Historique des types de commutateurs téléphoniques automatiques en France


I - Les commutateurs rotatifs à commande par impulsions de contrôle direct

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Historique général des commutateurs rotatifs de type pas à pas à contrôle direct :

Les premiers commutateurs conçus sont électromécaniques et à organes tournants, de la famille des commutateurs à impulsions de contrôle direct, c'est à dire de type pas à pas à fonctionnement saccadé. Ils sont aujourd'hui totalement obsolètes.

  • - Un premier essai en système automatique Strowger est mené dans les seuls locaux du Ministère du Commerce, à partir d'Octobre 1900.
  • - En France, il est décidé dès 1911 d'équiper le plus rapidement possible les villes de Nice et d'Orléans en automatique (STROWGER) à titre expérimental par le nouveau sous-secrétaire d'État aux P & T Charles Chaumet. 
  • - Concernant Nice, la commande de l'autocommutateur Strowger est passée le 8 juillet 1912.
  • - En France, le premier commutateur de type rotatif est mis en service le 19 octobre 1913 à Nice, (STROWGER). Il sera remplacé par Nice-Thiers (commutateur R6) le 21 avril 1932.
  • - Le commutateur STROWGER d'Orléans (le second commutateur automatique en France) ne sera mis en service que le 3 juillet 1921 pour cause de première guerre mondiale, ayant induit 8 ans de retard.
  • - Le plus récent commutateur de type pas à pas à contrôle direct est mis en service en 1939 à Besançon. (R6)
  • - Le dernier commutateur de type pas à pas à contrôle direct (sans enregistreur) est mis à l'arrêt en Décembre 1979 à Bordeaux (STROWGER).

Sauf exception et pour ne pas trop complexifier l’ensemble, chaque commutateur à organes tournants de type pas à pas ne peut prendre en charge qu’un maximum de 10.000 abonnés.

Les systèmes rotatifs de type pas à pas déployés en France sont : 

  • - le STROWGER, 
  • - le STROWGER - SIEMENS & HALSKE, 
  • - le R6 sans enregistreur.

Commutateurs pas-à-pas sans Enregistreur - Avantages et Inconvénients : les systèmes rotatifs de type pas à pas à contrôle direct, les plus anciens sont dépourvus d’enregistreurs. Il est important de retenir que ce sont les Cadrans Téléphoniques des abonnés qui constituent de facto l’Organe de Commande du commutateur.

Dans une telle configuration, il est de surcroît impératif que chaque cadran téléphonique soit réglé dans des tolérances très étroites avec grande précision, sous peine d’entraîner de nombreux faux numéros : la moindre imperfection dans le fonctionnement d’un cadran, au niveau de sa vitesse de rotation ou de la calibration du temps de l’ouverture de ligne (rapport cyclique) ou encore de la qualité de ses contacts électriques suffit à désynchroniser les sélecteurs mobilisés au central et à rendre impossible l’établissement des communications.

Chaque sélecteur nécessaire effectue alors en pas à pas une rotation angulaire saccadée (et éventuellement un mouvement ascensionnel saccadé suivant les systèmes : cas du STROWGER) du même nombre de sauts (impulsions) que celui composé au cadran téléphonique de l'abonné, jusqu'à atteindre la bonne position.

Une fois que tous les sélecteurs auront été directement commandés par le cadran téléphonique de l'abonné demandeur, et que l'abonné demandé aura éventuellement décroché son téléphone, la communication sera établie et dûment taxée.

L'ensemble des sélecteurs ainsi utilisés restent mobilisés durant toute la durée de la conversation, et ne peuvent plus être utilisés par d'autres abonnés. Cette immobilisation des ressources pose problème : c'est ici la grande limitation de la capacité d'écoulement des commutateurs rotatifs de tous les types, d'autant qu'ils ne peuvent pas être miniaturisés...

L'avantage des systèmes pas-à-pas, à contrôle direct apparaît comme étant sa simplicité apparente, y compris dans le raisonnement nécessaire à sa compréhension : tout se fait par étape, successivement, chronologiquement et en temps réel, chiffre par chiffre. Le prix de construction se retrouve compétitif.

En revanche, tout système à commande directe est malheureusement affublé d'un défaut majeur : ces systèmes sont dits "à appels perdus" en cas de surcharge d'appels.

En fonctionnement normal, nous savons que lorsqu'un abonné ayant décroché son téléphone puis obtenu sa tonalité d'invitation à numéroter commence à envoyer les chiffres à l'aide de son cadran d'appel. Ce cadran d'appel met en mouvement synchronisé un certain nombre d'organes à chaque chiffre composé. 

En fonctionnement normal, à chaque chiffre composé, un nouveau niveau de sélection est franchi, en temps réel, sous le contrôle synchrone du cadran d'appel...

Or, en cas de trafic trop dense, par exemple pendant les heures trop chargées de la journée, si le commutateur n'a pas le temps matériel, entre deux chiffres composés au cadran d'appel, de trouver un équipement de libre sur le niveau suivant, la communication ne peut plus être établie. Elle en est même interrompue. 

  • En effet, en cas de trafic trop dense, la tentative d'établir un appel est alors condamnée à échouer : ainsi, en cours de numérotation, avant même d'avoir pu composer tout le numéro du demandé, l'abonné peut se retrouver "éjecté" du commutateur et percevoir dans son combiné une tonalité d'occupation qui l'invite à raccrocher.
  • Nota : cette tonalité d'occupation, intervenant pendant la numérotation et non pas à sa fin, ne signifie pas que le correspondant demandé soit occupé, mais que le commutateur téléphonique du demandeur est encombré...
  • Donc, le système à contrôle direct,  simple à mettre en œuvre "sur le papier", convient bien aux villes moyennes de province, à une époque où l'utilisation du téléphone demeure réduite et limitée au strict nécessaire. 
  • Ce système ne peut pas convenir pour Paris ou Marseille, villes majeures, où ces machines seraient submergées et saturées facilement à la moindre surcharge.
  • Des commutateurs à contrôle direct ont tout de même été déployé dans des villes comme Bordeaux voire même Lyon, 3ème ville de France, mais avec pléthore d'équipements de sélection et de connexion supplémentaires, afin de mettre à disposition des abonnés suffisamment de circuits libres en temps réel pour ne pas trop perdre d'appels. Adaptation renchérissant le coût global du commutateur...

Obtention de la tonalité d’invitation à numéroter : rôle des Chercheurs dans les systèmes à organes tournants.

Alors que nous sommes tous habitués depuis plusieurs décennies à obtenir la tonalité d’invitation à numéroter dès le décrochage du combiné téléphonique, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, dans les commutateurs téléphoniques à organes tournants (tous systèmes confondus), l’obtention immédiate de la tonalité au décrochage n’est ni immédiate, ni garantie…

Lorsqu’un abonné raccordé à un commutateur rotatif va décrocher son combiné, la ligne téléphonique se ferme, le courant électrique est établi et son impédance diminue.

Dans n’importe quel type de commutateurs, il n’y a jamais un détecteur de prise de ligne affecté en permanence à chaque ligne téléphonique. En revanche, il y a un certain nombre de chercheurs primaires (ou de présélecteurs) qui analysent successivement à intervalle régulier le parc de lignes téléphoniques raccordés.

Alors que dans les systèmes ultérieurs, la position de chaque ligne est analysée à intervalle régulier toutes les quelques millisecondes voire microsecondes, dans les systèmes à organes tournants, il y a des groupes de chercheurs primaires qui sont des organes rotatifs qui vont, eux aussi, analyser les lignes téléphoniques successivement à intervalle régulier, en balayant 24 heures sur 24 les positions de tous les abonnés, mais à un vitesse très lente.

Ainsi, il n’est pas rare de devoir attendre plusieurs secondes qu’un chercheur primaire s’arrête sur l’abonné qui a décroché son téléphone, pour que le chercheur s’immobilise sur cette position en ayant détecté électriquement le décrochage de l’abonné considéré.

Ensuite, le chercheur secondaire, qui est associé à son chercheur primaire doit lui aussi trouver, en tournant très lentement, une position d’accès à un sélecteur primaire libre.

Ce n’est que lorsqu’un chercheur primaire et un chercheur secondaire croisent d’une part la ligne décrochée de l’abonné et d’autre part un sélecteur primaire libredu commutateur téléphonique, que la tonalité d’invitation à numéroter au cadran téléphonique est alors envoyée sur le poste téléphonique de l’abonné.

De surcroît, dans les zones à forte densité d’abonnés et pendant les heures de pointe (heures de bureau  et début de soirées) le nombre de chercheurs disponibles par groupe d’abonnés et par groupe de sélecteurs primaires se révèle notoirement insuffisant, et il n’est alors pas rare de ne pas pouvoir obtenir de tonalité : le téléphone de l’abonné, bien que sous tension, reste muet...

A l'heure actuelle, et depuis plus de vingt ans, lorsqu’un tel événement se produit, d’ailleurs très rarement, il s’agit soit d’un dérangement de la ligne téléphonique considérée, soit d’une panne sérieuse dans tout ou partie du commutateur de rattachement. Mais à l’époque des centres téléphoniques à organes tournants, ceci était la norme.



Risque de surcharge des commutateurs à organes tournants :

Dans un commutateur à organes tournants, le risque de panne par surcharge exceptionnelle momentanée qui se produirait si presque tous les abonnés décrochaient leur téléphone en même temps est à peu près nul. En effet, si tel était le cas, la quasi totalité des abonnés se retrouverait avec une ligne téléphonique inerte ; excepté quelques rares privilégiés qui auraient eu la chance par ce "tirage au sort" de recevoir la tonalité d'invitation à numéroter... 

Mais le danger réel est tout autre : en cas de surcharge du commutateur durant des heures entières sans discontinuer, et aux limites absolues de leur capacité d'établissement et d'écoulement des communications, les organes tournants tournent alors sans arrêt si bien qu'ils finissent au bout de plusieurs heures par s'échauffer par effet de frottement mécanique... 

Si un délestage d'urgence (un arrêt total ou partiel du commutateur, entraînant la coupure des abonnés) n'est à ce moment là pas décidé par l'équipe de commutants présente sur place dans la salle du commutateur, le système peut en arriver à un point où tout le commutateur devient si brûlant qu'il finisse par prendre feu, et être détruit en totalité, y compris le bâtiment qui l'héberge  ! 

En effet, il ne faut pas omettre que jusqu'aux années 1950, les isolants des câblages sont réalisés en coton, et que le coton prend facilement feu en cas de surchauffe.





STROWGER (sans enregistreur de numéros - à contrôle direct), commutateur automatique inventé par Almon B. Strowger (entrepreneur de pompes funèbres) aux États-Unis en 1891 et mis en service le 3 novembre 1892 aux USA, Indiana, dans la ville de La Porte. (sa capacité maximale n'étant alors limitée qu'à 75 abonnés...). Voir ici la petite Bande Dessinée qui résume le tout.

En France, les commutateurs STROWGER sont fabriqués sous licence Strowger Automatic Telephone Exchange Company par la Compagnie Française pour l'exploitation des procédés Thomson Houston.

STROWGER se prononce en réalité StrôwJère.

Présélection : Concernant l'étage de pré-sélection, les 3 premiers STROWGER français (Nice, Orléans, Vichy ; ainsi que Rennes) ne sont pourvus que de Chercheurs Primaires à 25 positions, dont chaque position de sortie aboutit de facto sur l'entrée d'un Sélecteur du premier étage de sélection.

Sur commutateur STROWGER à unique étage de Chercheurs Primaires :

  • Avantage : la tonalité d'appel à numéroter est obtenue très rapidement,
  • Inconvénient : il faut donc multiplier à l'excès le nombre de Chercheurs Primaires qui sont les organes les moins sollicités de la chaîne de commutation, complexifier les câblages, ce qui de surcroît enchérit le coût de construction du commutateur.

Les 8 autres commutateurs STROWGER seront pourvus d'un double étage de présélection : un premier niveau de Chercheurs Primaires, qui suivi par un niveau de Chercheurs Secondaires. Ainsi le nombre de Chercheurs Primaires pouvait être décorrélé du nombre de Sélecteurs d'acheminements.

  • le but est de simplifier la construction du commutateur et diminuer le coût des commutateurs téléphoniques, en concentrant les abonnés.
  • Cette solution sera d'ailleurs retenue sur tous les commutateurs de type rotatifs ultérieurs (sauf Rennes).
  • Petit inconvénient, il faut attendre parfois plusieurs secondes pour obtenir la tonalité d'invitation à numéroter.

Ci-contre : vue d'un Chercheur à 25 positions utilisé dans le système STROWGER.

Photo Eyrolles.

ChercheurStrowger

Sélection : un commutateur STROWGER est équipé de Sélecteurs rotatifs semi cylindriques à deux mouvements - un rotatif et un ascensionnel - à 100 points de sortie (10 liaisons téléphoniques de sortie sélectionnées par niveau horizontal, sur 10 niveaux empilés en hauteur).

En France, les commutateurs de type STROWGER ne sont retenus uniquement que pour l'automatisation de la province.

  • - 12 commutateurs de type STROWGER sont mis en service en France. (Ces commutateurs incluant des bureaux satellites environnants connectés par la suite).
  • - Le premier exemplaire de commutateur automatique de France est commandé le 8 juillet 1912 pour 655.036 francs germinaux (avenants inclus) par l'Administration à la Compagnie Thomson-Houston. Il est mis en service, le 19 octobre 1913 à 7h00 du matin à Nice-Biscarra(Il sera délesté le 21 avril 1932 puis remplacé le 24 mai 1932 par Nice-Thiers).
  • - Les abonnés sont tous basculés de l'ancien meuble manuel vers le commutateur automatique entre 4h00 et 7h00 du matin.
  • (Nice, ville prospère, avait pu réunir l'argent très rapidement, ce qui lui permit d'inaugurer l'automatique avant la déclaration de guerre.)
  • - Il faut ensuite attendre le 3 juillet 1921 pour que le second STROWGER soit mis en service en France, à Orléans, en raison de la première guerre mondiale survenue entre temps.
  • - Le premier STROWGER à étage de présélection double est inauguré au Havre durant l'été 1926.
  • - Le STROWGER le plus récent est mis en service le 24 mai 1931 à Nancy. 
  • - Au cours de la seconde guerre mondiale, le commutateur STROWGER du Havre est incendié volontairement le 9 juin 1940 ; 2 commutateurs STROWGER sont détruits sous les bombardements alliés en 1944 : Montpellier et Rouen.
  • - Le dernier est mis à l'arrêt en Décembre 1979 à Bordeaux-Palais-Gallien 2. (Mis en service le 1er avril 1928, il assura le service durant plus de 51 ans).  Reportage de janvier 1980 de la Revue Française des Télécommunications n°34 sur le Strowger de Bordeaux.

P15.StrowgerCommutateurVueEnsemble1913

Ci-dessus : vue générale  d'un commutateur téléphonique automatique de type STROWGER.

Un commutateur STROWGER fonctionne de manière saccadée, en mode pas à pas, littéralement télécommandé en temps réel par chaque impulsion numérotée au cadran* de l’abonné demandeur, chiffre par chiffre, chaque chiffre sélectionnant successivement la position de son sélecteur. Ce mode d’établissement de communication de manière automatique est le plus élémentaire. Il est parfaitement adapté aux débuts de l’automatisation du réseau téléphonique alors que le maillage reste encore relativement simple et peu dense. De plus, le système est réputé d'une grande robustesse.

P16.StrowgerVueMecanismesDeSelecteurs

SelecteurStrowger

Ci-dessus, vue de Sélecteurs rotatifs et ascensionnels STROWGER, récupéré de Bordeaux Palais-Gallien.

Nota : dans un commutateur STROWGER, les Sélecteurs de l'étage final, pointant vers les abonnés demandés sont nommés Connecteurs.

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CommutateurNiceBiscarraSTROWGER

Ci-dessus : vue d'ensemble du commutateur STROWGER de Nice-Biscarra, mis en service le 19 octobre 1913. Premier autocommutateur de France.

Héliogravure CTTH.

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1899.12.05SelecteurStrowgerTypeKeithErickson

Ci-dessus : croquis du Sélecteur Strowger modèle dit "Keith & Erickson" breveté le 5 décembre 1899, utilisé dans les commutateurs STROWGER déployés en France.



Le premier Organe de Commande des commutateurs rotatifs de type pas à pas : le Cadran Téléphonique.

Nommé par les constructeurs au tout début de sa création : Envoyeur d'Appels.

*le 1er cadran de type Strowger ne tournant qu'à 180° est inventé en 1896 aux USA par Alexander Keith, John Erickson et Charles Erickson (brevet déposé le 20 août 1896, publié le 11 janvier 1898) ; avant cette date, l'abonné américain à l'automatique devait actionner des boutons dans une séquence précise, ce qui engendrait beaucoup d'erreurs de numérotation.

Attention, le cadran téléphonique utilisé dans les commutateurs STROWGER doit avoir un temps d'ouverture du contact de ligne téléphonique réglé à 50ms pour 50ms de fermeture, c'est à dire que pour chaque impulsion d'une durée de 100ms, le rapport cyclique est égal à 1/2.

Puis, au début des années 1920, furent produits :

-un petit Cadran Téléphonique commercialisé en France par la Compagnie Française Thomson-Houston,

CadranTelephoniqueThomsonHouston

Ci-dessus : vue d'un cadran téléphonique de la CFTH. Photo X.

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-un autre modèle de petite taille, fort rare, le 7010-B de diamètre de 72 mm produit par la société Le Matériel Téléphonique (filiale française d’ITT – Western Electric USA) dont le disque d’appel troué est curieusement solidaire de la culasse et de sa couronne émaillée en forme de fer à cheval portant les chiffres (les lettres n’apparaîtront qu’ensuite avec l’automatisation du réseau de Paris en 1928).

Le modèle de cadran 7010B est issu directement du concours ouvert par l'Administration des PTT le 1er mai 1922 à tous les constructeurs téléphoniques français, en vue de l'adoption en 1924 de la future gamme de postes téléphoniques de type PTT 1924 qui seront déployés dans le réseau téléphonique.

Nous pouvons voir au dos du modèle les pattes de fixation propres aux postes téléphoniques agréés PTT modèle 1924. 

Ce modèle de cadran permet de faire le lien entre le poste (mobile ou mural) PTT 1924 et la conception, l'agrément et la mise en fabrication du cadran administratif des PTT de 1927.


Cadran7010B

Cadran7010Brevers

Ci-dessus : cadran 7010B fonctionnel, collection Claude Rizzo-Vignaud

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MarseilleTableEssaisMesures002

Ci-dessus : cadrans 7010B, utilisés dans le Centre Téléphonique de Marseille-Dragon dans les années 20 sur une Table d'Essais et Mesures, bien que n'étant pas homologués. Photo Audry - Marseille. Collection Claude Rizzo-Vignaud.

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PosteLMT1924001

Poste privé de type 1924 fabriqué par la LMT, qui ne comporte donc pas la mention "Propriété de l'État", la référence LMT étant 3501. 

À noter l'emploi du cadran 7010B, 

l'étiquette centrale "Attendre le bourdonnement"

Un des tous premiers exemplaires sorti d'usine. Cliché Revue LMT.

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Le 15 octobre 1925, l’État ouvre un concours en vue de choisir le futur type de disque d'appel (cadran) qui sera retenu par l'administration. Le modèle retenu, conçu par la Compagnie Française des Téléphones Thomson-Houston, est validé en 1927.

Le 31 janvier 1930, un ordre de service paraît au Bulletin Officiel des PTT (BO PTT 1930 n°3 page 92) qui désormais contraint à partir du 1er mars 1930 à l'emploi obligatoire du disque d'appel du modèle administratif n° 324/1 de 1927.


«L'Administration a décidé de rendre obligatoire, à partir du 1er mars 1930, l'emploi du disque d'appel standard, n° 324/1, dans tous les postes principaux simples, postes accessoires, postes d'opérateur des tableaux et postes supplémentaires installés par l'Administration dans les réseaux automatiques et susceptibles d'appeler directement le réseau.


L'emploi du disque d'appel n° 324/1 sera également obligatoire pour l'équipement des postes d'opérateur et supplémentaires, ainsi que de tous autres dispositifs des installations réalisées et entretenues par l'industrie privée, qui auront la possibilité d'appeler directement le réseau.»

Entre le fait que les cadrans précédemment conçus étaient moins fiables que le cadran administratif modèle 1927, et que désormais depuis le 1er mars 1930 seul le cadran administratif modèle 324/1 de 1927 soit autorisé par l'Administration des PTT, les anciens modèles sont devenus très difficiles à trouver car ils ont été presque tous remplacés dans les deux à trois ans qui suivirent cette interdiction générale, pour cause réglementaire mais aussi de fragilité. 

- Adoption du Cadran Téléphonique normalisé PTT modèle 324/1 de 82mm de diamètre qui a supplanté dès 1930-32 tous les autres types de cadrans, et ce jusqu'à la fin de sa production industrielle en 1993.)

Ci-contre : cadran administratif français de type 324/1 normalisé de 1927.

Pour indication, en 1932, la Compagnie Française des Téléphones Thomson-Houston fabrique ces cadrans administratifs, en laiton massif nickelé pour 34,90 francs (valeur 1932) soit 23 euros (valeur 2015).

P18.CadranTelephoniqueModele1927

Extrait photocopié d'un livre ancien (ne sachant plus lequel) : article détaillé sur le fonctionnement du cadran téléphonique n° 324/1 de 1927.

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Concernant tous les systèmes de commutation téléphoniques apparus après le STROWGER, le cadran téléphonique utilisé doit avoir un temps d'ouverture du contact de ligne téléphonique réglé à 33ms pour 66ms de fermeture, c'est à dire que pour chaque impulsion d'une durée de 100ms, le rapport cyclique est égal à 1/3.

En France, entre 1913 et 1970, le cadran téléphonique était le seul moyen d'obtenir des correspondants via la voie automatique.

Nota : ces cadrans téléphoniques, du plus récent au plus ancien peuvent, tant qu'ils sont en bon état, fonctionner sur le Réseau Téléphonique Commuté français actuel.



R6 (sans enregistreur de numéros - à contrôle direct), dont la dénomination officielle est ROTATIF 1926, car mis au point en 1926, ou encore sous le nom semi abrégé ROTATIF 6 est implanté dans les villes moyennes de province dès Septembre 1928 en commençant par Troyes, ce système français de type pas à pas étant un hybride qui s'inspire à la fois des systèmes Rotary et Strowger. Il est de surcroît simplifié à l'extrême pour être le moins coûteux possible. La capacité des commutateurs R6 s'étend jusqu'à 4.000 lignes.

Chaque commutateur de la famille R6 est pourvu de chercheurs-présélecteurs à deux étages (comme pour les STROWGER les plus modernes), qui utilisent chacun des sélecteurs semi circulaires à 25 points de sortie. 

Un commutateur R6 est équipé d’Orienteurs à 11 positions (1 position de repos et 10 autres positions pour les 10 chiffres du cadran) : il s’agit en fait d’un nouveau groupe d’organes de contrôle commun à plusieurs sélecteurs à la fois qui permettent de dissocier clairement la fonction de réception des chiffres composés par l'abonné de la fonction de recherche et de connexion de la liaison. Chaque étage de sélecteurs est équipé de son groupe d’Orienteurs. Chaque Orienteur, qui fonctionne en mode pas à pas, n’est en fait utilisé que pendant la réception des chiffres numérotés au cadran du téléphone de l’abonné, puis est libéré pour aller traiter une autre communication à établir.

Ci-contre : vue d'un Orienteur de R6. Collection C. R-V.

P25.Rotatif1926OrganeOrienteur11Positions

P26.R6vueElementDeBaseDeSelection

Dans le système R6, la notion de point de sélection ne revêt plus la même importance, l'architecture étant différente des autres types de commutateurs : en effet, l’astuce consiste à remplacer les sélecteurs semi cylindriques ou à plateau des systèmes Strowger et Rotary qui à la fois tournent horizontalement et accomplissent aussi des mouvements ascensionnels par de simples commutateurs rotatifs semi circulaires à 51 plots, dédoublés par une astuce de commutation à relais, soit un élément de sélection uniquement rotatif à 102 directions. Ainsi, dans le système ROTATIF 1926, les sélecteurs et les orienteurs, qui sont montés à l’horizontale suivant leur axe, n’accomplissent plus qu’un seul mouvement : celui de tourner de manière saccadée, dans le même sens, par des jeux d'engrenages, d'électroaimants et de cliquets anti-retour, d’où un prix de revient moindre que tous les autres systèmes à organes tournants conçus jusques à présent.

Ci-dessus : vue d'un élément de base de sélection (sélecteur rotatif à 51 positions) de R6 (source : Documents d'Information des Télécommunications)

Ce système fut inventé par un Ingénieur, Monsieur Barnay. Il dépose le brevet pour le système R6  le 18 mai 1923 qui est ensuite délivré le 24 janvier 1924.

Puis, le 9 avril 1924, la Compagnie des Téléphones Thomson-Houston rachète alors le brevet de ce système à son concepteur.

Le système R6 est, à partir de cette date, développé par l'Ingénieur français Fernand Gohorel* de la Compagnie des Téléphones Thomson-Houston et ses équipes.

Ce système trouve un écho auprès de l'administration des PTT en raison du coût élevé des ROTARY 7A, 7A1 et 7A2 américains. 

Soulignons que ce système de conception française a tout de même été produit par une société devenue entre-temps une filiale française de l'américain ITT le 14 avril 1926 pour la somme de 140 millions de francs, soit 90 millions d'euros (valeur 2015), via un rachat total du capital autorisé par l'assemblée générale des actionnaires à cette date ; opération orchestrée par le Colonel Behn alors patron de l'ITT...

En 1929, la Commission Spéciale Technique de l'administration se prononça nettement pour le déploiement massif du système R6 dans les villes moyennes de province. 

  • - Le marché est signé par l'Administration en Juillet 1929.
  • - 26 commutateurs ROTATIF 1926 à contrôle direct sont installés en France, uniquement en province. 
  • - Dans le monde, le premier commutateur R6 est mis en service en fin 1927 en Sarre, à Neunkirchen.
  • - Un second commutateur R6 est mis en construction à partir du 21 novembre 1927. Il est mis en service en Tunisie (pays de protectorat français), à Tunis-Hôtel-des-postes le dimanche 29 juillet 1928. (livraison initiale de 500 lignes en automatique + 4000 lignes en semi-automatique). M. Fernand Gohorel, Directeur des services Téléphonie Automatique de la Compagnie des Téléphones Thomson-Houston,  supervise sur place cette mise en service dans le réseau téléphonique public de Tunisie. Nota : ce commutateur était initialement prévu en 1926 en système Strowger.
  • - En France, le premier R6, (expérimental) est commandé en début 1928, mis en expérimentation en Avril 1928, puis mis en service dans le réseau en Septembre 1928 à Troyes (d'une capacité de 2.100 lignes) et assurera son service jusques au 18 juin 1964.
  • - À noter qu'un commutateur R6 de 500 lignes sera mis en construction à partir du 10 mars 1931 par la CTTH, puis mis en service le 15 avril 1931 à l'occasion de l'Exposition Coloniale 1931 qui s'est tenue à Paris entre le 6 mai et le 15 novembre 1931.
  • - Le R6 sans enregistreur le plus récent est mis en service entre Janvier et Mai 1939 à Besançon.
  • - Au cours de la seconde guerre mondiale, le commutateur R6 à Contrôle Direct de Brest est détruit sous les bombardements alliés en 1944.

Nota : en comptabilisant les commutateurs R6, qu'ils soient à contrôle direct, ou à contrôle indirect par enregistreurs (version ultérieure modernisée), en incluant les petits bureaux satellites semi-automatiques-ruraux, le parc atteint 140 commutateurs R6 en 1939 à la veille de la seconde guerre mondiale. (hors Algérie où le système fut beaucoup déployé)

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*Fernand Gohorel (18 août 1897 -  30 avril 1960) : ingénieur CNAM et ESE, nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1950 puis chevalier dans l'Ordre du Mérite postal par arrêté du 27 août 1954 (BO PTT 1954, 265 Cab 9, Page 67)

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CommutateurEpinalR6sansEnregistreur

Ci-dessus : vue d'ensemble du commutateur R6 à Contrôle Direct (Sans Enregistreur) d'Épinal, mis en service en 1929. Héliogravure CTTH.

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CommutateurToulouseR6sansEnregistreur

Ci-dessus : vue du commutateur R6 à Contrôle Direct (Sans Enregistreur) de Toulouse, mis en service le 1er juillet 1933. Héliogravure CTTH.

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CommutateurLaBauleR6sansEnregistreur

Ci-dessus : vue du commutateur R6 à Contrôle Direct (Sans Enregistreur) de La Baule, mis en service le 14 novembre 1936. Héliogravure CTTH.

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CommutateurAlgerR6sansEnregistreur

Ci-dessus : commutateur R6 à Contrôle Direct (Sans Enregistreur) d'Alger, mis en service le 2 juillet 1938. Héliogravure CTTH.

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STROWGER - SIEMENS & HALSKE est un système sous licence STROWGER directement dérivé de celui-ci, ayant subi diverses simplifications en Allemagne. Il est adapté par la société SIEMENS. En France, les marchés sont notifiés par l'administration en Juin 1932.

  • - ensemble de commutateurs mis en service en France à partir du 10 juillet 1932 (Inauguration officielle le 15 octobre 1932) pour automatiser la zone de Saint-Malo et des communes voisines : Rocabey, Saint-Servan, Paramé, Dinard, Cancale, Rothéneuf, Dol, Saint-Lunaire et Saint-Briac.
  • - Il s'agira pour la première fois en France de réaliser la mise en essai de communications interurbaines entièrement automatiques dans une zone de densité moyenne voire réduite de population.
  • - Le système SIEMENS & HALSKE, installé en France par la CGTT, filiale de SIEMENS (Compagnie Générale de Télégraphie et Téléphonie) ne sera pas étendu à d'autres communes.
  • - D'après les débats parlementaires de l'époque il appert que la provenance d'Allemagne de ce système ait pesé en sa défaveur en France, eu égard à la situation politique depuis la guerre de 1871.


PreselecteursStrowgerSiemensHalske002

SelecteursStrowgerSiemensHalske

Ci-dessus, éléments types constitutifs d'un commutateur Siemens & Halske.

à gauche : Présélecteur (Chercheur d'Appels) à un seul mouvement (rotatif)

à droite : Sélecteur à deux mouvements (rotatif et ascensionnel).

Photographies Siemens-France 1937.

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1937StrowgerSiemensHalske

Ci-dessus : vue d'ensemble d'un commutateur Siemens & Halske. Au premier plan, baie de Présélecteurs (Chercheurs d'appels). Photographie Siemens-France 1937.

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1937StrowgerSiemensHalskeBis

Ci-dessus : vue d'ensemble d'un commutateur Siemens & Halske. Photographie Siemens-France 1937.

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SiemensAndHalske3

Ci-dessus : vue d'ensemble d'un commutateur Siemens & Halske. Vue de Sélecteurs aux premiers plans. Photo Agence Rol circa 1920.



Concernant le cadran français spécifique à 11 trous, utilisé pour tester les commutateurs de type R6, merci de cliquer ci-dessous.

XXV - Cadran téléphonique français spécifique à 11 trous

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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 4 octobre 2017.

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