter Provence...
  • - De ce fait, les sélecteurs secondaires de tous les Rotary de Paris se retrouvèrent en surcharge... ce qui entraîna, par effet de contagion, la surcharge à tous les étages de tous les commutateurs téléphoniques de Paris qui se retrouvèrent hors de contrôle...(Archives, Botzaris, Carnot, Combat, Danton, Diderot, Étoile, Gobelins, Nord, Odéon, Passy, Ségur, Trudaine, Turbigo, Vaugirard et Wagram.)
  • - Enfin, plus aucun commutateur téléphonique automatique de Paris ne pouvait plus délivrer de tonalité, du fait de l'encombrement de la totalité des enregistreurs de numérotation : plus aucun enregistreur n'était disponible dans Paris.

En quelques instants, plus aucun appel téléphonique ne put être lancé ni être acheminé dans le réseau automatique de Paris. Le Téléphone Automatique de Paris était hors service...

De plus, en raison des surcharges et des surchauffes, de véritables pannes vinrent s'ajouter au blocage du réseau téléphonique : 

  • - destruction de fusibles de sécurité, 
  • - pannes multiples de moteurs d'entraînement des arbres de transmissions, 
  • - casse de certains embrayages...

La situation prit "un certain temps" pour être normalisée, mais cette énorme panne servira de leçon aux ingénieurs des PTT pour concevoir à l'avenir :

  • - dans l'urgence, des sécurités contre les surcharges des commutateurs Rotary 7A1,
  • - dans la durée, de nouveaux matériels permettant le fonctionnement satisfaisant des lignes téléphoniques présentant un fort trafic (recherches qui aboutiront en 1959 avec le Rotary 7B1 Alma mis en service à Élysées).


LORIMER, mis au point en 1903, commutateur d'origine canadienne conçu par les trois frères Lorimer.

Le lundi 28 décembre 1908, est mis en service en France, à Lyon, à titre d'essai et provisoirement, un Centre Téléphonique Automatique raccordé à 200 abonnés qui peuvent alors s'appeler directement entre eux, sans passer par une seule opératrice.

  • Le système alors expérimenté dans le réseau public est du type LORIMER, autocommutateur de type rotatif à impulsions de contrôle inverses, conçu en 1903 au Canada et aux U.S.A.
  • Ce commutateur de capacité réduite et expérimental est mis en construction à Lyon à partir de Septembre 1908 et testé aux frais de l'inventeur. (Il ne s'agit donc pas d'une commande de l'Administration en temps que telle, bien qu'expérimentée par elle...)
  • Cette expérimentation n'a concerné que 200 des 4.000 abonnés au téléphone du réseau de Lyon, ces 200 abonnés étant réputés pour téléphoner fréquemment : abonnés à fort trafic. (Les 3.800 autres demeurant reliés aux Commutateurs Multiples Manuels).
  • Un autre autocommutateur LORIMER est mis en démonstration commerciale à Paris, par la filiale française, la Société Internationale de l'Autocommutateur Lorimer, au 15 de la Galerie Vivienne à cette même période. Cet autocommutateur n'est pas relié au réseau téléphonique public.
  • Nous ignorons la durée exacte de cette expérimentation lyonnaise qui était encore en service en Janvier 1911, mais qui un jour se termina sans explication, vraisemblablement avant la 1ère guerre mondiale. 
  • Les abonnés furent reconnectés sur commutateur manuel à la fin de cette expérimentation, qui, d'après nos recherches, ne donna pas satisfaction en termes de fiabilité.
  • La compagnie Canadian Machine Telephone fait faillite en 1923 et le système LORIMER disparaît à cette date. Malgré cet échec, il convient de retenir que ce système est le premier qui ne fonctionne pas en pas-à-pas.
  • Enfin, le consortium ITT rachètera les brevets de ce système, qui lui permettra d'améliorer son propre système : le Rotary 7A et ses dérivés ultérieurs.

SystemeLorimer

Ci-dessus : vue d'un module de base d'un commutateur Lorimer desservant 100 abonnés, constitué de ses sélecteurs totalement cylindriques. 

Nota : Les contacts des sélecteurs sur le stator sont répartis à 360°, soit sur un tour complet. Cette disposition rend malaisée l'entretien des contacts et des parties mobiles du rotor, qui se retrouvent enfermés au milieu du stator. (Le nettoyage et la maintenance s'avèrent très complexes, voire impossibles en fonctionnement)

Les modules peuvent être combinés entre-eux pour accroître la capacité du commutateur.

Photographie : http://www.britishtelephones.com/lorimer/lorimer.h...

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AGF 500 de la société LM Ericsson, mis au point en 1922, commutateur d'origine suédoise qui fut installé ensuite massivement en Suède, est un système basé sur les impulsions de contrôle inverses comme son prédécesseur aux USA le ROTARY 7A.

- Il est  équipé d’enregistreurs de numéros et de sélecteurs volumineux disposés en éventails constitués d’éléments rotatifs de base (modèle RVA avec balais de nettoyage des contacts intégrés) horizontaux en forme de plateau à 25 positions tournant à 90°, donnant 500 points de sortie (25 positions angulaires de sortie pour 20 positions commandées radialement, en profondeur, par une tige plongeuse correspondant à 20 lignes possibles pour chaque position angulaire).

- Des arbres rotatifs verticaux distribuent l’énergie motrice au commutateur en tournant continuellement (voir l'arbre dynamoteur complètement à droite de la video située plus bas).

P19.AGF500Ericsson1922VueEnsemble2

  • - Un commutateur AGF 500 est capable de gérer jusqu'à 20.000 abonnés par cœur de chaîne si toutes les volumineuses extensions possibles sont installées.
  • - Le premier commutateur AGF500 du monde est mis en service en Néerlande, à Rotterdam ouest (5.000 abonnés), en Mai 1923.
  • - En suède, pays concepteur, le premier AGF500 sera mis en service à Stockholm le 13 janvier 1924 (5.000 abonnés).
  • - En France, unique mise en service le 21 septembre 1924 (1.500 abonnés), à Dieppe. Il lui a été préféré le système Rotary 7A/7A1 par l'administration des P & T, la raison alors invoquée était le surcoût de 12% du système suédois lors du choix pour Paris...
  • - La seconde raison est que les baies du commutateurs étaient importées directement de Suède, ce qui lésait les travailleurs français, condition éliminatoire à l'époque où nos hommes politiques pensaient vraiment aux citoyens français et à l'emploi en France.
  • - Le commutateur AGF500 de Dieppe fut remplacé le 29 janvier 1960.

P20.AGF500Ericsson1922VueSelecteur

Ci-dessus : vue d'un sélecteur en détail et de ses relais de commande.

Ci-contre : plan d'un élément rotatif de base. (Source : L.M Ericsson)

Ci-dessous : petit film montrant le fonctionnement d'un sélecteur. (Source extraite du blog de Johann Hartl.)

P21.AGF500Ericsson1922VueElementRotatifDeBase

MaquetteSelecteurAGF500

Ci-dessus : Vue d'un sélecteur AGF500 provenant du commutateur de Dieppe (1924-1960). En bas, à gauche et à droite, sont installés deux des "râteliers" de contacts de connexions, sélectionnées par la tige plongeuse. Photographie C. R-V. Avec l'aimable autorisation de la Collection Historique des Télécommunications.

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ROTARY 7A1 est une variante mise en service pour la première fois dans le monde en France, à Nantes, fabriquée en France par la société Le Matériel Téléphonique (L.M.T) le samedi 29 octobre 1927 à 22h00,  dérivée du système ROTARY 7A en conséquence de quoi :

- Le système est basé sur une alimentation mécanique continuelle fournie par un moteur d’entraînement qui fournit l’énergie rotative d’entraînement de manière continuelle via des arbres de transmission (entraînement dynamoteur) dans tout le commutateur. 

- Les arbres de transmission demeurent perpétuellement en rotation à vitesse angulaire constante.

- Les embrayages, commandés par des bobines électromagnétiques, forcent les engrenages (formés d'un alliage ferreux flexible) des parties mobiles à se déformer légèrement par élasticité afin de s'engrener juste pendant les intervalles de temps nécessaires dans les pignons des arbres de distribution d'énergie mécanique pour effectuer leurs rotations telles que nécessaires pour rejoindre les bonnes positions de commutation voulues.

- Ainsi, tout commutateur de la famille ROTARY fonctionne-t-il de manière régulière et harmonieuse (de manière non saccadée).

Notes diverses :

  • La première baie de commutateur Rotary 7A1 automatique sort de l'Usine LMT du 46 avenue de Breteuil à Paris, le 25 mai 1926. Baie à destination du R7A1 expérimental de Nantes.
  • Finalement la version ROTARY 7A1 est retenue pour une mise en service dans Paris dès 1928 par souci d'homogénéisation du réseau parisien et ce malgré la conception en France entre temps en 1927 d'une seconde variante : le ROTARY 7A2.
  • Un ROTARY 7A1 est capable de gérer jusqu'à 10.000 abonnés par cœur de chaîne, si toutes les volumineuses extensions possibles sont installées.
  • Un commutateur Rotary 7A1 de 10.000 abonnés nécessite 8 millions de soudures à base d'étain et de plomb.

Remarques sur la création des Préfixes téléphoniques de Paris :

  • En effectuant des recherches dans la presse d'époque ainsi que dans les annuaires, des incohérences apparentes sont visibles entre certaines dates de mise en service officielle de commutateurs téléphoniques  et l'utilisation constatée de certains préfixes automatiques dans les annuaires qui parfois débute antérieurement... 
  • La raison est simple : techniquement, il était déjà possible de créer un nouveau préfixe "fictif" dans les enregistreurs-traducteurs du réseau téléphonique sans pour autant créer un nouveau commutateur téléphonique supplémentaire. 
  • Avantages : cela donnait le temps de tester l'acceptation par le public du nouveau préfixe et donnait le temps à l'administration de faire construire un nouveau commutateur pour le porter ensuite réellement. 
  • L'inconvénient technique est que si l'on créait un nouveau préfixe "fictif" sur un commutateur déjà existant, il prélevait autant de ressources sur le préfixe d'origine. En général, lorsque l'on créait un nouveau préfixe fictif, il était souvent composé de 2.000 numéros téléphoniques. Ces 2.000 numéros étaient donc à retrancher des 10.000 numéros téléphoniques de l'indicatif d'origine qu'un commutateur téléphonique parisien de type Rotary 7A1 pouvait héberger au maximum.
  • Ainsi, le préfixe INValides apparaît le 9 juillet 1933, alors que le commutateur Rotary 7A1 Invalides n'est mis en service que le 11 avril 1936. En fait, au moment de sa création, ce préfixe, alors fictif, est branché sur le commutateur Rotary 7A1 Suffren (dans les murs du Centre Téléphonique de Ségur) mis en service depuis le 9 juillet 1933. Puis le 11 avril 1936, le commutateur Invalides ayant été mis en service, les abonnés déjà fictivement préfixés INValides sur le Commutateur Suffren se retrouvent basculés sur le nouveau commutateur Invalides (dans les murs du nouveau Central Téléphonique Invalides).

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P22.Rotary7A1CommutateurVueEnsemble1927

Ci-dessus : vue générale d'un commutateur téléphonique Rotary 7A1.

(Photographie : http://www.bayern-online.com)

TraveeR7A1MontrougeChercheurs

Ci-dessus : Vue d'une travée du commutateur Rotary 7A1 de Paris-Alésia (Montrouge) ayant fonctionné jusqu'au 26 juin 1984. Au tout premier plan : vue de Chercheurs, au second plan les Enregistreurs et des Combineurs, sortes de cylindres disposés en bas, à l'horizontale.

Nota : il s'agit, dans le cas d'Alésia, d'enregistreurs rotatifs pas-à-pas, et non pas d'enregistreurs à relais.

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Équipements sauvegardés par le chef de ce centre téléphonique, Mr Gérard Contant†

puis récupérés par la Collection Historique des Télécommunications. 

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Ci-dessous : Vue d'une travée de Sélecteurs Rotary 7A1 de Paris-Alésia. 

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Photographies C. R-V. Avec l'aimable autorisation de la Collection Historique Orange.

TraveeR7A1MontrougeSelecteurs


- Le ROTARY 7A1 est équipé de nouveaux embrayages magnétiques à roues crantées plus robustes et de conception mécanique simplifiée utilisant le procédé de Gerald Deakin datant de 1925. 

En France, tous les commutateurs automatiques installés de type ROTARY 7A1 reçoivent donc des embrayages Deakin à engrenages, en lieu et place du modèle précédent utilisé dans les ROTARY 7A à friction, ce qui interdit désormais tout risque de glissement angulaire lors des démarrages et des arrêts des parties mobiles en rotation, et permet de ce fait un fonctionnement global plus précis du commutateur. (Amélioration des tolérances de fonctionnement)

- Les Chercheurs rotatifs de lignes d'abonnés du ROTARY 7A1 comprennent 100 positions. (en fait, 102 positions : 100 positions pour le service normal et 2 pour les tests de maintenance) (Chercheurs de Type 7002) ; ces nouveaux Chercheurs, en lieu et place du type précédent à 60 positions, permettent une meilleure efficacité d'écoulement, ainsi qu'un moindre encombrement.

- Le ROTARY 7A1 est pourvu de sélecteurs rotatifs améliorés à deux mouvements (un rotatif et un ascensionnel pour le Rotary 7A1) ; sélecteurs semi cylindriques à 300 points de sortie (30 lignes téléphoniques de sortie sélectionnées par niveau, sur 10 niveaux empilés en hauteur ; excepté le sélecteur de l’étage final (celui du dernier chiffre à traiter) équipé de seulement 200 points de sortie afin d’être un multiple de 1.000 pour des raisons de compatibilité de connexion entre commutateurs). (Sélecteurs à 300 points de Type 7009)

- Le ROTARY 7A1 est équipé d'Enregistreurs-Traducteurs, tout comme son prédécesseur le système ROTARY 7A automatique, qui permettent, par rapport aux systèmes fonctionnant en pas à pas, d’économiser des baies de sélecteurs et des étages de sélection en enregistrant les Préfixes Quantitatifs des numéros téléphoniques demandés (2 chiffres en province, 3 lettres pour la Région Parisienne) afin de déterminer directement une route « calculée » par le traducteur qui va analyser ces préfixes par bloc de chiffres.

À l'origine, les Enregistreurs-Traducteurs des systèmes ROTARY 7A1 sont des organes constitués intégralement de relais électromagnétiques. Ils constituent en fait des circuits électriques de mémoires à logique séquentielle primitives. Ainsi donc, à Nantes-Cambronne, premier ROTARY 7A1 automatique mis en service dans le monde, les Enregistreurs-Traducteurs sont intégralement équipés de relais.

Rotary7A1EnregistreurRelais

Ci-dessus : vue d'un Enregistreur-Traducteur ROTARY 7A1 à relais électromagnétiques, type "Nantes".

(Photographie : http://www.bayern-online.com)

Nota : En France, et ce malgré la mise au point récente des Enregistreurs-Traducteurs à relais de type "Nantes", les Commutateurs ROTARY 7A1 de France sont toutefois équipés d'Enregistreurs-Traducteurs à commutateurs rotatifs (qui ressemblent étrangement au commutateurs pas-à-pas utilisés dans le système R6).

Pour raison de coût, les Enregistreurs-Traducteurs à relais, n'ont pas été étendus aux autres ROTARY 7A1 de France.

Par contre, les Enregistreurs-Traducteurs à relais ont été massivement utilisés sur les ROTARY 7A2.

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R7A1NordAssemblageEnregistreur

Ci-dessus : assemblage final par une Dame employée de la LMT de baie d'enregistreurs de Rotary 7A1, en l'espèce, central Nord, à Paris, courant 1930. (Photographie Revue LMT ; archives personnelles C. R-V.)

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Une fois le parcours de la communication téléphonique déterminé, le Traducteur commande en différé la rotation des Sélecteurs nécessaires à l’établissement de la communication en activant les bonnes commandes d’embrayages qui vont connecter juste le temps nécessaire les arbres verticaux d’entraînement rotatifs des sélecteurs choisis pour les positionner sur les bonnes positions puis les débrayer au bon moment par un système d’impulsions de contrôle inverses ; cette précision dans la commande des Sélecteurs étant obtenue par un type d'organes spécifiques à la famille des Rotary 7 : les Combineurs, organes spécifiques à 18 positions angulaires possibles.

Ces Combineurs permettent, comme leur dénomination l'indique, d'accomplir des combinaisons électriques complexes, qui remplacent avantageusement des réalisations éventuelles par tables de relais qui seraient trop complexes et volumineuses pour accomplir ces fonctions.

Chaque organe Combineur remplace environ une vingtaine de relais. Le gain de place et financier est donc très important.

De la précision de réglage des Combineurs d'un commutateur ROTARY 7A1 dépend la fiabilité de fonctionnement de tout le commutateur.

CombineurRY7A1avecCache

Ci-dessus : vue d'un Combineur de commutateur ROTARY 7A1 (Combineur - fixé sur son bâti, avec présence du cache protecteur, en service normal).

Photographie © C. R-V.

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CombineurRY7A1sansCache

Ci-dessus : vue d'un Combineur de commutateur ROTARY 7A1 (Combineur de type 7011 à 21 galettes - fixé sur son bâti, cache retiré, pour maintenance).

Photographie © C. R-V.

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P23.CombineurRotary7

Ci-dessus : vue d'un Combineur de commutateur ROTARY 7A1 (Combineur de type 7011 à 14 galettes - élément principal démonté).

© Collection  C. R-V.


Rotary7A1ChercheurDeLignesType2DeakinBIS

Ci-dessus : vue de Chercheurs ROTARY 7A1 (type 7002). Nous pouvons constater que le système d'entraînement par embrayage est bien la seconde version mise au point par Gerald Deakin en 1925 : notons les disques ferreux, crantés et élastiques visibles.

(Photographie : http://www.bayern-online.com)


Rotary7A1SelecteurType2Deakin

Ci-dessus : vue de Sélecteurs ROTARY 7A1 à 300 points de sortie (Type 7009)Nous pouvons constater que le système d'entraînement par embrayage est bien la seconde version mise au point par Gerald Deakin en 1925, car chaque axe d'engrenage d'entraînement dynamoteur est parallèle à l'axe de rotation de chaque sélecteur.

(Photographie : http://www.bayern-online.com)

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SelecteurR7A1ProvenanceCarnot

Ci-dessus : vue d'un sélecteur final de ROTARY 7A1 provenant de l'ancien commutateur téléphonique mis en service à Paris-Carnot en 1928. 

Un Sélecteur Final se reconnaît d'un sélecteur lambda par la présence de contacts supplémentaires qui viennent en contact avec le chariot porte balais (partie mobile)

Photo C. R-V. Avec l'aimable autorisation de la Collection Historique Orange.

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R7A1GobelinsVueDetailsSelecteurs2

Ci-dessus : vue d'un sélecteur ROTARY 7A1 (modèle 7009) du commutateur Paris-Gobelins, lors de sa mise en service à partir du 6 juillet 1929. Photo Agence Meurisse.

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Rotary7A1EmbrayageType2Deakin

Ci-dessus : vue détaillée d'un embrayage ROTARY 7A1. Nous pouvons constater que le système d'entraînement par embrayage est bien la seconde version mise au point par Gerald Deakin en 1925, car le relais à bobine noire actionne la torsion de la grande roue crantée du Sélecteur, ce qui la force à s'accoupler à la petite roue crantée qui distribue la force motrice provenant de l'axe dynamoteur.

(Photographie : http://www.bayern-online.com)


L'introduction du Rotary 7A1 en France : 1) Prototype de Nantes.

  • - Il est décidé que le premier ROTARY 7A1 intégralement automatique sera déployé dans une ville de province à titre de prototype : Nantes.
  • - L'adjudication en vue de la mise en construction du Central Téléphonique de Nantes (terrassements et bâtiment), 5 rue Cambronne, se déroule le 4 février 1922.
  • - Le prototype ROTARY 7A1 mondial est mis en étude en France à partir de 1922 puis mis en fabrication à partir de 1925 par la société LMT. La première baie d'équipements Rotary est fabriquée pour Nantes le 25 mai 1926 par l'usine LMT de Paris Breteuil. Il est mis en service sur le réseau public le samedi 29 octobre 1927, 22h00 à Nantes-Cambronne. Ce prototype livré avec une capacité de 5.000 lignes, extensible jusqu'à 20.000, fera l'objet de mises au point qui serviront ensuite aux commutateurs de série qui seront mis en service ultérieurement. Il fonctionnera jusques au 14 mars 1959.
  • - C'est à partir de Nantes qu'il sera décidé de ne pas dépasser 10.000 lignes par commutateur de type Rotary (toutes variétés confondues) concernant Paris, au lieu des 20.000 lignes initialement projetées. En effet, de précédents essais en dehors de France en Rotary 7A ont montré que la structure d'un commutateur Rotary supérieur à 10.000 lignes devenait trop complexe à gérer et à maintenir. En revanche, à Marseille, certains ROTARY 7A1 ont été dimensionnés pour recevoir jusqu'à 20.000 abonnés.

Rotary7A1deNantes

Ci-dessus : vue générale du commutateur Rotary 7A1 prototype de Nantes. Au premier plan, à gauche, le pupitre de supervision du trafic. Photo X.

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L'introduction du Rotary 7A1 en France : 2) Équipement de Marseille - ville.

  • - Il est ensuite décidé d'automatiser le commutateur R7A Semi-Automatique de Marseille-Colbert I déjà ouvert en 1919 (avant octobre) et d'en étendre sa capacité entre le 1er août 1927  (date de la première tranche de 2.000 abonnés automatisés) et Décembre 1927.
  • - Il est dans la foulée décidé d'automatiser la totalité de l'agglomération de Marseille, seconde ville de France, en système ROTARY 7A1, par l'ouverture du commutateur ROTARY 7A1 de Marseille-Dragon le 6 mai 1928 (10.000 lignes), puis de Marseille-National le 6 mai 1933 (8.000 lignes) qui provoqueront l'arrêt total de l'exploitation manuelle urbaine dans Marseille ville. 
  • - Le 4ème commutateur automatique de Marseille, un ROTARY 7A1 Marseille-Garibaldi mis en service le 2 avril 1938 (indicatif LYcée) viendra désaturer par la suite Marseille-Colbert I  -  RY7A.
  • - Le central primitif de 1919 Marseille-Colbert I RY7A est remplacé par Marseille-Colbert II RY7A1 courant 1941.
  • - Le 5ème commutateur automatique de Marseille équipé en Rotary 7A1 de Marseille-Prado sera le dernier, en 1948-49 a être créé en RY7A1 sur Marseille-ville.

MarseilleDragon

Ci-dessus : une très rare photographie, de ma collection argentique, datée du 5 septembre 1927 par le photographe Audry de Marseille, du commutateur téléphonique Rotary 7A1 de Marseille-Dragon. Les organes de connexion sont bel et bien du type Deakin.

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MarseilleDragonRepartiteurEtCompteursTaxes

Ci-dessus : vue à gauche des baies de Compteurs de Taxes du commutateur automatique Rotary 7A1 de Marseille-Dragon. À droite, portion de Répartiteur.

Photographie X, issue de notre collection.

  • Nous ne savons pas, en l'état, s'il s'agit du Répartiteur Général d'abonnés, récemment construit, ou d'un Répartiteur de jonctions véhiculant les conversations vers les autres Centres Téléphoniques.

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Ci-dessus : 3 rares photographies de la salle des machines du commutateur Rotary R7A1 de Marseille-Dragon.

Photographies de Audry à Marseille. Collection C. R-V.

Nous pouvons y distinguer : 

  •  - Le tableau de commande et de contrôle, en marbre véritable, sur les 2 premiers clichés,
  •  - Les alternateurs Gramme sur les 3 clichés,
  •  - Les moteurs Diesel sur les 3 clichés,
  •  - Les Générateurs de Tonalités, de marque Thomson-Houston sur le dernier cliché.

Il s'agit d'une salle typique d'un Central Téléphonique équipé de Rotary. 

  • Dans ce cas de figure, toutes les machines sont regroupées dans la même salle. 
  • Dans d'autres centraux, les machines peuvent être réparties par fonctions dans plusieurs locaux séparés (compartimentation fort utile en cas de sinistre).

Les débuts du ROTARY 7A1 à Paris : l'appel d'offres.

  • C'est en 1923 que l'intention d'automatiser Paris et sa banlieue est prise par le ministère et l'administration des PTT. Il faudra donc choisir un seul et même système de commutateur pour tout Paris et sa banlieue, pour raison technique d'harmonisation. De ce choix le système vainqueur sera fixé pour plusieurs décennies, d'où l'intérêt de ne pas se tromper.

  • Après publication du Cahier des Charges par l'Administration des P & T le 25 mars 1925, concernant la fabrication en France et l'installation de 4 autocommutateurs de 10.000 lignes chacun pour Paris,
  • Après la mise au concours lancée par l'Administration des P & T le 27 octobre 1925 pour déterminer le choix du système automatique unifié qui sera choisi pour Paris et sa région, incluant une commande au lauréat de 4 premiers autocommutateurs,
  • Après 21 réunions tenues entre l'Administration et la société Le Matériel Téléphonique entre Novembre 1925 et Mars 1926,
  • Après un lobbying très-osé imaginé par le Colonel Behn, patron de l'ITT, diffusant «la bonne parole» et «l’Évangile du Rotary» auprès de tous les échelons subalternes des personnels techniques des PTT, si bien relaté par Maurice Deloraine (Officier dans l'Ordre du Mérite Postal - décret du 1er février 1963 ; Commandeur dans l'Ordre National du Mérite - décret du 24 juin 1964) dans son livre de 1973 : "Des Ondes et des Hommes" (Extrait),
  • Malgré une virulente contre-propagande dans une certaine presse, dont un article sidérant paru sur 4 jours, du 20 au 23 janvier 1928 (du journal "Quotidien" signé d'un certain Jean Callot), et qui vaut le détour en terme caricatural...(à lire dans l'ordre suivant : colonne 1, colonne 3, colonne 2 puis colonne 4)
  • Après l'engagement formel de l'ITT d'installer en France un vaste et prolifique Laboratoire Central des Télécommunications, promesse tenue en 1930-31, avec l'inauguration du LCT, au 46, avenue de Breteuil à Paris, non-loin de l'avenue de Ségur, siège du Ministère des PTT...
  • Après l'engagement d'ITT d'abandonner, pour la France, tous ses brevets, pour permettre aux autres manufacturiers de pouvoir, eux-aussi, fabriquer du matériel R7A1 ultérieurement : (par exemple : Ericsson, C.I.T, Cie Fse Thomson-Houston, AOIP, Ets Grammont...),
  • Après l'engagement que tous les organes et pièces détachées soient fabriqués et montés en France,
  • La date butoir des soumissions étant fixée au 17 avril 1926,
  • La Commission Technique de l'Automatique rend à l'unanimité en mai 1926 un avis favorable à l'adoption du système Rotary 7A1 pour Paris.
  • L'automatisation du réseau de Paris et de la zone suburbaine (1ère couronne) en système Rotary 7A1 est approuvée le 13 octobre 1926 par le Ministre chargé des PTT Maurice Bokanowski : ITT gagne l'appel d'offre incluant la commande des 4 premiers commutateurs d'abonnés ROTARY 7A1 de Paris !
  • Ce premier marché de 4 commutateurs urbains ROTARY 7A1 Carnot, Gobelins, Diderot et Trudaine est signé pour le montant de 80 millions de francs (valeur 1926), soit 51 millions d'euros (valeur 2015). Somme à laquelle il faille ajouter un avenant du 5 mars 1929 de 11 millions de francs (valeur 1929). Les montants de l'automatisation de Paris sont colossaux, dès le début du processus.
  • À lire : ce très intéressant rapport publié en Février 1930 et rédigé, paraît-il, par un député qui était pro-Rotary : Les Téléphones Francais devant le Parlement.

LogoLMT

Le déploiement complet du Rotary 7A1 dans Paris Intra-muros :

Pour se préparer à l'entretien de ces futurs commutateurs automatiques, l'administration crée par arrêté du 30 mars 1926 ( BO P&T 1926 n°10 page 272) un Service École de Téléphonie Automatique dont les conditions de recrutement de ces agents dit mécaniciens sont alors définies.

  • - Il est décidé, le 13 octobre 1926, d'automatiser tout Paris, ainsi que les 1ère et 2ème couronnes en un seul système unifié pour la région parisienne : le ROTARY 7A1.
  • - L'administration commande à la société LMT les 4 premiers commutateurs automatiques de Paris intra-muros qui seront :
  • - Carnot (rue Guyot), 6.000 lignes, mis en service le 22 septembre 1928, complété à 10.000 lignes le 27 avril 1929,
  • - Gobelins (bd de Port-Royal), 10.000 lignes, mis en service le 6 juillet 1929,
  • - Diderot (av. Daumesnil), 10.000 lignes, mis en service le 11 janvier 1930,
  • - Trudaine (rue de Navarin), 10.000 lignes, mis en service le 6 décembre 1930.
  • - Par avenant du 22 mai 1929, ajout de :
  • - Vaugirard (rue Jobbé-Duval), 8.000 lignes, mis en service le 12 avril 1930, complété à 10.000 lignes le 10 mars 1934.
  • - Par avenant du 24 mai 1929, ajout de :
  • - Wagram (rue Guyot), 10.000 lignes, mis en service le 12 juillet 1930.

Ces 6 commutateurs «tête de série» seront tous entièrement manufacturés en France par la LMT.

  • - Le premier central téléphonique automatique de série ROTARY 7A1 est mis en service en France, dans Paris intra-muros, sur la rive droite, Paris - Carnot, 27 rue Guyot (aujourd'hui 23 rue de Médéric) : le 22 septembre 1928 à 22 Heures, en présence du Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes Henry Chéron ! Il s’agit d’un ROTARY 7A1 de 6.000 lignes extensible à 10.000 lignes. 
  • - Le premier Chef de Centre de Carnot fut M. Emile Petitpa, Sous-Ingénieur des PTT. (né en 1873, alors âgé de 92 ans en 1966)
  • - Le commutateur Carnot Rotary 7A1 de 6.000 abonnés nécessite l'emploi de 55 millions de pièces détachées, de 1.500 références différentes et de 5 millions de soudures Sn-Pb.
  • - Carnot Rotary 7A1 fonctionnera jusques au 18 février 1966. (Remplacé par un PENTACONTA 1000 mis en service le 29 octobre 1965). Ce basculage de 1966 fut opéré en la présence de M. le Ministre des P et T  Jacques Marette, par M. Le Directeur Général des Télécommunications Raymond Croze et M. le Directeur des Télécommunications de Paris Marcel Jambenoire. La boucle était bouclée...
  • - Le second ROTARY 7A1 de Paris intra-muros de 10.000 lignes sera mis en service sur la rive gauche au Centre Téléphonique des Gobelins, 40 Bd de Port Royal, le 6 juillet 1929 ; il y a assuré un service satisfaisant jusqu’au 7 juillet 1982, soit 53 ans.
  • - Sur les 4 Centres de Transit Urbains Automatiques ROTARY 7A1 commandés en Avril 1929 à la société L.M.T pour 18 millions de francs (valeur 1929), les 2 premiers Centres de Transit Urbains Automatiques ROTARY 7A1 Carnot et Combat, visant à écouler le trafic entre centres téléphoniques automatiques de Paris ainsi qu'entre Paris et sa banlieue et qu'entre la banlieue, sont tous deux mis en service dans Paris le 21 septembre 1929. Suivront le 16 novembre 1929 le Centre de Transit Urbain Automatique Vaugirard et le 7 décembre 1929 le Centre de Transit Urbain Automatique Diderot.
    • (le Centre de Transit Rotary Diderot CTU saturé ne sera secondé par un second Centre de Transit Pentaconta (Bobillot CTU) qu'en Novembre 1968.)
    • (le Centre de Transit Rotary Combat (Nord 1 CTU) saturé ne sera secondé par un second Centre de Transit Pentaconta (Nord 2 CTU) que le 13 mars 1969.)
    • (le Centre de Transit Rotary Vaugirard CTU saturé ne sera secondé par un second Centre de Transit Pentaconta (Auteuil CTU) que le 9 novembre 1971. Vaugirard CTRY sera mis hors service en Juillet 1985 après plus de 55 ans de services !)
  • - La Rive Gauche de Paris intra-muros sera la première moitié de Paris entièrement automatisée, en système ROTARY 7A1, par la mise en service du commutateur de Littré le 14 octobre 1933, in-extremis avant la saturation de Littré-Manuel.
  • - La totalité du réseau de Paris intra-muros est entièrement automatisée en ROTARY 7A1 le 21 mai 1938, avec la mise en service du commutateur dénommé "Central" (dans les murs de Gütenberg)
  • - Le réseau de Paris est alors, en 1938, le réseau automatique équipé en matériel ROTARY le plus important du monde, avec 42 commutateurs automécaniques ROTARY 7A1. Cette prouesse technologique augurera ensuite de l'expansion presque sans limite de l'ITT dans le monde entier.

1934CasinoDeParisTrinite

Ci-dessus : affiche 1934 du Casino de Paris, revue Parade de France, de Henri Varna, avec Jacqueline Claude, Saint-Granier, Tino Rossi - notons en haut à droite le préfixe Rotary 7A1 TRINITÉ, natif en automatique (n'a jamais existé en manuel).

Le Rotary 7A1 Trinité ayant été mis en service le 29 avril 1933. A fonctionné jusqu'au 27 avril 1978.

Imp. Bedos & Cie, Paris. Coll. particulière de l'auteur.

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Le déploiement massif mais partiel du Rotary 7A1 dans Paris 1ère Couronne :

  • - Le premier ROTARY 7A1 de la zone suburbaine de Paris 1ère couronne (les communes mitoyennes à Paris et les communes mitoyennes desdites communes) est mis en service au central Paris-Alésia (à Montrouge) le 18 mars 1933. (l'immeuble est construit entre Décembre 1930 et le 1er septembre 1931)
  • - Les 2/3 de la zone suburbaine de Paris 1ère couronne (composée de 57 puis 59 communes) parviendront à être automatisés à la veille de la seconde guerre mondiale en Septembre 1939 avec 14 commutateurs automatiques mis en service sur les 21 nécessaires et prévus.
  • - En raison de la diminution drastique des crédits de dotation à partir de 1934, contrecoup de la crise de 1929 née aux États-Unis comme de coutume, les commandes d'équipements et de remplacements d'installations de commutation sont reportées voire annulées. (Nota : le ralentissement des mises en service se fit ressentir dès 1933 par des demandes de retardement faites par l'administration des PTT aux constructeurs).
  • - C'est ainsi que les bureaux de Daumesnil, Grésillons, Molitor et Longchamp sont significativement retardés de plusieurs années (prévus 1933-1934 , mis en service entre 1937 et 1939) et Défense, Charlebourg et Gravelle mis en service pendant l'occupation (1940 et 1942).
  • - Pour faire patienter à moindre coût la clientèle, ces bureaux manuels sont alors aménagés en bureaux semi-automatiques en attendant des jours meilleurs, à partir de vieux matériels récupérés dans les ex-centraux manuels parisiens déjà devenus automatiques... Les Centraux manuels de Paris intra-muros étant déjà plus perfectionnés que les centraux purement manuels de Paris extra-muros, ces améliorations certes insuffisantes permettant de commencer à rationaliser les processus d'établissement des communications entre les commutateurs automatiques récemment installés et les commutateurs demeurés en manuel.
  • - Pire encore, le bureau manuel d'Enghien-les-bains prévu lui aussi pour 1933 / 1934 n'est finalement automatisé que le 10 mars 1954 en Rotary 7B1...

CarteZoneSubZonesTransit1933

Ci-dessus : Carte de Paris de 1933 avec détails Zone Suburbaine, incluant les indicatifs suburbains à automatiser envisagés en 1933. (chaque indicatif représentant un commutateur Rotary 7A1 de 10.000 abonnés au maximum)

Certains indicatifs ne seront mis en service que pendant l'occupation, voire après la Libération ; à noter que l'indicatif envisagé "Bellevue" a été ouvert en "Observatoire" en 1936. 

Apparaissent aussi les 4 zones de transit téléphonique prises en charge chacune par un Centre de Transit Rotary 7A1.

Le déploiement timide du Rotary 7A1 dans Paris 2ème Couronne :

  • - L'automatisation du réseau de Paris 2ème couronne, avec avis positif du Comité Technique des PTT du 8 octobre 1935 débute timidement avant la guerre avec 1 commutateur en R7A1 :

- Versailles le 8 janvier 1938 (4.000 lignes),

  • - puis suivent, avec avis positif du Comité Technique des PTT du 20 juillet 1936, les 3 autres commutateurs en R7A1 :

- Belle-Épine (à Choisy-le-Roi) le 28 mai 1938,

- Aviation (au Bourget) le 16 décembre 1938,

- Berny (à Antony) le 28 avril 1939.

  • - L'automatisation finale de Paris 2ème couronne ne pourra aboutir en réalité que le 22 février 1960 pour cause de nation exsangue en raison des guerres (mondiale, Indochine, Algérie)

La longue existence du Rotary 7A1 en France :

  • - Le ROTARY 7A1 le plus récent de France est installé en 1952.
  • - D'après les recoupements que j'ai pu établir, le 6 septembre 1966, le ROTARY 7A1 VAUgirard, mis en service le 12 avril 1930, est arrêté et tous ses abonnés sont basculés sur le tout nouveau PENTACONTA Vaugirard 1 PC1 mis en service ce jour là. La logique eût voulu que le Rotary finît à la ferraille, comme tous les autres, mais une curiosité du destin fit que le même Rotary fut redémarré, après travaux de maintenance poussée, le 16 août 1967, sous le nouvel indicatif 531 et reprit ainsi du service jusqu'en Mai 1980 minimum !
  • - En raison du développement du trafic téléphonique dans les années septante (augmentation du temps moyen d'occupation global des circuits), il a parfois été nécessaire, pour désaturer les autocommutateurs Rotary 7A1 en trafic, de réduire le nombre d'abonnés leur étant raccordés, étant donné que les capacités d'écoulement des jonctions en dehors de ces autocommutateurs étaient devenues désormais insuffisantes. Les abonnés ainsi transférés sur d'autres commutateurs de type Crossbar (Pentaconta) permettaient à ceux demeurés sur Rotary 7A1 de pouvoir retrouver une qualité de service convenable et prolongea aussi la vie des vénérables autocommutateurs Rotary.
  • - De plus, comme me le rappelait judicieusement un technicien de Paris de la CGCT en retraite, les divers organes divers des autocommutateurs Rotary 7A1 définitivement mis à l'arrêt, une fois démontés, étaient triés, récupérés, reconditionnés pour servir de banque d'organes pour les vénérables Rotary 7A1 maintenus en service ou pour être utilisés pour améliorer leurs capacités d'écoulement en réalisant des extensions complémentaires.
  • - Le dernier commutateur  d'abonnés ROTARY 7A1 de France, celui de Paris-Alésia (PI691) (à Montrouge), est désactivé le 26 juin 1984 à 8 heures du matin après 51 ans de service. (Il est remplacé par le commutateur MT25 - Alésia 3 ET1 (CB06)).
  • - Le dernier Commutateur de Transit Rotary réalisé en matériel 7A1 encore en service, Vaugirard CTRY, mis en service le 16 novembre 1929, est désactivé courant Juillet 1985, soit après plus de 55 années de service continu révolu ! L'ultime mission de ce Centre de Transit était d'acheminer aux autres commutateurs de Paris le service de l'Horloge Parlante.
  • - Les autocommutateurs ROTARY furent d'abord "repris" à partir de 1966 par des PENTACONTA électromécaniques, puis massivement par les METACONTA 11F semi-électroniques dès 1979 et les ultimes par des MT25 électroniques temporels en 1983 et 1984...

Détails Concernant la construction du premier commutateur Rotary 7A1 de Paris, Carnot :

  • - Côté P & T, la supervision du chantier est assurée directement par Henri Milon, le Directeur de l'Exploitation Téléphonique en France.
  • - Deux Ingénieurs des P & T sont chargés des contrôles et de la mise au point : MM. Charles Petit, Ingénieur en chef  et Jean Rouvière, Ingénieur (ce dernier deviendra ultérieurement Directeur Général des Télécommunications.)
  • - Les Ingénieurs ITT ont commencé à concevoir les plans des circuits du commutateur de Carnot en Janvier 1927, sous l'autorité incontestée de l'Ingénieur ITT Gerald Deakin,
  • - L'installation des bâtis métalliques du commutateur commence le 31 octobre 1927,
  • - La première baie de Sélecteurs ROTARY est installée le 23 décembre 1927,
  • - La première baie de Combineurs ROTARY est installée le 18 février 1928,
  • - La première moitié du commutateur est installée le 25 mars 1928,
  • - Le premier appel téléphonique entrant en semi-automatique (dit Semi-B) provenant d'un centre manuel est reçu le 12 mai 1928,
  • - Le premier appel téléphonique sortant en automatique intégral est émis le 25 mai 1928,
  • - Le premier appel téléphonique sortant en automatique intégral à destination d'un centre téléphonique manuel est émis le 26 juin 1928,
  • - Les 750 baies composant le commutateur d'une capacité initiale de 6.000 lignes sont installées, câblées, soudées, testées et prêtes à la mise en service expérimentale dès le 14 juillet 1928 : il s'agit de la date de livraison par le constructeur.
  • - Le commutateur Rotary 7A1 de Carnot occupe alors deux salles de 55 mètres de long sur 9,50 mètres de large.
  • - Durant deux mois, le commutateur est entièrement retesté par l'administration, sous le commandement de M.  Charles Petit, Ingénieur en chef, qui a fait procéder à de longs essais en fonctionnement dynamique de toutes les parties du commutateur (et spécialement des enregistreurs) qui ont permis de débusquer certaines erreurs de câblages et quelques mauvais calages de relais et de certains balais frotteurs.
  • - Mise en service sur le réseau public : le samedi 22 septembre 1928 à 22 Heures, sous l'indicatif BPQ : CARnot. (ABPQ actuel 4227)
  • - Les 3.500 abonnés au téléphone manuel de la série Carnot déjà en service étant jusques alors rattachés au Central Téléphonique Laborde de la rue de Madrid (à 1.500 mètres du nouveau commutateur automatique de la rue Guyot) y sont alors basculés par coupure synchronisée des lignes téléphoniques au niveau du répartiteur du vieux Central Manuel Laborde et par une mise en liaison sur le répartiteur de la rue Guyot du Centre Automatique (par retrait d'isolateur provisoires en bois prépositionnés). Cette étape de basculage a duré 30 minutes entre 21h30 et 22h00. Les 200 abonnés prioritaires sont basculés les premiers (médecins, Police...) pour une interruption de service quasiment nulle inférieure à 2 minutes. Au final, seuls 20 abonnés de Carnot se retrouvent en dérangement à l'issue de l'opération soit 0,0057% du parc.
  • - M. le Ministre Henry Chéron, quelques minutes après avoir peiné lors des premiers essais d'appels réalisés via le cadran téléphonique, déclara pour la postérité : «Somme toute, cette manipulation est à la portée d'un sénateur moyen !»
  • - Est également présent, en tant qu'invité lors de cette mise en service, un Ingénieur en Chef du British Post Office réputé en téléphonie automatique qui déclara, en observant le fonctionnement des Enregistreurs-Traducteurs : «It is a marvellous piece of apparatus !».
  •  - Le commutateur Carnot a ensuite subi une surveillance renforcée durant les 5 premiers jours de fonctionnement, par la présence d'équipes renforcées, qui d'une part surveillaient l'état général d'écoulement du trafic au niveau des jonctions de transit, mais qui surveillaient aussi le fonctionnement des enregistreurs (par le biais des voyants de contrôle indiquant leur fonctionnement) et se tenant prêt, grâce à une fiche jack, à se connecter sur les enregistreurs signalés en défaut pour rentrer directement en contact téléphonique avec l'abonné utilisant mal son nouveau téléphone à cadran automatique, afin de lui expliquer comment numéroter convenablement (afin de ne pas bloquer le parc d'Enregistreurs en faux appel...).
  • - Dès le début de l'exploitation de ce commutateur, le taux d'appels réussis entre abonnés du commutateur de Carnot (alors seul commutateur automatique dans Paris) atteint 99,5 %.

L'administration n'avait vraiment rien laissé au hasard, et l'on peut rendre un hommage appuyé à ces équipes de fonctionnaires de grande valeur.

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Ci-dessus : vue en perspective du commutateur ROTARY 7A1 de Paris-Carnot, rue Guyot, en 1928. Photo Agence Meurisse.

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Ci-dessus : vue d'Enregistreurs-Traducteurs ROTARY 7A1 de Paris-Carnot à commutateurs pas-à-pas, rue Guyot, en 1928. Photo Agence Meurisse.

Chaque baie verticale comprend 4 enregistreurs pas-à-pas.

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Ci-dessus : vue de Chercheurs Primaires du ROTARY 7A1 de Paris-Carnot, rue Guyot, en 1928. Photo Agence Meurisse.

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Anecdote autour du Rotary 7A1, à la mémoire de Fernand Enjalbal (1920-2002).

Cet épisode, caractéristique des hautes compétences de certains Chefs de Centre Téléphonique nous a été raconté récemment par notre confrère Jean-Claude Courbon, ayant été sous l’autorité de ce Directeur hors pair.

  • En 1979, au Centre Téléphonique de Paris Nord, il demeurait alors en fonction le commutateur automécanique Rotary 7A1 Combat, mis en service depuis le 18 juillet 1931… (soit continûment depuis 48 années…)
  • Cette année-là, une panne perturbait par intermittence le fonctionnement du Rotary Combat. Les techniciens commutants cherchaient en vain depuis plusieurs mois la cause de la panne. Les plaintes d’abonnés se succédaient, mais les techniciens ne parvenaient toujours pas à trouver l’origine de l’avarie…
  • Jusqu’au jour où l’affaire devenant suffisamment grave remonta jusqu’aux oreilles du Directeur d’Établissement Principal d’alors : M. Fernand Enjalbal. (Chevalier dans l'Ordre National du Mérite - décret du 10 juillet 1982),
  • Le Directeur, qui avait commencé sa carrière comme simple Aide-Technicien des Installations, pour diriger ultérieurement dans les années 1950-60 les équipes chargées du suivi des autocommutateurs nouvellement mis en service, prit l’affaire en main et s’en occupa personnellement. Il se rendit dans la « salle de l’automatique », comme l’on disait jadis et reprit l’affaire à zéro.
  • Deux heures plus tard, la panne, qui minait le commutateur depuis plusieurs mois, était éliminée et le Rotary 7A1 Combat était complètement guéri…
  • Fernand Enjalbal, me précise-t-on respecté par l’ensemble du personnel, a pris sa retraite en 1984.


ROTARY 7A2 est une nouvelle variante française conçue en 1927 dans les laboratoires parisiens de la société LMT, filiale d’ITT, à partir du ROTARY 7A1. 

- Cette version améliorée est en effet nouvellement pourvue de sélecteurs de débordements de sécurité améliorant encore la capacité d'écoulement du trafic téléphonique ; c’est ce que l’on nomme l’acheminement supplémentaire de second choix. 

- Une partie des Chercheurs rotatifs de lignes du ROTARY 7A2 comprend désormais 200 positions (Chercheurs de type 7200).

- Un autre modèle de Chercheur rotatif du ROTARY 7A2 comprend toujours 100 positions (Chercheurs de type 7100), mais d'encombrement plus réduit que le type 7002 utilisé dans les commutateurs ROTARY 7A1.

- Nouveaux Sélecteurs, d'encombrement plus réduit. (Sélecteurs de type 7120)

- Nouveaux Combineurs, de plus grandes capacités de combinaisons, d'assemblage plus aisé dans les baies, plus faciles à régler ; alignement plus stable dans le temps. (Combineur de type 7101)

- La variante ROTARY 7A2 est le système à organes tournants le plus développé, mais aussi le plus cher parmi les plus chers. 

- Il n’est pas déployé en France bien qu’y étant conçu, mais est adopté par plusieurs pays, dont notamment la Roumanie, à Bucarest, (première mise en service mondiale en Septembre 1933), ou encore l’Espagne dès la fin de la guerre civile.

https://www.youtube.com/watch?v=ZwOlSgL--iM

Ci-dessous : vidéo très intéressante en exploitation réelle d’un autocommutateur ROTARY 7A2, tirée du blog de Muxfin, un grand amateur du Rotary 7A2.



ROTARY 7A1 NORMALISÉ de la société LMT est issu de la recommandation du Conseil Technique des PTT réuni en séance le 18 mars 1948. De surcroît, un arrêté ministériel du 16 juin 1948 (BO PTT du 30 juin 1948 page 326) institue une Commission de l'Automatique de Paris composée d’éminentes personnalités de l'Administration qui va rapidement motiver les industriels à trouver de nouvelles solutions... 

Le ROTARY 7A1 NORMALISÉ est mis au point sur Paris en 1949, entraînant une réduction de coût de 15% en normalisant notamment la nature des matériaux utilisés par rapport aux ROTARY 7A1, dont le remplacement des isolants de câblage des bâtis initialement en coton par des matières plastiques. Normalisation issue de l'expérience acquise durant les 21 années d'utilisation en France. 

  • - Le premier ROTARY 7A1 NORMALISÉ est mis en service à Paris en 1949 (MIRabeau).
  • - Le ROTARY 7A1 NORMALISÉ le plus récent est mis en service le 1er octobre 1954 (POIncaré).
  • - Le dernier ROTARY 7A1N à être mis hors service est  : 
    • ou SABlons le 2 ou le 9 décembre 1980,
    • ou ORNano avant Juin 1982 (limite antérieure d'arrêt inconnue).


ROTARY 7A À CHERCHEURS, prototype équipé de Sélecteurs simplifiés et modifiés à un seul mouvement imitant le R6. Cette variante prototype préfigure le ROTARY 7B1.

  • - Mis en étude en 1950 par le société LMT,
  • - Mis en service au Vésinet, sous le nom PRIncesse le 5 octobre 1951.


ROTARY 7B1, système nouveau mis au point en France tardivement par la société LMT en 1952, après avoir expérimenté avec succès de nouvelles techniques de simplification sur le ROTARY 7A à Chercheurs PRIncesse, mis en service au Vésinet le 5 octobre 1951.

Le ROTARY 7B1 est également issu du ROTARY 7B conçu aux USA depuis 1927, ROTARY 7B qui est notamment déployé dans les locaux même de la société LMT ainsi que dans le Ministère de la Marine, à Paris.

Le ROTARY 7B1 a été conçu dans le but de faciliter l’exploitation et la maintenance du réseau téléphonique, en simplifiant le matériel employé en diminuant la variété de pièces qui composent ce type de commutateurs et enfin par ces simplifications, d’en réduire le coût de fabrication, d’acquisition et d’entretien.

Le ROTARY 7B1, s’avère donc sensiblement plus économique que les ROTARY 7A, 7A1 et 7A2, mais avec une capacité d'écoulement moindre car n'étant équipé que de chercheurs à 51 positions à un seul mouvement, faisant aussi bien fonction de Chercheurs (leur fonction originelle en Rotary 7A, 7A1 et 7A2), que faisant fonction de Sélecteurs qui tournent donc uniquement autour d’un axe vertical, de manière inspirée par le système R6. Comme tout commutateur ROTARY, le ROTARY 7B1 est donc pourvu de Sélecteurs (mais de Sélecteurs désormais simplifiés à un seul mouvement : le mouvement rotatif).

Pour simplifier encore plus ce système, par rapport à ses prédécesseurs, le ROTARY 7B1 voit l’utilisation de Relais réduite au seul emploi de 2 types de Relais différents ; alors que dans les systèmes précédents, il en existait au moins une quinzaine…

Le ROTARY 7B1 de structure de base nettement simplifiée par rapport à ses prédécesseurs de la famille 7A voit également la disparition pure et simple des Combineurs et leur remplacement par des Relais ou parfois par des Commutateurs Rotatifs à 11 positions.

Dans le ROTARY 7B1, les Enregistreurs de numéros téléphoniques ne sont uniquement assurés que par des Tables de Relais. En effet, la technique des commutateurs pas à pas utilisée dans les ROTARY 7A1 des Réseaux de Paris et de Marseille n’est plus utilisée en 7B1.

  • Fait remarquable, les Enregistreurs conçus pour le Rotary 7B1 ont par la suite été déployés dans certains Rotary 7A1, à Paris, lorsque les enregistreurs d'origine sont arrivés à leur limite d'usure mécanique. Ils étaient alors adaptés mécaniquement pour rentrer dans les baies plus anciennes des Rotary 7A1. Leur utilisation simplifiait les réseaux de précâblages internes des traducteurs.
  • De plus, ces mêmes enregistreurs du Rotary 7B1 ont aussi été utilisés dans les commutateurs rotatifs à commande indirecte R6N1 puis R6N2, (Les systèmes R6N de la CTTH/CGCT  et le système Rotary 7B1 de la LMT avaient la même maison mère : ITT, ce qui aidait les collaborations transversales...)

Les commutateurs ROTARY 7B1 sont, en France, les premiers commutateurs téléphoniques pourvus d'organes dédiés aux essais systématiques de tous les organes du commutateur. Les défauts détectés sont imprimés sur ruban papier.

En outre les commutateurs ROTARY 7B1 sont les premiers modèles conçus pour écouler les abonnés à fort trafic. C'est à dire qu'à partir du Rotary 7B1, il est possible de créer différentes catégories d'abonnés, avec des caractéristiques techniques spécifiques qui leur sont en conséquence dédiées dans le commutateur téléphonique.

  • En effet, les prédécesseurs rotatifs du ROTARY 7B1 ne sont conçus que pour un type de lignes : les abonnés ordinaires ; et le seul moyen alors était de grouper ensemble plusieurs lignes ordinaires pour tenter de faire face à la demande.

Le Rotary 7B1, en plus d'être un système propre, a permis de tester avec succès dans le  parc de commutateurs rotatifs, un ensemble de découvertes, d'astuces nouvelles, qui ont permis de faire évoluer la qualité de fonctionnement de 3 autres systèmes : 2 systèmes contemporains (R6N1 et R6N2) et un système plus ancien (Rotary 7A1) en lui garantissant un temps de survie augmenté.

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Ci-contre : vue de la partie mobile d'un sélecteur simplifié à un seul mouvement de Rotary 7B1. Collection C. R-V.

  • - Après un marché d'essai, dont la mise en service intervient le 5 octobre 1951 au Vésinet, il est décidé le 9 juin 1953 que l'automatisation du réseau de Paris serait parachevée en système Rotary 7B1.
  • -  Le premier ROTARY 7B1 de série est mis en service à Enghien-les-Bains le 10 mars 1954 (indicatif 964). Il est largement déployé dans Paris dès 1955. Ce système sera aussi déployé dans Marseille-ville (Nédélec en premier vers 1955-57) et certaines communes environnantes (Aubagne (vers 1955), Port-de-Bouc (20 août 1958), Martigues (13 février 1960)...)
  • - Le système ROTARY 7B1 sera également utilisé pour réaliser à moindre coût des extensions de certains ROTARY 7A1 ou 7A Normalisés existants, que ce soit dans le réseau de Paris comme celui de Marseille.
  • - Le premier commutateur R7B1 permettant le raccordement d'abonnés à fort trafic, le premier de France, est le R7B1 ALMA, situé dans le centre téléphonique Élysées de la rue de la Boëtie à Paris, mis en service le 1er mai 1959. (4.000 abonnés ordinaires et 400 abonnés à fort trafic)
  • - L'automatisation finale de Paris 2ème couronne commencée en 1938 en ROTARY 7A1 ne pourra aboutir en réalité que le 22 février 1960 pour cause de nation exsangue, par l'arrêt du dernier Centre Téléphonique manuel du département de la Seine, celui de Bry-sur-Marne et le basculage des abonnés sur le nouveau Commutateur Automatique du Perreux-Daguerre ROTARY 7B1 inauguré par M. le Ministre des P et T Michel Maurice-Bokanowsky.
  • - Le système ROTARY 7B1 est le système de commutateurs qui a permis l'automatisation complète de Paris 2ème couronne (la grande banlieue parisienne) le 22 février 1960.
  • - Le ROTARY 7B1 le plus récent de France est mis en service le 25 juillet 1963 à Cormeilles-en-Parisis.
  • - Les dernières extensions de systèmes ROTARY 7B1 déjà installés auparavant ont été commandées en Novembre 1978.
  • - Le dernier ROTARY 7B1 de France (Pelletan), logé dans les mêmes locaux que le dernier ROTARY 7A1 de Paris-Alésia (PI762) (à Montrouge), est désactivé le 26 juin 1984 à 8 heures du matin après 25 ans de service.
  • - Les autocommutateurs ROTARY furent "repris" par des PENTACONTA électromécaniques, puis massivement par les METACONTA 11F semi-électroniques et les ultimes par des MT25 électroniques temporels...

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Ci-dessus : vue d'un commutateur Rotary 7B1 (Probablement à Paris-Bonne-Nouvelle).

(source : encyclopédie des PTT 1957, éd. Rombaldi)

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Ci-contre : Vue de deux baies de Rotary 7B1. Photo PTT.

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Ci-dessus : vue détaillée de Chercheurs Rotary 7B1, à 5 paires de balais frotteurs.

Photographie © C. R-V.

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Anecdote autour du Rotary 7B1, à la mémoire de feu Albert Delbouys (1921 - 2013 - Commandeur dans l'Ordre National du Mérite - décret du 23 décembre 1982 ; Commandeur dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur- décret du 30 décembre 1988) : pour la petite histoire, comme me le relatait en 2016 un retraité des télécommunications...

M. Delbouys, nonobstant son très haut poste d'Ingénieur Général des Télécommunications, ne connaissait pourtant pas moins dans le moindre détail le rôle de chaque organe, de chaque fil, de chaque contact et de chaque soudure d'un autocommutateur Rotary 7B1. 

Ainsi, s'amusait-il à poser des questions pièges aux "petits jeunes fraîchement débarqués" en leur posant une question du style : "Dans le Rotary, si cette soudure précise de tel endroit lâche, quelles seront les conséquences précises sur le fonctionnement de tout le commutateur ?"

Évidemment, cet exercice qui laissait immanquablement le petit jeune totalement prostré était d'une part :

  • destiné à remettre à sa place l'impétrant et à réaffirmer son incontestable suprématie,
  • mais démontrait aussi la réelle supériorité de ces Ingénieurs qui maîtrisaient jusque dans le moindre détail le fonctionnement de ces énormes et si complexes machineries...
  • ainsi, ils étaient toujours respectés, pas uniquement sur leurs titres, mais avant tout sur leurs compétences réelles et parfaitement maîtrisées... Ceci datant d'il y a 40 années...

Me relatant son souvenir durement vécu vers 1970, ce cadre en retraite en riait bien volontiers avec moi en 2016, mais il en a tremblé 45 ans plus tôt devant M. Delbouys...



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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 5 décembre 2017.

À voir une page intéressante sur la société LMT constructrice du système R7A1 pour la France sur le site d'Emmanuel de Chambost :

http://siteedc.edechambost.net/CSF/LMT.html

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