XXV - Cadran téléphonique français spécifique à 11 trous

P31.Cadran11trous

Collection C. R-V.

Cadran français à 11 trous : il a été fabriqué par la CGCT-Paris.

  • -Sa culasse est en zamak. Elle est gravée « Propriété de l’état ».
  • -Les 10 chiffres et la lettre E, en noir, sont en émail grand feu sur couronne de cuivre.
  • -Nous remarquerons qu’il ne comporte aucune lettre en émail rouge sur les chiffres 2 à 0 comme les autres cadrans normaux en possèdent, ce qui date cet exemplaire à une année légèrement ultérieure à 1953, date à laquelle la numérotation par lettres fut abandonnée partout en France sauf dans l’ancien département de la Seine (où était inclus Paris ayant conservé ses lettres jusqu’en 1963).
  • -Le disque d’appel est en laiton massif peint en noir comme les cadrans à 10 trous habituels de son époque.
  • -L’étiquette en bristol blanc (le terme exact de la nomenclature est : « Écusson ») livrée d’origine ne comporte aucune inscription : un cas rarissime.
  • -Mécaniquement, il est identique à un cadran administratif modèle 1927 de cette époque, excepté le ressort qui est légèrement différent du modèle habituel au niveau de la came commandant le contact d’ouverture calibrée de la ligne : sa taille est diminuée de moitié, ce qui est logique vu que l’angle entre le chiffre 1 et le doigt de butée est lui aussi réduit d’un tiers (compromis obligatoire pour ajouter le onzième trou après le zéro, au prix d’une réduction du temps de repos imposé par le cadran habituellement de 200 ms minimum entre chaque chiffre, réduit dans ce cas spécifique à 100 ms. Il ne fallait donc pas trop se presser pour numéroter entre deux chiffres, sous peine de provoquer de possibles faux numéros en induisant en erreur l’électromécanique du commutateur testé.)

Ce cadran particulier était destiné à accomplir certains essais techniques spécifiquement sur les commutateurs téléphoniques de technologie pas à pas des types ROTATIF 1926 (R6 à contrôle direct, R6 à enregistreurs, R6N1 puis R6N2), ainsi que leurs dérivés : les petits autocommutateurs de type SRCT de 1950 ainsi que le système automatique-rural des campagnes de 1935.

Normalement tout organe Orienteur du R6 retrouve sa position de repos « par défaut » au raccrochage de l’abonné quand la communication ne peut être obtenue, ou mieux encore, une fois que la communication est établie avec succès.

Le onzième trou, dont l’émail indique « E » comme Essai, servait à tester le cycle complet de commutation pas à pas du système R6, car la onzième impulsion donnée au cadran par la lettre « E » permettait de vérifier si oui ou non les Orienteurs (commutateurs rotatifs pas à pas à onze positions : une par valeur de chiffre plus une de repos) chargés de « mémoriser » chaque chiffre du numéro de téléphone demandé, retrouvaient correctement leur position initiale de repos. Ce cadran spécifique permettait donc à l’opérateur de la table d’essai d’ordonner le retour immédiat de n’importe quel orienteur sélectionné afin de pouvoir constater ou non le bon fonctionnement des cliquets et des ressorts de rappel de ces organes.

Il ne s’agit donc pas d’une onzième position qui donnerait accès aux abonnés reliés sur un standard d’hôtel ou de bureau vers une ligne téléphonique extérieure. Ces cadrans n’ont jamais équipé de postes d’abonnés ; ils étaient réservés aux tables d’essais des télécommunications de province où le matériel R6 fut déployé.

ElementTableEssaiCommutateurR6

Ci-dessus : élément d'un pupitre de table d'essai affecté au test d'un commutateur téléphonique de modèle R6. Avec l'aimable autorisation de la Collection Historique Orange.

Nota : le système Rotatif 1926 ayant été conçu entre 1923 et 1926 par Fernand Gohorel, ingénieur à la Compagnie Française des Téléphones Thomson Houston qui deviendra par la suite la CGCT, une des filiales françaises de l’américain ITT, il est complètement logique que ce cadran fût fabriqué par la Compagnie Générale de Constructions Téléphoniques à Paris pour tester ses propres commutateurs R6 et apparentés

Nota : Le cadran téléphonique à 11 trous a ultérieurement été utilisé pour tester les multisélecteurs PENTACONTA 1040 et 2080. En effet, la 11ème impulsion de ce cadran spécial permettait d'atteindre les lignes Hors Numérotation, utilisées, par exemple, pour les taxiphones, les lignes de groupement alphanumériques. (Pour chaque cadre-multisélecteur de 52 points de sortie, 2 points de sortie étaient donc Hors Numérotation en service normal)

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Pour mémoire, rappelons notamment que le système R6, toutes versions confondues, fut massivement déployé à Lyon et dans la Région lyonnaise ; il s'agit de la région où il est le plus probable de trouver çà et là encore quelques spécimens de ce cadran si particulier.

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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 28 février 2016.

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