XVII – Étude et évolution du plan de numérotage téléphonique en France

Nous nous proposons de réaliser l'étude la plus poussée des différents plans de numérotage successifs qui aient (eu) cours en France depuis le début du téléphone ouvert au public.

Sans notions sur le plan de numérotation, il est impossible de comprendre ce qu’est le réseau du téléphone automatique. La numérotation téléphonique incarne au moins autant le Réseau Téléphonique Commuté que l’ensemble des commutateurs qui le composent, en permettant le routage des communications téléphoniques jusqu’à destination. Un plan de numérotage doit être vu comme une programmation logicielle à l’échelle d’un pays entier. Un plan vit, un plan évolue, un plan s’adapte aux réalités du territoire et des habitants qui y vivent.

P18.CadranTelephoniqueModele1927

(Photographie : C. R-V)


En 1912, alors que le téléphone est alors uniquement manuel en France, la circulaire n°53 datée du 27 septembre 1912 crée dans le réseau de Paris, avec effet au 1er octobre 1912, les fameux indicatifs à 3 lettres. 

En effet, avant cette date, les abonnés parisiens sont dotés uniquement d'un numéro à 5 chiffres rattachés chacun à un Bureau, puis à partir de Janvier 1910, certains des abonnés parisiens sont désormais dotés d'un numéro d'appel à 6 chiffres (conséquence de l'accroissement du nombre d'abonnés), tandis que les abonnés plus anciens conservent leur numéro d'appel à 5 chiffres, ce qui a eu pour effet d'entraîner "certains inconvénients d'ordre divers" jadis dénoncés par l'Administration. 

Pour remédier aux problèmes d'organisation naissants, le système est donc refondu en 1912 en créant dans Paris et sa banlieue les indicatifs littéraux abrégés en 3 caractères, suivis d'un numéro à 4 chiffres. Cette organisation demeurera en vigueur 51 ans jour pour jour jusques au 1er octobre 1963.

En 1932, depuis le 1er novembre, est mis en service partout en France le Service du Réveil par téléphone (première expérimentation en France, à Marseille dès Mars 1929)

  • - Le Service du Réveil est initialement accessible par le numéro de téléphone 12 dans les réseaux automatiques, 
  • - Le numéro d'accès à ce service devient le 13 à partir du 18 juin 1939 : en effet, il fallait appeler le service des Réclamations au 13 pour obtenir une opératrice, qui remplissait une fiche avec le jour et l'heure souhaités par l'abonné pour être rappelé par une opératrice... 
  • - Le 13 a été utilisé pour le Service du Réveil jusques à la mi-1973.
  • - Courant 1973, le Service du Réveil est dissocié du service des Réclamations, et devient accessible par le 10.13 désormais.
  • - En Île-de-France, à partir de 1979, le Service du Réveil devient accessible par le 463.71.11  et devient automatique pour certains centres téléphoniques.
  • - Puis, à partir du 17 mars 1983, le Service du Réveil devient accessible par le 688.11.11.
  • - À partir du 25 octobre 1985, le Service du Réveil devient accessible par le 36.88.
  • - Le 16 septembre 1986 à 8H00 du matin, le service devient entièrement et exclusivement automatique. Le 36.88 est supprimé. Fini l'opératrice à qui l'on indiquait l'heure à laquelle nous devions être rappelé...
  • - Connu actuellement comme le service Mémo Appel, accessible désormais par le *55*, via son téléphone à  Clavier FV, où l'on aboutit sur une machine automatique que l'abonné doit programmer lui-même...

En 1933,

  • Horloge Parlante automatique : le 14 février 1933, est mis en service le service de l'Horloge Parlante automatique en France, à partir de l'Observatoire Astronomique de Paris. Le service est diffusé par le Centre Téléphonique de Danton équipé en système Rotary 7A1. À la création de service en automatique, 30 équipements peuvent délivrer simultanément l'heure à 30 abonnés. Le numéro d'appel initial à ce service est ODEon 84.00 pour le réseau de Paris et Région Parisienne, et des numéros d'appels par circonscription se terminant toujours par 84.00 au fur et à mesure de l'automatisation des centres téléphoniques de province. 
    • (Ce service se substitue au Service de l'heure ouvert en Février 1929, obtenu en manuel via l'opératrice de son bureau manuel de rattachement qui lit l'heure sur l'horloge du Bureau)
    • Le 27 avril 1935, l'Horloge Parlante automatique est mise en service à Marseille.
    • Le 30 juin 1935, l'Horloge Parlante automatique est mise en service à Lyon.
    • Mi-1973, concernant l'Île-de-France, le service de l'Horloge Parlante devient désormais accessible par le numéro INF.84.00, car les 160 circuits de Danton affectés à la diffusion de l'heure aux appelants du service ne pouvaient plus honorer convenablement la demande. (système mécanique rotatif saturé). Désormais la diffusion de l'heure officielle se retrouve répartie sur 5 centres téléphoniques parisiens.
    • Le 8 novembre 1983, le numéro d'appel, concernant l'Île-de-France devient 699.84.00.
    • Actuellement, depuis le 25 octobre 1985, le numéro d'accès à ce service est le 36.99.
    • Depuis le 18 septembre 1991, l'Horloge Parlante est entièrement électronique (numérique).
  • P.C.V : par une note du 28 mars 1933 (BO PTT 1933 n°11 page 200), le service du P.C.V international est mis en service, à titre d'essai, en France. Ce service sera dissous le 1er août 2014 par Orange France.

En 1939, le 18 juin, est inauguré le numéro d'appel 12 en tant que service des Renseignements Téléphoniques pour les abonnés reliés au réseau téléphonique automatique. Le premier Centre de Renseignements Téléphoniques est ouvert dans le central Paris-Anjou. (Nota, dès 1935, à Paris, l'existence du 12 est attestée pour certains commutateurs)

Ce numéro à deux chiffres, s'il survivra à la seconde guerre mondiale, sera toutefois contraint par le Conseil d’État dans sa décision du 25 juin 2004 de cesser ses activités au terme d'une procédure de 4 années. Ce sera chose faite le 3 avril 2006 à 00h00. (affaire judiciaire ouverte à l'initiative d'opérateurs téléphoniques indépendants qui crurent pouvoir s'enrichir d'un claquement de doigts en ouvrant des services de renseignements téléphoniques... Aujourd'hui l'immense majorité de ces opérateurs a disparu... Fin du mirage... Retour aux réalités.) Le 118 712 qui remplace le 12 est mis en service dès le 2 novembre 2005.

De ce fait, les numéros spéciaux en vigueur en France deviennent à cette période :

  • 10 - Interurbain (manuel),
  • 11 - Régional (manuel)
  • 12 - Renseignements,
  • 13 - Réclamations,
  • 14 - Télégraphe,
  • 17 - Secours-Police (puis Police-Secours après la seconde guerre mondiale)
  • 18 - utilisé d'abord pour les Réclamations, puis attribué ultérieurement aux Pompiers.

Dès 1941, une des principales tâches de la nouvelle Direction des Télécommunications est de concevoir un Nouveau Plan de Numérotage téléphonique afin de mettre un terme à l’anarchie qui régnait en France. Ainsi, avant l’importante harmonisation à venir, des villes ou des villages pouvaient avoir des numéros de téléphone à 1, 2, 3, ou 4  chiffres en réseaux manuels (4 ou 5 chiffres pour les réseaux  automatiques, et jusqu'à 7 caractères pour Paris), associés au nom du bureau de raccordement (nom qui était soit le nom d’un village, d’une ville, ou pour les grandes villes, le nom d’un quartier ou lieu-dit). Nous étions auparavant dans un plan de numérotage ouvert, qui s’était construit progressivement depuis la naissance du téléphone qui était alors entièrement manuel. 

  • La situation était d'ailleurs la même dans  l'Union Française : ainsi, en Tunisie, le numéro de téléphone attribué vers 1946-47 à mon grand'père établi à La Goulette, ville portuaire principale de Tunis, était le 51. La difficulté d'obtenir alors une ligne téléphonique était telle qu'il fallut l'intervention personnelle de Son Excellence Sidi Lamine Pacha-Bey, le Bey de Tunis !
  • Le téléphone manuel fut mis en service en Tunisie le 1er avril 1891 (Réseau Tunis-Goulette-Marsa). L'installation en a d'ailleurs été effectuée par la Société Générale des Téléphones. 
  • Puis le 29 juillet 1928, un commutateur R6 de la Thomson-Houston est mis en service avec 500 abonnés prioritaires raccordés en automatique et les 4000 autres abonnés du réseau étant raccordés sur ce commutateur en semi-automatique, avec pupitres d'opératrices obtenues par simple décrochage des abonnés. Ce commutateur R6 compta au moins 8.000 lignes. L'automatique intégral arriva jusques à La Goulette vers 1951-52, une fois que les équipements d'extension furent ajoutés au commutateur R6 de Tunis. Le cadran du poste PTT 1924 servait enfin à quelque chose.
  • En 1953, le plan était entre temps passé à trois chiffres : lorsque mon grand'père souscrivit à une deuxième ligne téléphonique pour le bureau de l'entreprise, ce numéro était le 224 à Goulette-casino... 
  • Jusqu'à la démolition de notre ancienne maison de famille en 2014 (vendue depuis 1971), le nouveau propriétaire avait conservé le numéro de téléphone 51, auquel il fut adjoint au fur et à mesure des préfixes successifs, si bien que le numéro d'appel, 70 ans plus tard, finissait toujours par le 51 !

Il est à noter qu’aucun système de commutation automatique conçu depuis n’a jamais pu dépasser le niveau d’intelligence du système de commutation manuelle. En effet, avant l’arrivée de l’automatique, il n’était pas plus difficile pour une opératrice d’identifier le 13.07 à l’Opéra que le 22 à Asnières.

Du fait du contexte historique dramatique, les travaux sont lents. Ils sont interrompus en 1942 et ne reprendront qu’à la Libération en 1945.

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Ci-dessous, la circulaire de l'Exploitation Téléphonique n° 2430 du 18 octobre 1928 expose déjà les grands principes retenus pour le téléphone automatique (tout en cohabitant avec le téléphone manuel).

1928.10.18Circ2430ETpFormatNumeros

À noter le rôle du chiffre Zéro inexistant dans la téléphonie manuelle, mais capital dans la téléphonie automatique : 

- Dans la téléphonie manuelle, nous sommes dans un Plan de numérotage Ouvert, où l'intelligence de l'Opératrice assure la sélection et le routage de l'appel, et que de ce fait, l'abonné ayant le numéro de téléphone n° 8 dans une quelconque ville sera égal à 08, à 0.08 ou à 00.08, par exemple... Donc, la terminologie employée à l'écrit comme à l'oral sera le "8".

- Dans la Téléphonie Automatique, nous sommes dans un Plan de numérotage Fermé, où ce sont des systèmes séquentiels astucieux certes, mais dépourvus de toute intelligence, qui assurent la sélection et le routage de l'appel : le format des numéros doit à ce moment là être normalisé. 

Ainsi, si un abonné ayant le numéro 9 dans un réseau téléphonique automatique à 5 chiffres doit être joint, celui-ci devra être numéroté au cadran d'appel par l'appelant d'un même réseau en composant le 0.00.09.  Tout simplement parce que si seul le chiffre 9 était composé au cadran d'appel, le commutateur automatique attendrait en vain les 4 autres chiffres...


En 1946, le Plan de Numérotage étudié initialement en 1941 entre enfin en vigueur. Le type de plan retenu, par obligation technologique en raison de la présence appelée à se généraliser des enregistreurs / traducteurs dans les commutateurs automatiques, devient un plan fermé. C'est-à-dire que le commutateur doit pouvoir « savoir » à l’avance quel nombre de caractères composés au cadran il doit recevoir pour pouvoir analyser le numéro par bloc en léger différé, ainsi que pour « savoir » quand le numéro du correspondant est terminé pour débuter l’établissement d’une communication.

Ce plan a l’avantage de pouvoir fonctionner à une époque où les commutateurs ne sont pas encore munis de calculateurs électroniques, mais porte l’inconvénient d’être très rigide et compliqué à modifier ultérieurement.

  • Pour la Région Parisienne, chaque abonné se voit attribuer un numéro de téléphone composé de 7 caractères : 3 lettres rattachées à la ville considérée, ou un lieu-dit, un quartier voire une rue, suivies de 4 chiffres : le chiffre du millier, le chiffre de la centaine, le chiffre de la dizaine et le chiffre de l’unité : c’est le MCDU.
  • Pour la plupart des villes de province, chaque abonné se voit attribuer un numéro de téléphone composé de 6 caractères : 2 lettres rattachées à la ville considérée, ou un lieu-dit, un quartier voire une rue, suivies des 4 chiffres MCDU. Pour d'autres, 1 lettre rattachée à la ville considérée, ou un lieu-dit, un quartier voire une rue, suivie des 5 chiffres QMCDU. Pour certaines, bien que faisant partie d'un réseau automatique, les numéros ne comportent que 4 chiffres (cas de Nancy) ou 5 chiffres (cas de Nice).
  • Pour les « Services Spéciaux » existants (le 10 ou le 15 par opératrices manuelles par exemple) ou à venir, il est cependant décidé de créer un plan de numérotage à 2 chiffres, pour tous les numéros téléphoniques commençant par le chiffre 1.

C’est l’époque mythique des numéros de téléphones de type BALzac00.01 de l’agence publicitaire parisienne de Jean Mineur. À cette époque, ce plan très novateur permet l’harmonisation du réseau téléphonique. Il sera suffisant pour assurer le fonctionnement du réseau téléphonique tant que les communications interurbaines seront assurées par la voie manuelle via les opératrices des PTT.

P52.PubliciteAgenceJeanMineurBalzac00.01

En 1946, encore, est ouvert le 23 septembre, sous le numéro ETOile 84.00 le Service des Renseignements Postaux et Télégraphiques, le pendant du Service des Renseignements Téléphoniques. Ce numéro sera modifié en EToile 64.00 courant 1956. Ce service était initialement basé dans le Centre Téléphonique de Paris-Carnot, rue de Médéric. Nous ne savons pas ce qu'est devenu ce service depuis.


En 1951, début de l'exploitation interurbaine automatique au départ de Paris : 

  • - Après une première expérimentation locale à partir de deux commutateurs téléphonique d'abonnés de Paris (Ségur et Suffren, sis dans les mêmes murs) à partir du 5 novembre 1946 entre Paris et Lille, Paris et Roubaix, Paris et Fontainebleau,
  • - Après sa mise à l'étude pour généralisation ultérieure à partir du Comité Technique des PTT du 17 décembre 1946,
  • - Après l'extension de l'expérimentation à un autre commutateur de Paris (Littré -  et sa série Babylone "fictive") à partir de l'été 1948 pour joindre Lille, Roubaix et Fontainebleau,

- L'exploitation automatique interurbaine est généralisée à tout Paris le 26 mai 1951 lors de la mise en service du premier centre interurbain automatique de départ spécialisé d'une capacité de 200 circuits : 

  • - Le Centre Automatique 2FR (du nom de leurs deux concepteurs MM. Jean Fruchou* et Jean Ribaud**) ouvert le 26 mai 1951 au départ de Paris-Dabout, réalisé en matériel R6 par l'A.O.I.P. et qui fonctionnera jusques au 26 octobre 1972. (200 circuits de départ)

Ensuite viendront :

  • - Le CIAD (Centre Interurbain Automatique de Départ) (conçu par MM. Jean Ribaud et Fernand Dupré***) réalisé en matériel Rotary 7B1 mis en service à Paris - Bonne Nouvelle le 18 janvier 1958. (900 circuits de départ). (avec mise en utilisation du préfixe téléphonique interurbain dédié 16)
  • - Le CEZAR (Centre d’Écoulement vers la Zone Automatique Régionale) en matériel Pentaconta le 18 mars 1966, à Paris-Pastourelle I. 
  • - Le CEZAR 2 (Centre d’Écoulement vers la Zone Automatique Régionale) en matériel Pentaconta en Novembre 1969, à Paris-Pastourelle II.
  • - Le CADIS (Centre Automatique de Départ Interurbain Saint-Lambert) réalisé en matériel Pentaconta est mis en service le 3 juin 1972 à Paris-Saint-Lambert.
  • - D’autres centres interurbains à préfixe 16 se multiplièrent également dans tout l’hexagone, massivement en matériel Pentaconta et CP400.

Évidemment, comme des centres automatiques interurbains au départ de Paris furent créés, il fallut également mettre en service des centres interurbains automatiques d’arrivée des télécommunications à Paris, afin de pouvoir écouler le trafic à l’arrivée allant croissant : sont ouverts 3 centres téléphoniques d’arrivée réalisés en matériel Rotary :

  • - Le centre Paris-Dabout (site Inter-Archives) en 1948 d'une capacité de 400 circuits (portée en 1950 à 800 circuits) de transit d'arrivée, adaptés à l'automatique en 1954, construit en matériel Rotary 7A1.
  • - Le centre Paris-Vaugirard (Rue Jobbé-Duval) en 1950 d'une capacité de 800 circuitsde transit d'arrivée, adaptés à l'automatique en 1954, construit en matériel Rotary 7A1.
  • - Le centre Paris-Bonne Nouvelle le 18 janvier 1958 d'une capacité de 2160 circuits de transit d'arrivée, construit en matériel Rotary 7B1. 

Ensuite, sont adoptées les technologies crossbar : 

  • - Le CINAT (Centre International et National d’Arrivée et de Transit) réalisé en matériel Pentaconta CT4 (Commutation sur 4 fils) est mis en service le 10 Juillet 1963 à Paris-Pastourelle I. 
  • - Le CNAP (Centre National d’Arrivée Pastourelle) réalisé en matériel Pentaconta est mis en service en 1966 à Paris-Pastourelle I
  • - Le CATON (Centre d’Arrivée et de Transit d'Origine Nationale) réalisé en matériel Pentaconta CT4 (Commutation sur 4 fils) est mis en service le 16 février 1971 à Paris-Pastourelle II
  • - Le Centre Interurbain Automatique d'Arrivée réalisé en matériel Pentaconta est mis en service le 26 mars 1972 à Paris-St Lambert.

Le préfixe interurbain 16, mis en service à partir du 18 janvier 1958 perdurera jusqu’au 18 octobre 1996.

* Jean Fruchou : nommé chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur par décret du 18 février 1952 ; promu officier dans l'Ordre du Mérite postal par décret du 18 octobre 1961 (BO PTT 1961, 292 Cab 9, page 45)

** Jean Ribaud : nommé chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur par décret du 12 juillet 1950 et chevalier dans l'Ordre du Mérite postal par arrêté du 27 août 1954 (BO PTT 1954, 265 Cab 9, Page 67)

*** Fernand Dupré : nommé chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur par décret du 28 mars 1961

Nota : en 1951, le préfixe interurbain 16 n'existe pas encore. Il ne sera réservé qu'en 1955 et mis en service réel que le 18 janvier 1958. Les liaisons sont avant cette date établies au moyen de numéros à 7 chiffres, comme s'il s'agissait tous d'abonnés parisiens. 

  • - L'avantage de cette solution est de permettre rapidement l'ouverture de liaisons interurbaines automatiques au départ de Paris, mais l'inconvénient est de consommer des préfixes à 3 chiffres POUR Paris, qui sont limités à une maximum de 150 par les possibilités de mémorisation des traducteurs Rotary. 
  • - Les deux premières destinations interurbaines de distances régionales ouvertes à l'automatique sont alors Paris - Fontainebleau le 26 mai 1951 puis Paris - Rouen le 23 juin 1951.
  • - Les deux premières destinations interurbaines automatiques à très grande distance sont Paris - Lyon le 30 novembre 1951 (500km) ; puis Paris - Toulouse en câble coaxial en Août 1952 (800 km).
  • - La première ville pouvant appeler Paris par voie entièrement automatique sera Montpellier le 25 mars 1954, suivie de Lille le 1er avril 1954.
  • - Les limitations de combinaisons possibles dans les traducteurs de Paris et Région Parisienne (150 directions) imposeront en 1955 la réservation de l'indicatif interurbain 16 pour une mise en service réelle le 18 janvier 1958 (seul numéro spécial alors encore disponible entre le 10 et le 19).

En 1953, en raison de l’extension du réseau téléphonique, du succès qu’il rencontre et en raison des pénuries de combinaisons prononçables des préfixes à 2 lettres devant toujours être de surcroît attribués en relation à un lieu particulier de la zone à numéroter, la Commission du Plan de Numérotage National des Abonnés décide que l’hexagone (hors département de la Seine 75) bascule à la numérotation tout en chiffres pour tous les nouveaux commutateurs ou toutes les nouvelles extensions mises en service à partir de cette année.

  • - La province conserve les anciens préfixes à 2 lettres préexistants (par exemple Lyon ou Marseille), ou suivant les cas les préfixes à 1 lettre (par exemple Rouen).
  • - Attention, certaines villes n'ont jamais utilisé de lettres dans leur numéros de téléphones (Par exemple Strasbourg, Bordeaux ou Grenoble).
  • - La province adopte les préfixes ultérieurs à 2 chiffres (par exemple Lyon ou Marseille), ou suivant les cas les préfixes à 1 chiffre (par exemple Rouen).
  • - Les départements de Seine-et-Marne, d’Oise (alors inclus en Région Parisienne) et de Seine-et-Oise (c'est-à-dire actuellement les Yvelines, l’Essonne et le Val-d’Oise) remplacent les préfixes à 3 lettres par 3 chiffres y compris pour les éventuels anciens préfixes à 3 lettres qui basculent donc en chiffres.
  • - Le département de la Seine (c'est-à-dire actuellement les départements de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne plus quelques villes détachées de la Seine-et-Oise) conserve ses préfixes à 3 lettres.
  • (Les préfixes "historiques" utilisant des lettres seront tous remplacés progressivement ville par ville par les chiffres correspondants et ce au plus tard en 1963)


En 1955, suite aux travaux de la Commission Administrative des PTT créée en 1952 et qui rendit ses conclusions dès 1953, présidée par l'Ingénieur Général Antoine Chovet, le Plan de Numérotage téléphonique entre en vigueur par déploiement progressif commutateur par commutateur, pour faire face à l’extension du réseau téléphonique qui avait été insuffisamment anticipée au départ, ainsi qu’à l’automatisation interurbaine débutée en 1951, nécessitant alors une rationalisation « mathématique » dans l’attribution des numéros des abonnés, en fonction de critères géographiques et organisationnels novateurs, en tenant compte que la plupart des destinations demandées concernent par ordre d’importance : des appels urbains, puis des appels passés dans le même département, puis dans les départements limitrophes ; les appels de longue distance étant alors marginaux ainsi que les internationaux.

Le cahier des charges est donc à cette époque :

- De faire en sorte que les abonnés composent le moins de chiffres possibles sur leur cadran téléphonique d’appel par commodité,

- De préparer l’automatisation interurbaine dans l’hexagone qui reste en réalité à déployer,

- De traiter en conséquence le plus localement possible par le même commutateur, ou par un commutateur le plus voisin possible, la communication demandée en mode automatique sans passer par de grands centres interurbains automatiques de transit qui n’existent encore pratiquement pas,

- De tenir compte également que les capacités d’écoulement d’un réseau, alors constitué de commutateurs téléphoniques à organes tournants, possède une capacité d’écoulement de trafic intercentre des plus symboliques qui est d’autant plus faible au fur et à mesure que la distance entre les deux abonnés s’accroît car les faisceaux de communication de grande longueur n’existent alors qu’en nombre restreint voire contingenté, au sortir d’une crise boursière planétaire, de deux guerres mondiales et en pleine guerre d’Indochine…

- De tenir compte que plus la numérotation de base comporterait de chiffres à composer, plus elle nécessiterait la multiplication pléthorique d’équipements électromécaniques coûteux et très volumineux (comme des baies de sélecteurs supplémentaires) dans les centraux où la quasi-totalité des commutateurs sont électromécaniques à organes tournants à cette époque.

ZND : Le réseau se maille de plus en plus et la solution décidée tenant compte de tous les facteurs précités consiste à réorganiser le plan de numérotage téléphonique par Zones de Numérotage de Département (ZND) qui se superposent plus ou moins aux départements. C’est ce que l’administration des télécommunications tente de réaliser le plus souvent possible. Un département, donc une ZND, reçoit en général un seul indicatif (AB).

Nota : chaque ZND est constituée par un regroupement de plusieurs Circonscriptions de Taxe qui ne se chevauchent pas. Dans chaque Circonscription de Taxe les abonnés téléphonent au tarif local de 1 Taxe de Base. Dès qu'un appel sort de la circonscription de l'appelant, un système de tarification complexe basé sur la distance entre les deux chefs-lieux de Circonscriptions de Taxes détermine un tarif de conversation.

Il existe alors en France un nombre important de tarifs basés d'une part sur la distance à vol d'oiseau entre chefs-lieux, et d'autre part à l'appartenance des chefs-lieux au même département (intra ZND), ou à des départements limitrophes (intra ZRN), ou en dehors de la ZRN.

Les combinaisons de ces multiples facteurs sont très complexes et en font d'ailleurs le système tarifaire de taxation le plus complexe du monde à cette époque.

À signaler le cas particulier du département de la Seine ne formant qu'une seule Circonscription de Taxe dans une seule et unique ZND, la ZND dite de Paris et 1ère couronne, la 1ère couronne, encore nommée zone suburbaine, étant constituée des communes limitrophes à Paris ainsi que des communes limitrophes à celles-ci.

ZRN : Sont aussi formées des Zones Régionales de Numérotage (ZRN) : schématiquement, il est créé une ZRN par département, qui comprend ce département considéré ainsi que les départements limitrophes. Ainsi chaque ZRN à 6 chiffres en chevauche plusieurs autres. Dans une même ZRN, les abonnés se téléphonent entre eux en composant seulement les 6 chiffres de leur correspondant : PQ MC DU.

Nota : même si les ZRN à 6 chiffres se chevauchent en France, il est impossible qu’une ZRN de province chevauche la ZRN de la Région Parisienne, vu que la numérotation régionale y est à 7 chiffres.

Dès 1955, le principe d’une double numérotation est mis en œuvre. Chaque abonné se voit donc attribuer un numéro national (aussi dénommé numéro significatif) à 8 caractères, associé au numéro régional correspondant de 6 chiffres ou 7 caractères :

C’est à cette époque que naît la dénomination ABPQMCDU de la numérotation téléphonique.

Concernant la Province :

- Le AB PQ MC DU représente le numéro national à 8 chiffres de l’abonné.

- Le PQ MC DU son numéro régional à 6 chiffres correspondant.

- Un indicatif (AB) représente le numéro de Zone de Numérotage de Département (le département, en général).

- Un Préfixe Quantitatif, noté PQ, représente à cette époque le numéro du commutateur.

- Il ne peut exister sur l’ensemble du territoire métropolitain qu’un maximum de 80 indicatifs (AB) vu qu’il a été historiquement décidé que le chiffre 0 ne commencerait jamais de numéro téléphonique national, ainsi qu’un maximum de 90 PQ possibles pour chaque ZRN, pour la simple raison que les 2 premiers chiffres composés au cadran compris entre 10 et 19 sont affectés (ou réservés pour le futur) aux « Services Spéciaux » (comme le préfixe 16 pour l’interurbain automatique) et ne sont donc ni intégrables au plan de numérotage national à 8 chiffres, ni aux plans de numérotage régionaux à 6 chiffres.

- De plus, dans chaque ZRN à 6 chiffres, bien que comportant en général plusieurs indicatifs (AB), nous sommes donc toujours limités à 90 combinaisons de PQ de 10.000 abonnés MCDU chacune : 900.000 abonnés maximum par ZRN. En effet, si un PQ pouvait être attribué à plusieurs indicatifs (AB) d’une même ZRN, il existerait alors dans cette ZRN plusieurs numéros de téléphones régionaux identiques à 6 chiffres PQ MC DU, ce qui rendrait l’acheminement des communications impossible en mode automatique. Ceci provoque une perte inévitable de ressources en numéros téléphoniques attribuables.

Concernant la Région Parisienne :

- Le A BPQ MC DU représente le numéro national à 8 caractères de l’abonné.

- Le BPQ MC DU son numéro régional à 7 caractères correspondant.

- Un indicatif (A) –fixé à la valeur (1) en 1955– représente le numéro de Zone Régionale de Numérotage (c'est-à-dire l’ensemble de la Région Parisienne de l’époque : les départements de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et d’Oise).

- Un Préfixe Quantitatif à 3 caractères, noté BPQ.

- Il ne peut exister que 900 combinaisons BPQ possibles, pour la simple raison que les 2 premiers chiffres composés au cadran compris entre 10 et 19 sont affectés (ou réservés pour le futur) aux « Services Spéciaux » (comme le préfixe 16 pour l’interurbain automatique), ce qui fait que le (B) égal à 1 en Région Parisienne ne peut pas exister. Par voie de conséquence ceci interdit techniquement l’usage de 100 combinaisons BPQ dans cette ZRN à 7 chiffres.

- De plus, par souci d’harmonisation par rapport à la province, les numéros PQ de 10 à 19 sont volontairement éliminés de la numérotation régionale parisienne. Ceci est la raison pour laquelle il n’existe jamais de lettres rouges autour du chiffre 1 de l’émail des cadrans téléphoniques administratifs apparus en 1927. Donc, en Région Parisienne, 10 PQ commençant par le chiffre 1 pour les 9 B possibles sont volontairement éliminés, soit 90 PQ supplémentaires à retrancher.

- En revanche, la ZRN de Région parisienne à 7 chiffres ne peut pas chevaucher de ZRN limitrophe, ce qui fait que dans cette ZRN à 7 chiffres, il est possible d’attribuer un maximum réel de 9 B de 90 PQ chacun, soit 810 BPQ de 10.000 abonnés MC DU. Soit un maximum de 8,1 millions d’abonnés

- Sachant que pour les départements de Seine-et-Marne, Oise et Seine-et-Oise, le préfixe (B) est fixé à la valeur 9 et donc limite le nombre de lignes téléphoniques maximal pour la 2ème couronne et la grande banlieue qu’à 1 B de 90 PQ, soit 90 BPQ de 10.000 abonnés MCDU possibles soit 900.000 abonnés maximum,

- Sachant que pour le département de la Seine (Paris et 1ère couronne), sont disponibles 8 B de 90 PQ, soit 720 BPQ de 10.000 abonnés MC DU. Soit un maximum de 7,2 millions d’abonnés pour Paris et la 1ère couronne.

Nota : Concernant les Préfixes Quantitatifs PQ, la multiplication du nombre de commutateurs puis l’avènement ultérieur des commutateurs à grande capacité supérieurs à 10.000 abonnés signe ici le fait que depuis plus de 40 ans, les numéros de commutateur soient complètement disjoints des Préfixes Quantitatifs téléphoniques, un seul commutateur pouvant inclure jusqu’à 10 Préfixes Quantitatifs (soit 100.000 abonnés). De nos jours, un numéro de commutateur est composé par 4 caractères : 2 lettres suivies de 2 chiffres, ce qui n’a donc plus aucun point commun avec les Préfixes Quantitatifs qu’il gère.

- Lorsqu’un abonné de province souhaite appeler un abonné situé dans sa propre ZRN (c'est-à-dire dans son département et les départements limitrophes), il ne compose alors que les 6 chiffres du numéro régional de son correspondant : PQ MC DU, comme à l’époque du plan de 1946.

- Lorsqu’un abonné de province souhaite appeler un abonné situé en province hors de sa propre Zone Régionale de Numérotage, ou en Région Parisienne, il compose le préfixe interurbain 16 si sa zone est équipée de l’interurbain automatique, attend la tonalité spécifique du centre interurbain (mélange de 330Hz et 440Hz), puis compose le numéro national à 8 chiffres de son correspondant : AB PQ MC DU ou à 8 caractères (dont 3 lettres) pour joindre le département de la Seine : 1 £££ MC DU. En automatique, le préfixe interurbain 16 sert à indiquer au commutateur d’abonnés que l’abonné va traiter un appel national, situé en dehors de la zone de l’appelant.

- Lorsqu’un abonné de Région Parisienne souhaite appeler un abonné situé en Région Parisienne, il téléphone en fait dans la même ZRN que lui, donc il compose alors le numéro régional de son correspondant comme à l’époque du plan de 1946 : les 3 lettres suivies des 4 chiffres MC DU si le correspondant est situé dans le département de la Seine, ou les 7 chiffres BPQ MCDU si le correspondant est situé dans le département de Seine-et-Marne, d’Oise ou de Seine-et-Oise.

- Lorsqu’un abonné de Région Parisienne relié à l’automatique interurbain souhaite appeler un abonné situé hors de Région Parisienne, il téléphone en fait hors de sa ZRN, donc il compose alors le préfixe interurbain 16, puis attend la tonalité spécifique du centre interurbain et compose le numéro national à 8 chiffres de son correspondant : AB PQ MC DU.

Le plan de numérotage de 1955, basé simultanément sur des numéros nationaux à 8 chiffres et de numéros régionaux correspondant à 6 ou 7 chiffres fut une réponse astucieuse à cette époque de contraintes et de pénuries en financements, en commutateurs et en voies de transmission des communications ; en fait d’un réseau notoirement sous-équipé, situation qui sera décrite par Fernand Raynaud dans son célèbre sketch du 22 à Asnières.

Ce plan fut le seul moyen possible utilisé pendant 30 ans par l’administration des télécommunications pour gagner du temps en gérant au mieux la pénurie de ressources, au prix cependant, d’une exploitation des ressources en numéros téléphoniques disponibles qui ne pouvait pas être optimale en raison du découpage même organisé par ce plan en Zones Régionales de Numérotage « intermédiaires » à 6 chiffres et ceci pour deux raisons majeures :

1° Il y a une première neutralisation massive des combinaisons de numéros possibles vu qu’à l’intérieur d’une ZRN de province où le plan de numérotage est fixé à 6 chiffres, les indicatifs (AB) qui la composent ne sont jamais utilisés pour différencier les numéros d’abonnés. Donc dans une ZRN, ne sont de toute manière possibles que 90 combinaisons de PQ, soit 900.000 abonnés au maximum quel que soit le nombre d’indicatifs (AB) qui la composent. Un numéro PQ ne peut donc être attribué qu’à un seul indicatif (AB) de la même ZRN à 6 chiffres. Prenons l’exemple d’une ZRN de province qui comporte 4 départements pourvus chacun d’un indicatif (AB), il y a donc 4 indicatifs (AB) dans cette ZRN. Comme le plan téléphonique dans une ZRN de province est fixé à 6 chiffres, seuls 90 PQ sont donc possibles, soit 900.000 numéros de téléphones et ce malgré l’emploi de 4 indicatifs (AB) qui ne seront jamais utilisés à plein rendement dans cette ZRN, vu qu’il préexiste cette limite infranchissable de 900.000 abonnés par ZRN à 6 chiffres. Pour cette ZRN à 4 départements, nous avons donc (90 combinaisons de PQ x 4(AB) différents – 90 combinaisons de PQ réellement possibles), soit 360-90 = 270 combinaisons de 10.000 abonnés, soit 2,7 millions de numéros téléphoniques irrémédiablement perdus pour une ZRN à 4 départements et à 4 indicatifs (AB).

2° De surcroît, comme les ZRN de province (environ 80, soit le nombre approximatif de départements) en chevauchent plusieurs autres, encore plus de numéros de téléphones supplémentaires sont « détruits » à cause du chevauchement ! Par exemple, imaginons le cas d’un département qui fasse partie de 2 ZRN et que ce département possède un indicatif (AB) qui lui soit propre. La ZRN n°1 va lui interdire d’employer un certain nombre de PQ avec son indicatif départemental (cas étudié au 1°), mais la ZRN n°2 qui chevauche ce même département ne pourra plus que choisir, pour ses autres départements restants à pourvoir, des PQ différents de ceux déjà utilisés par le département chevauché. Sachant qu’une ZRN chevauche plusieurs autres ZRN (3, 4, 5 voire 7), des combinaisons interdites supplémentaires vont apparaître et neutraliseront plusieurs blocs de numéros téléphoniques AB PQ.

3° En revanche, même si un PQ ne peut être associé qu’à un seul indicatif (AB) des différentes ZRN dont il fait partie et qui se chevauchent, un PQ peut être associé à d’autres indicatifs (AB) faisant partie d’autres ZRN qui ne se chevauchent jamais (donc à d’autres ZRN géographiquement très éloignées). Par ce moyen, les pertes sont en parties limitées au niveau national, d’où l’importance de procéder à un judicieux découpage des ZRN ainsi qu’à un choix astucieux de leurs chevauchements respectifs ainsi que dans l’attribution des valeurs numériques suivant des critères géographiques aux indicatifs (AB) et aux PQ pour chaque ZRN ; attribution qui ne peut donc jamais être optimisée partout en même temps sur le territoire métropolitain (Optimisation possible jusqu’à 60% de numéros utilisables suivant les régions en cas de forte densité et choix judicieux mais pouvant tomber jusqu’à 20% dans des régions à faible densité.)

Cette situation de gaspillage de numéros de téléphones, supportable tant que le nombre d’abonnés au téléphone restait limité, ne pouvait qu’exploser ultérieurement concernant les zones à forte densité de population. C’est ainsi que des mesures correctives seront successivement prises dans l’urgence entre 1974 et 1980 pour parer à la pénurie de numéros téléphoniques attribuables dans les départements les plus saturés.

ExtraitTableauZRN

Ci-dessus : représentation partielle de l’enchevêtrement des Zone Régionales de Numérotation. (source : Encyclopédie des PTT, 1957, éd. Rombaldi)

Parmi, prenons un cas concret : le département de la Haute-Garonne est une Zone de Numérotage Départementale dotée de son indicatif interurbain AB = 61. Comme toute ZND il va constituer sa propre Zone Régionale de Numérotage à 6 chiffres en y intégrant ses départements mitoyens, au nombre de 7.

Mais ce département va aussi faire partie de 7 autres Zones Régionales de Numérotage, en plus de la sienne, soit 8 ZRN en tout.

De surcroît, ces 7 départements mitoyens vont aussi constituer leur propre Zone Régionale de Numérotage à 6 chiffres en y intégrant à leur tour leurs départements mitoyens, et ainsi de suite, sachant que nous sommes toujours limités à 90 combinaisons de PQ (soit 900.000 abonnés) par ZRN. Or, les ZRN se chevauchent !

Il s’agit bel et bien de cet enchevêtrement de ZRN non disjointes, qui se recouvrent donc partiellement, qui fait perdre une grande partie de la ressource mathématique en numéros disponibles avec ce plan de numérotage à 6 chiffres régionaux.

En plus de risquer la pénurie d’équipements téléphoniques de commutation, l’on pouvait, si l’organisation du plan de numérotage était traitée à la légère de surcroît souffrir de pénuries de numéros de téléphones mathématiquement attribuables pour pouvoir mettre en service les abonnés, et ce même si l’administration disposait des équipements matériels en nombre suffisant !

En 1955, la France est désormais découpée en 80 Zones Régionales de Numérotage.

  • - 79 ZRN avec un format de numéros régionaux à 6 chiffres (indicatif interurbain AB à 2 chiffres) ,
  • - 1 ZRN avec un format de numéros régionaux à 7 chiffres (indicatif interurbain A à 1 chiffre) , en l'occurrence Paris et la Région de Paris.

TableauDesIndicatifsABen1955

Ci-dessus :  tableau des indicatifs interurbains AB en vigueur en 1955. 

( chaque AB correspond à 1 Zone de Numérotage Départementale, c'est à dire sauf quelques exceptions, à 1 département ).

Il ne subira que quelques modifications jusqu'en 1973.

À noter que l’AB = 50 n’est pas utilisé, il est gardé en réserve.

(source : Encyclopédie des PTT, 1957, éd. Rombaldi)


PlanVers1955

Ci-dessus : Plan des indicatifs interurbains AB en vigueur peu après 1955.

( chaque AB correspond à 1 Zone de Numérotage Départementale, c'est à dire à quelques exceptions, à 1 département ).

 À noter que le département de l'Oise est désormais rattaché à la Région Parisienne (A=1).

À noter que l'AB = 30, anciennement affecté à l'Oise et l'AB = 50 ne sont pas utilisés, il sont gardés en réserve.

(source : CNET 1974)


En 1958, début de l'international automatique : concernant les communications à destination de l’étranger, rien n’est encore automatisé. Avant 1958, le demandeur passe toujours par la voie manuelle. Il est mis en relation avec des opératrices de départ qui s’occupent manuellement de l’établissement de la communication avec le pays demandé. 

Ce n’est qu’à partir du 29 mars 1958 que la situation commence timidement à changer : la première liaison automatique internationale sera ouverte dans le sens France vers Étranger entre la France et la Belgique (Paris et Bruxelles) par le biais d’une sorte d’expérimentation «locale» inaugurée par M. le Secrétaire d’État aux PTT Eugène Thomas via le CIAD (Centre Interurbain Automatique de Départ) réalisé en matériel Rotary 7B1 mis en service récemment à Paris - Bonne Nouvelle le 18 janvier 1958.

À ces débuts, les communications à destination de Bruxelles obtenues à partir de Paris sont routées comme s'il s'agissait de communications interurbaines, via le récent préfixe interurbain (16). 

Dans le but d'unifier les systèmes de télécommunications internationaux Le CCITT attribue en 1962, pour chaque pays, un indicatif qui lui est propre, pour que chaque pays puisse être joint facilement. La France se voit affecter l'indicatif de pays : 33.

À partir de la France, pour joindre l'étranger, le préfixe international automatique d'appel dédié (19) ne sera créé qu'en 1964 (voir année 1964 de la chronique)

Nota : le préfixe (19) a été précédemment utilisé pour les Dérangements, vers la fin des années 1950, quand à cette époque les Dérangements furent dissociés du service des Réclamations (13). Cet usage séparé n'a donc pas duré. L'on retrouve parfois sur d'anciens téléphones modèles U43 de cette période une étiquette comportant cette numérotation, étiquette spéciale toujours fabriquée en aluminium, et non comme à l'habitude en carton bristol.


En 1963, par la circulaire du 21 septembre 1963 (BO PTT 1963, document 258 T 34 page 89), constatant que le département de la Seine (Paris et 1ère couronne) commence à subir la même pénurie de combinaisons prononçables et vraisemblables de lettres à mettre en relation avec un lieu considéré, comme ceci arriva en province dix ans auparavant, l’administration des télécommunications décide unilatéralement de supprimer l’emploi des lettres pour les numéros de ce département à partir du 1er octobre.

C’est une petite révolution qui est mal vécue par les parisiens, mais qui permet d’une part l’harmonisation de l’emploi de la numérotation en l’alignant sur l’ensemble de l’hexagone, mais permet de surcroît de créer de nouvelles combinaisons qui eussent été invraisemblables ou imprononçables sous forme de lettres. Il est à noter que malgré ce changement, l’emploi des anciens préfixes à lettres préexistant à ce changement reste alors en usage et même toléré par l’administration des télécommunications. Cet usage perdure donc, pour les plus âgés des parisiens et de la 1ère couronne, jusqu’au futur plan de numérotation qui interviendra en 1985.

Par exemple, le préfixe ANJou devient le préfixe 265, ce qui a moins de charme, mais du coup il devient possible de créer le préfixe supplémentaire contigu 266 qui n’est rattaché à aucun lieu-dit particulier, afin de pouvoir facilement doubler, avec le moins d’équipements électromécaniques supplémentaires possibles, la capacité de ce centre téléphonique de Paris très saturé en créant de nouvelles combinaisons de numéros devenues possibles, pour peu que les extensions électromécaniques des commutateurs qui correspondent soient installées...

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Ci-dessus :

Circulaire du 21 septembre 1963 généralisant l'usage des chiffres dans les numéros de téléphones de Paris (et première couronne - zone suburbaine).

L'annexe N°1 désigne les ultimes BPQ de Paris utilisés juste avant leur conversion en chiffres.

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Notons au passage que les BPQ, qui sont des Préfixes Quantitatifs venant après l'Indicatif, sont désignés par abus de langage comme étant des Indicatifs...


En 1964, Le préfixe international automatique 19 est mis en service le 24 novembre 1964 (Il avait été réservé dès 1960). Les premières chaînes dédiées de départ automatiques vers l’international sont mises en service, uniquement pour quelques pays, comme l’Allemagne ou le Maroc. Ce n'est qu’au fur et à mesure de l’automatisation du réseau téléphonique de chaque pays que l’international deviendra progressivement automatique…

L’abonné compose alors le préfixe 19, attend la tonalité spécifique du centre international (il s'agira d'abord d'un indicatif musical, qui sera ultérieurement remplacé à partir du 4 décembre 1971 à 8H00 du matin par une tonalité à 850 Hz, puis ultérieurement (avant 1977) par une tonalité différenciée (330Hz et 440Hz mélangés)), puis compose l’indicatif du pays suivi immédiatement du numéro de son correspondant à l’étranger.

  • - En France, le premier centre téléphonique international automatique de départ CADET (Centre Automatique de Départ vers l’ÉTranger), construit en matériel Pentaconta à partir de 1961 est mis en service à Paris le 24 novembre 1964 à Paris-Pastourelle I (il s'agit de la chaîne 1). (les deux premières destinations ouvertes sont l'Allemagne et la Grande-Bretagne)
  • - Concernant le trafic arrivée en provenance de l'international automatique, c'est le CINAT (Centre International et National d’Arrivée et de Transit) réalisé en matériel Pentaconta déjà mis en service le 10 juillet 1963 qui assure cette fonction (il s'agit de la chaîne 2).
  • - Puis à partir du 16 février 1971, le CATON (Centre d’Arrivée et de Transit d'Origine Nationale) réalisé en matériel Pentaconta CT4 (Commutation sur 4 fils) à Paris-Pastourelle II sera chargé, comme seconde mission, d'accroître les capacités du réseau international d'arrivée de la chaîne 2.

Pour la France, le 33 est l’indicatif entrant vers notre pays attribué par le Comité Consultatif International Téléphonique et Télégraphique par sa recommandation E.29 du 26 juin 1964.


En 1967, un préfixe supplémentaire, le 15, est mis à la disposition des abonnés de la Région Parisienne pour l’accès à l’interurbain automatique (préfixe déjà utilisé en outre en province en interurbain manuel), via le centre DIANE (Deuxième Interurbain Automatique National d'Extension), à Paris-Bonne Nouvelle, réalisé en matériel Pentaconta ouvert à Paris le 20 juillet 1967.

À cette époque, lorsqu’un abonné relié à l’automatique de Région Parisienne souhaite appeler un abonné situé hors de Région Parisienne, il compose alors le préfixe interurbain 16 ou 15 suivant la moitié de la France que l’abonné de Paris ou de Région Parisienne souhaite joindre, puis attend la tonalité spécifique du centre interurbain (il s'agira d'abord d'un indicatif musical, qui sera ultérieurement remplacé à partir du 4 décembre 1971 à 8H00 du matin par une tonalité à 850 Hz, puis ultérieurement (avant 1977) par une tonalité différenciée (330Hz et 440Hz mélangés)) et compose le numéro national à 8 chiffres de son correspondant : AB PQ MC DU.

Le préfixe interurbain 15 ne se généralisera pas et sera repris par le préfixe 16 courant 1978 ; le préfixe 15 étant réaffecté dès 1979 au SAMU. (ouverture à partir du 27 mai 1980 du 1er Centre SAMU 15, dans l'Aube).

De plus après l'ouverture à Paris-St Lambert, du Centre interurbain automatique d'arrivée le 26 mars 1972, l’ouverture du CADIS (Centre Automatique de Départ Interurbain Saint-Lambert) le 3 juin 1972, réalisés en matériel Pentaconta, permettant à une moitié de la Région Parisienne de joindre la totalité de la France en automatique via le préfixe 16, active la généralisation du préfixe 16 au détriment du préfixe 15.

Ainsi durant l’existence du centre interurbain parisien DIANE, les abonnés de la Circonscription de Taxe de Paris (incluant l’ancien département de la Seine, plus Meudon, Sèvres, Saint-Cloud et les trois aéroports du Bourget, Orly et Villacoublay) composaient le préfixe interurbain 15 pour joindre les départements suivants : 01, 03, 04, 05, 06, 07, 09, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 2A, 2B, 23, 24, 26, 28, 31, 32, 33, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 49, 53, 54, 55, 57, 63, 64, 65, 69, 72, 73, 74, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87 et 88.

Quant aux autres départements : 02, 08, 10, 11, 14, 21, 22, 25, 27, 29, 30, 34, 35, 39, 48, 50, 51, 52, 56,58, 59, 61, 62, 66, 67, 68, 70, 71, 76, 89 et 90, il sont obtenus au départ de Paris à partir du préfixe interurbain « habituel »16.


En 1970, sous l’impulsion du Directeur Général des Télécommunications Pierre Marzin, débute l’étude d’un nouveau plan de numérotage national à venir, en raison de la saturation prévisible dans les zones à forte densité de population qui point.

En 1972, sous l'impulsion du nouveau Directeur Général des Télécommunications Louis-Joseph Libois, est créée au début de cette année une Commission chargée de préparer un Nouveau Plan de Numérotage. Cette Commission se réunit pour la première fois dès le 15 février 1972 et ouvre officiellement ses travaux.


Fin 1973, la France demeure toujours  découpée en 80 Zones Régionales de Numérotage (même si quelques découpages géographiques et quelques renumérotations d'indicatifs interurbains se produisirent depuis 1955.)

  • - 79 ZRN avec un format de numéros régionaux à 6 chiffres (indicatif interurbain AB à 2 chiffres) ,
  • - 1 ZRN avec un format de numéros régionaux à 7 chiffres (indicatif interurbain A à 1 chiffre) , en l'occurrence Paris et la Région de Paris incluant alors l'Oise.

TableauDesIndicatifsABen1973

Ci-dessus : tableau des indicatifs interurbains AB en vigueur en Août 1973.

(Chaque AB correspond à 1 Zone de Numérotage Départementale, c'est à dire sauf exception, à 1 département)

À noter que l’AB = 50 est désormais utilisé, mais que l’AB = 44 ne l'est plus : il a été récupéré de la Vendée depuis le 1er mai 1967 pour pouvoir le redonner ultérieurement à l'Oise. Et à la Vendée, l'AB=30 lui a été rétrocédé (sachant que l'AB=30 était en 1955 utilisé par... l'Oise !)

(source : Documents d'Information des Télécommunications)


PlanEntre1955Vers1974

Ci-dessus : Plan des indicatifs interurbains AB en vigueur vers 1974-76.

( chaque AB correspond à 1 Zone de Numérotage Départementale, c'est à dire à quelques exceptions, à 1 département ).

À noter que le département de l'Oise n'est désormais plus rattaché à la Région Parisienne.

À noter que certaines zones ont été découpées de manière particulière, à l'intérieur même des départements, notamment autour de Lyon+Savoie, et au niveau des Bouches-du-Rhône vers le début des années 1970.

À noter que l' AB = 30 a été réaffecté à la Vendée, mais que l'AB 44 est réutilisé par l'Oise. L'AB = 50 est affecté à la Haute-Savoie.

(source : CNET)


De 1974 jusqu’en 1981, l’administration des télécommunications constatant les graves signes de faiblesse du plan de numérotage téléphonique de 1955 décide d’agir via la note circulaire n°59 du 27 mai 1974 du Directeur Général des Télécommunications Gérard Théry.

En effet, il est constaté d’une part que certaines zones à faible densité de population mobilisent des indicatifs de Zones de Numérotage de Département (AB) qui ne seront jamais employés à pleine capacité dans ces départements et d’autre part que certains territoires ont vu en une génération leur population et leurs besoins en ressources téléphoniques exploser.

Le principe est de réduire le nombre de Zones de Numérotage de Département (AB) en fusionnant les plus "désertiques", et de récupérer ainsi quelques indicatifs (AB) qui pourront être réutilisés ailleurs dans des zones à forte densité de population.

Ainsi, les zones à faible densité de population sont dénumérotées puis renumérotées en les regroupant sur un nombre plus réduit d’indicatifs de Zones de Numérotage de Département (cas des départements montagneux, par exemple).

Liste des cas de regroupements de départements intervenus à partir de 1974, en vue de récupération d’indicatifs (AB), et / ou d’opérations ultérieures plus complexes :

  • -le 14 août 1974, la Nièvre (AB=83) et l’Yonne (AB=86) sont regroupées sous un même AB=86, afin de récupérer l’AB=83. (ultérieurement pour la Meurthe-et-Moselle)
  • -le 1er février 1975, le Gard (AB=66) et la Lozère (AB=68) sont regroupés sous un même AB=66, afin de récupérer l’AB=68 pour être réutilisé le 14 mai 1976. (ultérieurement pour l’Aude et les Pyrénées-Orientales)
  • -le 1er février 1975, la Haute-Vienne (AB=55), la Corrèze (AB=52) et la Creuse (AB=51) et sont regroupées sous un même AB=55, afin de récupérer l’AB=51 (ultérieurement pour la Vendée) et l’AB=52 (envisagé pour le département du Nord, puis finalement mis en réserve).
  • -le 5 mars 1975, la Sarthe (AB=43) et la Mayenne (AB=42) sont regroupées sous un même AB=43, afin de récupérer l’AB=42. (ultérieurement pour les Bouches-du-Rhône)
  • -le 7 mai 1975, le Lot-et-Garonne (AB=58) et les Landes (AB=57) sont regroupés sous un même AB=58, afin de récupérer l’AB=57 (un temps envisagé pour la Vendée, puis finalement mis en réserve).
  • -le 30 juin 1975, l’Aveyron (AB=65) et le Lot (AB=60) sont regroupés sous un même AB=65, afin de récupérer l’AB=60. (ultérieurement pour l’Île-de-France)
  • -le 8 juillet 1975, le Cantal (AB=71) et la Haute-Loire (AB=72) sont regroupés sous un même AB=71, afin de récupérer l’AB=72. (ultérieurement pour l’agglomération de Lyon)
  • -le 6 mai 1976, l’Aube (AB=25) et la Haute-Marne (AB=27) sont regroupées sous un même AB=25, afin de récupérer l’AB=27. (ultérieurement pour le sud du département du Nord)
  • -le 13 mai 1976, la Vienne (AB=49) et les Deux-Sèvres (AB=48) sont regroupées sous un même AB=49, afin de récupérer l’AB=48. (ultérieurement pour le département du Cher)
  • -le 14 mai 1976, les Pyrénées-Orientales (AB=69) et l’Aude (AB=64) sont regroupées sous un même AB=68, afin de récupérer les AB=64 et AB=69. (ultérieurement pour l’Île-de-France)
  • -le 8 septembre 1976, la Haute-Saône (AB=84) et le Jura (AB=82) sont regroupés sous un même AB=84, afin de récupérer l’AB=82. (ultérieurement pour la Meurthe-et-Moselle)
  • -le 27 janvier 1977, la Vendée (AB=30) change et devient (AB=51), pour récupérer l'AB=30 (ultérieurement pour l'Île-de-France)
  • -Le 19 février 1977, l’Indre (AB=54) et le Loir-et-Cher (AB=39) sont regroupés sous un même AB=54, pour récupérer l’AB=39 (ultérieurement pour l’Île-de-France)
  • -Le 7 mars 1977, la Manche (AB=33) et l’Orne (AB=34) sont regroupées sous un même AB=33, pour récupérer l’AB=34. (ultérieurement pour l’Île-de-France)
  • -L’AB=48 initialement attribué aux Deux-Sèvres en 1955, est remis en réserve le 13 mai 1976 puis réattribué au Cher peu après, et l’AB=36 initialement attribué au Cher est mis en réserve (probablement envisagé pour la Région Parisienne)
  • -Vers Septembre 1981, la Dordogne (AB=53) et le Lot-et-Garonne (AB=58) sont regroupés sous un même AB=53, afin de remettre en réserve l'AB=58 pour le réaffecter peu après dans les Landes, et récupérer l'AB=57 des Landes et le remettre en réserve (pour ?).

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Les indicatifs AB récupérés sont ensuite réutilisés comme second ou troisième indicatif dans les zones à forte densité téléphonique, ou pour des opérations encore plus complexes.

Évidemment, lorsqu'un indicatif AB est récupéré de quelque part, il faut le laisser inutilisé durant un certain nombre de mois, afin d'éviter les faux numéros en masse. En effet, réaffecter immédiatement un AB sur un nouveau département entraînerait trop d'erreurs de numérotation "par habitude". Durant cette période de réapprentissage des abonnés, il est nécessaire de renvoyer toute tentative de numérotation vers ces AB vers des répondeurs téléphoniques du type : "le numéro que vous avez demandé n'est plus en service actuellement..."

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Grâce aux indicatifs (AB) ainsi libérés il est possible d’agir de plusieurs manières différentes :

1) Réaffectation telle quelle dans d’autres départements plus peuplés des indicatifs (AB), pour créer dans ces zones à forte densité de nouveaux numéros régionaux supplémentaires à 6 chiffres. Mais cette solution n’est valable que pour une Zone Régionale de Numérotage si l’on dispose encore de préfixes PQ disponibles (dont la limite par ZRN est fixée à 90) pour créer par exemple quelques nouveaux commutateurs ou quelques extensions à certains endroits précis d’une ZRN concernée par une explosion démographique localisée.

Cas des Bouches-du-Rhône :

  • Le 17 septembre 1973, en raison de facilités dues aux distances et au relief, les villes du nord et de l'ouest du département (comme Arles et Salon-de-Provence) se voient désormais reliées au département de Vaucluse et prennent comme nouvel indicatif AB le (90).
  • L’indicatif AB (42) de la Mayenne se voit réaffecté au département des Bouches-du-Rhône entre la fin 1975 et le début 1976 ; département qui se voit attribuer 3 indicatifs en raison de la saturation de l’indicatif historique (91) due à Marseille alors 2ème ville de France. Le nouvel indicatif (42) redéployé servira désormais pour tout le centre du département (comme Aix-en-Provence). 
  • L’indicatif historique AB (91) se retrouve alors réservé uniquement à Marseille et quelques petites localités périphériques.

2) Anticipation dans certains départements complètement saturés sur toute leur surface géographique, malgré la récupération dès 1974 d’indicatifs (AB) supplémentaires issus de Zones de Numérotage de Département à faible densité de population, de ce qui constituera la nouvelle numérotation téléphonique prévue pour 1985, 

Cas de la région Nord / Pas-de-Calais :

  • -L’AB=27 récupéré le 6 mai 1976 du département de la Haute-Marne est mis en réserve pour le sud du département du Nord.
  • -Le 12 septembre 1976, le département du Nord (AB=20) se voit désormais institué en une ZRN fermée à 6 chiffres. Ainsi, à partir de cette date, les départements mitoyens (le Pas-de-Calais, la Somme, L’Aisne et les Ardennes) doivent numéroter en passant par le préfixe interurbain 16 pour joindre un abonné du département du Nord, et inversément.
  • -Le 1er septembre 1978, La Meurthe-et-Moselle (AB=28) abandonne son indicatif (AB=28) qui est mis en réserve pour le nord du département du Nord.
  • -Le 8 septembre 1979, le département du Nord (AB=20) jusqu’alors complètement saturé en ressources de numéros téléphoniques, les 90 préfixes quantitatifs PQ ayant tous été consommés, est divisé en trois ZRN avec trois AB : (AB=20), (AB=27), (AB=28). Ainsi, à partir de cette date, dans le département du Nord les abonnés de ces 3 ZRN ainsi créées dans un seul et même département doivent désormais se téléphoner via le 16 AB PQ MC DU dès qu’ils téléphonent dans une ZRN différente de la leur bien qu’incluse dans le même département. Cette solution permet de pouvoir attribuer 3 fois 90 PQ différents, donc tripler le parc de numéros téléphoniques attribuables dans ce département.

3) Création, par étapes, de nouvelles ZRN transitoires avec un numéro régional à 7 chiffres, sur le modèle de l’Île-de-France, accompagné d’un indicatif à 1 chiffre. Ainsi dans une nouvelle ZRN à 7 chiffres, plusieurs combinaisons supplémentaires de BPQ peuvent être créées en plus de celles existantes, d’autant plus qu’une ZRN à 7 chiffres ne peut pas être chevauchée par d’autres ZRN à 6 chiffres.

Cas de la Lorraine :

  • -L’AB=28 est attribué initialement aux départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle en 1955.
  • -L'AB=29 est attribué au département des Vosges en 1955.
  • -Ces 3 départements constituent une seule et même ZRN à partir de 1955.
  • -Le 11 juin 1976, les Vosges (AB=29) deviennent une ZRN à part entière ; La Meuse (AB=28) et la Meurthe-et-Moselle (AB=28) deviennent une ZRN à part entière.
  • -Le 1er juillet 1977, les Vosges (AB=29) et la Meuse (AB=28), départements peu peuplés, sont regroupés sous un même AB=29, afin de séparer la Meuse de la Meurthe-et-Moselle (AB=28), département surpeuplé.
  • -Le 1er septembre 1978, La Meurthe-et-Moselle (AB=28) abandonne son indicatif (AB=28) pour deux nouveaux indicatifs « recyclés » (AB=82) pour le nord de la Meurthe-et-Moselle et (AB=83) pour le sud (correspondant à l'ancienne Meurthe) et ainsi soulager ce département.
  • -Le 4 décembre 1979, La Meurthe-et-Moselle (AB=82) et (AB=83) et la Moselle (AB=87) sont transformées en une unique ZRN à 7 chiffres avec l’indicatif unique (A=8) pour augmenter encore plus les ressources en numéros de téléphones.

Cas  de l'agglomération lyonnaise et alentours :

  • -Vers 1974, l’Ain (AB=74), peu peuplé, récupère l’extrême nord de l’Isère (AB=76) pour soulager Grenoble ; et l’Ain (AB=74) récupère le département du Rhône (AB=78) sauf l’agglomération du grand Lyon, pour soulager Lyon durant quelques années. Ainsi donc, Lyon se retrouve-t-elle « enclavée » avec un AB=78 uniquement pour elle…
  • -Puis en 1979, la ville de Lyon (AB=78), récupère l’AB=72 provenant de la Haute-Loire : ainsi les abonnés de Lyon déjà existants conservent-ils leur numéro national à 8 chiffres commençant par l’AB=78, puis l’AB=72 est alors utilisé pour créer les nouveaux abonnés de la ville de Lyon, ce qui permet de doubler le parc de numéros de téléphones disponibles pour l'agglomération de Lyon. 
  • -Le 10 décembre 1979, la ville de Lyon est transformée d’une ZRN de 6 chiffres en une ZRN à 7 chiffres, avec l’indicatif (A=7) et des préfixes BPQ commençant par 8 pour les anciens numéros d’abonnés, et par 2 pour les numéros nouvellement créés.

4) Création de Zones Spéciales en Île-de-France. 

Division de la ZRN à 7 chiffres existante d’Île-de-France en 3 Zones Spéciales dès le 30 mars 1980 avec les indicatifs :

  • (A)=(1) pour Paris, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne, 
  • (A)=(3) pour les départements du Val d’Oise et des Yvelines,
  • (A)=(6) pour les départements de l’Essonne et de la Seine-et-Marne. 

Cette solution a permis de doubler la quantité de numéros de téléphones disponibles dans les départements de la grande couronne (Seine-et-Marne, Essonne et Val-d’Oise), sans trop modifier les habitudes des usagers d’Île-de-France. La région Île-de-France est vue de province comme étant formée de trois ZRN différentes, mais de l’intérieur de l’Île-de-France, la région est vue comme une seule ZRN. Les abonnés d’Île-de-France continuent donc à se téléphoner entre eux en utilisant les numéros régionaux de leurs correspondants à 7 chiffres BPQ MC DU.

  • L’AB=30 est attribué initialement à l’Oise en 1955, puis est réattribué à la Vendée vers 1957, puis, la Vendée se voit récupérer l’AB=51 le 27 janvier 1977, et l’AB=30 est mis en réserve pour la Région Parisienne.
  • L’AB=34, récupéré de l’Orne le 7 mars 1977, est mis en réserve pour la région Parisienne.
  • L’AB=39, récupéré du Loir-et-Cher le 19 février 1977, est mis en réserve pour la Région Parisienne.
  • L’AB=60, récupéré du Lot depuis le 30 juin 1975 est mis en réserve pour la Région Parisienne.
  • Les AB=64 et AB=69, récupérés de l’Aude et des Pyrénées Orientales depuis le 14 mai 1976 sont mis en réserve pour la Région Parisienne.
  • Le 30 mars 1980, les indicatifs 30, 34 et 39 sont réattribués aux Yvelines et au Val-d'Oise en étant « convertis » dans la ZRN à 7 chiffres (A=3).
  • Le 30 mars 1980, les indicatifs 60, 64 et 69 sont réattribués à l’Essonne et à la Seine-et-Marne en étant « convertis » dans la ZRN à 7 chiffres (A=6).

5) Cas de l'Oise, assez complexe. 

  • En 1955, l'Oise est un département de province comme les autres : il est pourvu de l' indicatif (AB) = (30). 
  • Vers 1957, le département de l'Oise est rattaché téléphoniquement à la Région Parisienne, et adopte donc la numérotation à 7 chiffres de la ZRN à 7 chiffres, avec l'indicatif (A) = (1). 
  • Mais en 1976, l'Oise est à nouveau séparée de la Région Île-de-France avec désormais un indicatif (AB) = (44), mais au lieu de revenir à un numéro régional à 6 chiffres PQ MC DU d'une ZRN à 6 chiffres, l'Oise conserve la numérotation régionale à 7 chiffres BPQ MC DU lorsque les abonnés du département de l'Oise se téléphonent entre-eux (comme s'ils étaient toujours dans la Région Île-de-France avec une ZRN à 7 chiffres), mais les abonnés de l'Oise sont vus par tout le reste du pays (Région Île-de-France tout comme toute la province) comme étant une ZRN à 6 chiffres avec un indicatif (AB) = (44)...

6) Séparation de deux départements initialement groupés en 1955 :

En 1955, 16 départements alors peu peuplés sont fusionnés par paire dès l’origine du Plan de numérotation.

  • – Meuse et Meurthe-et-Moselle : indicatif AB = 28 ;
  • – Haute-Garonne et Ariège : indicatif AB = 61 ;
  • – Gers et Hautes-Pyrénées : indicatif AB = 62 ;
  • – Tarn et Tarn-et-Garonne : indicatif AB = 63 ;
  • – Ardèche et Drôme : indicatif AB = 75 ;
  • – Savoie et Haute-Savoie : indicatif AB = 79 ;
  • – Haute-Saône et Territoire-de-Belfort : indicatif AB = 84 ;
  • – Hautes-Alpes et Basses-Alpes : indicatif AB = 92 ;

Si certains doublets de départements ont été refusionnés avec un autre département (Cas de la Meurthe-et-Moselle regroupée avec un nouveau département : la Moselle en lieu et place de la Meuse, ou encore cas de la Haute-Saône regroupée avec le Jura), deux départements ont été purement et simplement séparés, pour gagner suffisamment de combinaisons de numéros de téléphones possibles.

  • -La Savoie et la Haute-Savoie (AB=79) furent séparées vers 1972-73 : la Savoie conservant l’AB=79, et la Haute-Savoie récupéra l’AB=50 qui était mis en réserve depuis 1955.

Il est à noter qu'au moment des études en 1974 et 1975 sur la réforme du plan de numérotage à venir, il est sérieusement envisagé de passer par une étape intermédiaire de renumérotage général des indicatifs (AB) pour que ceux-ci suivent enfin les même numéros minéralogiques départementaux. Mais il n'en sera rien pour les raisons suivantes :

- La Région des Télécommunication de Paris (et région parisienne) qui n'a qu'un seul indicatif (A) = 1, ne pourra pas techniquement reprendre les numéros des 9 départements (Oise comprise) qui la composent, car le format des numéros régionaux est de 7 chiffres, et donner à cette région des indicatifs minéralogiques départementaux (donc à deux chiffres) ferait passer les numéros nationaux de 8 chiffres à 9 chiffres, et désorganiserait tout le plan : il faudrait adapter tous les commutateurs de France en rajoutant des baies de sélecteurs (notamment rotatifs) ce qui serait très coûteux, changer certains types d'enregistreurs et de traducteurs pour des modèles à plus grande capacité. De surcroît, les commutateurs R6 encore en service devraient même être tous changés, car vu leur architecture, ils ne pourraient pas supporter l'ajout d'un chiffre dans le format de numérotage.

- Un certain nombre de départements qui se partagent à deux départements un seul indicatif (AB) pose un problème politique cornélien : Quel indicatif départemental minéralogique choisir ? Celui du département X ou celui du département Y ? Lequel serait donc abandonné ? Lequel des deux départements ne pourrait pas avoir SON indicatif minéralogique départemental faire partie de ses numéros de téléphone ?

- Et de surcroît, concernant cet indicatif (AB) qui doit être malgré tout utilisé, car il n'y a que 80 indicatifs (AB) possibles en France, ce qui est limité, à quel autre département Z faudrait-il l'affecter, et qui devrait donc à son tour abandonner SON numéro minéralogique de département ? Etc...

Entre les impératifs technologiques et les troubles politiques qu'engendrerait une telle solution, ou certains départements pourraient adopter en indicatif (AB) leur propre numéro minéralogique de département, et ceux qui ne le pourraient pas, cette option n'a pas pu être retenue. L'administration devra se contenter de mener des études visant à anticiper les lieux de saturations les plus pressants à traiter et d'organiser, plus ou moins dans l'urgence des plans d'actions pour pouvoir patienter jusqu'en 1985 environ, date à laquelle il est déjà prévu de devoir changer de format de numérotage.


En 1978, le 15 mars, la décision définitive est prise par le Directeur Général des Télécommunications Gérard Théry de valider le passage à la numérotation à 8 chiffres à la date prévisionnelle d’Octobre 1985. L’ingénieur en Chef des Télécommunications Denis Fraysse, ayant repris le projet depuis 1975, a supervisé le projet d’adaptation du réseau téléphonique et spécialement des commutateurs pour la somme de 5 milliards de francs (somme élevée, mais à comparer à la valeur du réseau téléphonique français évaluée à 250 milliards de francs en 1983)


En 1980, les chaînes de facturation sont adaptées à la future numérotation à 8 chiffres. 

Jusqu’en 1985, la France est alors découpée en 70 Zones Régionales de Numérotage.

  • - 66 ZRN avec un format de numéros régionaux à 6 chiffres (indicatif interurbain AB à 2 chiffres),
  • - 4 ZRN avec un format de numéros régionaux à 7 chiffres (indicatif interurbain A à 1 chiffre).

Alors qu'en 1975, le délai moyen de raccordement au réseau téléphonique était de 18 mois, il tombe à 15 jours seulement en 1980.

CartePlanNum19781985

Ci-dessus : représentation du plan de numérotage de 1955 réaménagé en urgence entre 1974 et 1980, en vigueur jusqu'au 25 octobre 1985. Nous pouvons y lire les indicatifs interurbains A et AB. (Source : Les Télécommunications Françaises, 1982, éd. Ministère des PTT)


En 1981, le 1er octobre, le numéro de téléphone 14, jusque là affecté au Télégraphe depuis environ 1928, est réaffecté au réseau des Agences Commerciales des Télécommunications. (ACTEL). Deux expérimentations concluantes à Mulhouse et à Niort avaient eu lieu en 1980.

Le Service du Télégraphe est renommé Télégrammes Téléphonés et devient accessible par le 36.55 (existe toujours).

Le 22 septembre 1981 est ouvert à l'expérimentation le service Libre Appel à vocation commerciale (Numéro Vert, appels gratuits.) Les numéros commencent alors par l'AB = 05 ; il faut composer le 16.05 suivi des 6 derniers chiffres.


En 1983, le 15 juin est commercialisé le nouveau service "Numéro Vert" - Appels Gratuits commençant par le 16.05.  Ce service est acheminé grâce au commutateur téléphonique spécialisé, de la famille E12, basé à Chennevières C.A.S 05 (RP71), mis en service depuis le 30 mai 1983.

De Septembre à Décembre 1983 ont lieu les essais préliminaires sur quelques commutateurs téléphoniques tests pré adaptés au Nouveau Plan de Numérotage à venir. Les essais ont lieu entre le Grand Centre Interurbain de Metz (MZ02) et le Pentaconta de Paris-Philippe-Auguste 1 PC1 (AD31), via le Grand Centre Interurbain de Paris-Poncelet (RT41 & RT42).

  • Ces tests consistent à numéroter des séries d'appels corrects dans la nouvelle numérotation à venir et à détecter d'éventuelles fautes dans les enregistreurs, les traducteurs et l'acheminement. 
  • Puis les essais plus poussés consistent à numéroter des séries d'appels incorrects (numérotation incomplète, ancienne numérotation à 6 chiffres et 7 chiffres bientôt périmée)
  • Enfin des essais consistant à créer des incidents de numérotation (cas du raccrochage en cours de numérotation, ou mise en faux-appel suite à numérotation trop lente, etc...)

Les essais s'avèrent tous exempts de faute de principe dès Décembre 1983.

En 1984, pour être prêt le jour J, chaque commutateur téléphonique à autonomie d'acheminement (860 systèmes électromécaniques et 810 systèmes électroniques ou semi-électroniques), c'est à dire chaque commutateur d'abonnés, ou de transit, est éprouvé pour : 

  • vérifier tous les enregistreurs électromécaniques au nombre de 133.000, 
  • vérifier tous les traducteurs électromécaniques au nombre de 2700,
  • tester la bonne reprogrammation des mémoires des commutateurs électroniques (logiciels de fonctionnement et tables de traduction),
  • détecter les anomalies de signalisation interautomatique, 
  • tester toutes les routes, 
  • rechercher les fautes éventuelles de conception et d'adaptation, 
  • rechercher toutes les perturbations possibles et imaginables.
  • Les essais préliminaires, uniquement prévus pour le parc de commutateurs électroniques, commencent courant 1984 et courent jusqu'à la fin Décembre 1984.
  • Les essais préalables sur les commutateurs électromécaniques et électroniques commencent le 1er octobre 1984. Ils culminent à la mi-novembre 1984 et se poursuivent jusqu'au 31 mars 1985.

Ces opérations préparatoires particulièrement fastidieuses donnent lieu à des mouvements sociaux dans l'Administration dont voici en exemple un premier tract édité par la CGT le 16 juillet 1984 et un autre tract paru le 27 septembre 1985, qui décrivent la situation.

En 1985, à la veille du nouveau plan de numérotation téléphonique devenu impérieux, la France est donc pourvue d’un plan de numérotage en vigueur depuis 1955 et ajusté dans l’urgence à plusieurs reprises depuis 1974, dont la totalité des numéros nationaux d’abonnés comporte 8 chiffres, mais avec 4 Zones Régionales de Numérotage d’abonnés à 7 chiffres (Île-de-France, Oise, Moselle + Meurthe-et-Moselle, Agglomération Lyonnaise) et 66 Zones Régionales de Numérotage enchevêtrées d’abonnés à 6 chiffres. 

1985.10.25NouvelleNumerotationTelephonique

Une campagne publicitaire télévisée de grande ampleur, qui aura coûté la bagatelle de 60 millions de francs, animée par l’immense journaliste et regretté présentateur Léon Zitrone à la diction légendaire est diffusée sur toutes les (quatre) chaînes de télévision françaises avec pour slogan « La France se modernise ».

Zitrone

Ci-dessus : le grand Léon Zitrone, que l'on croyait immortel, et qui eût bien mérité une place à l'Académie Française, d'ailleurs...

(Source : Les Télécommunications, 1993, de François du Castel, Ingénieur Général des Télécommunications, éd. Berger-Levrault)

1985JacquesDondouxNNT

Ci-dessus : mot adressé au personnel par le Directeur Général des Télécommunications Jacques Dondoux en Février 1985, afin que tous les fonctionnaires, de l'Agent de base jusques aux Directeurs, soient imprégnés de la nouvelle numérotation, pour un service au public irréprochable.

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  • À partir du 31 mars 1985, jusqu'au 1er janvier 1986, le Réseau Téléphonique est partiellement gelé. Cela signifie que les opérations de réaménagement du réseau doivent être fortement limitées au minimum strictement impératif. (les transferts d'indicatifs par tranches et les dénumérotages d'abonnés doivent être évités...)
  • Dès le 1er avril 1985, est mis en service par l'administration des PTT le Centre d'Information sur la Nouvelle Numérotation, accessible par téléphone au 16.36.11, délivrant des explications par messages préenregistrés.
  • Le 25 avril 1985 est rédigée la Lettre adressée au personnel par le Directeur des Télécommunications d'Île-de-France Albert Delbouys, pour motiver les troupes.
  • Le 27 juin 1985 à 16H00, le Commutateur Téléphonique Pentaconta de Paris-Cévennes (Cévennes 1 PC1 (AB71)) bascule, en toute confidentialité, dans la Nouvelle Numérotation à 8 chiffres avec 4 mois d'avance sur le reste du parc public. Il s'agit alors de tester localement, grandeur nature et en service réel, l'opération qui s'avérera un complet succès.
  • Le 30 juin 1985, tous les nouveaux câblages des Traducteurs des Commutateurs Électromécaniques de France sont réalisés. Ces Traducteurs seront basculés sur les nouveaux câblages le jour J et les anciens câblages déconnectés à ce même moment.
  • Le 30 juillet 1985, la Circulaire 204 Cab 8 est publiée au Bulletin Officiel PTT. La date du passage à la Nouvelle Numérotation à 8 chiffres est fixée au 25 octobre 1985 à 23H00 et en fixe les principes fondamentaux.
  • Le 20 août 1985, est publiée la liste des 1657 commutateurs téléphoniques d’abonnés de France Métropolitaine qui seront concernés par le passage à la nouvelle numérotation à 8 chiffres du 25 octobre 1985 à 23H00. Y sont listés les commutateurs électromécaniques CP400 et Pentaconta, les semi-électroniques AXE et Métaconta 11F , les électroniques temporels E10N4, E10N3, E10N1 avec les tous premiers MT25.
  • Le 27 septembre 1985, de 20H00 à 24H00, une grande répétition générale est organisée dans toute l’Administration. La totalité des routes de tous les Traducteurs du Réseau sont testé(e)s. La répétition permet notamment de contrôler l’exactitude des procédures prévues, de détecter les défauts et de compenser d’éventuels manques d’effectifs pour le jour J.
  • Entre le 30 septembre 1985 et le 4 octobre 1985, l'intégralité des Commutateurs est placée sous observation de fonctionnement renforcée. Toutes les valeurs sont mesurées et les résultats sont remontés 2 fois par jour aux services compétents et dûment analysés. La densité du trafic et sa qualité sont suivis en permanence.
  • Entre le 14 et le 31 octobre 1985, le Réseau Téléphonique est gelé. Ceci signifie que durant cet intervalle, aucune modification du réseau ne doit plus intervenir, à savoir : aucune nouvelle mise en service de commutateur ne peut être autorisée, aucune mise hors service de commutateur n’est admise ; aucune extension de commutateur n'est autorisée, aucune création, suppression ou transfert d’indicatif ne doit intervenir. Seuls peuvent continuer à être créés, transférés ou résiliés de nouveaux abonnés téléphoniques sur des ressources déjà existantes. 
  • Nota : en l'Île-de-France, le gel du Réseau Téléphonique démarre le 25 septembre 1985 et s'étend jusqu'au 4 novembre 1985 inclus.
  • Entre le 26 octobre et le 3 novembre 1985, soit dès le lendemain du passage à la Nouvelle Numérotation Téléphonique, l'ensemble des commutateurs téléphoniques demeure placé sous étroite surveillance via des personnels de permanence et/ou d'astreinte en cas de surcharge des Unités de Commande.

Le 25 octobre 1985 à 23H00, tout se simplifie . Ce moment marque le passage à la numérotation à 8 chiffres dans l’hexagone. 

22.000 agents des PTT sont mobilisés de nuit durant 8 heures d'affilée entre le 25 octobre 20H00 et le 26 octobre 04H00 pour ce basculage historique concernant 23 millions d’abonnés et qui s’effectue en même temps sur tout le territoire dans les quelque 1700 commutateurs téléphoniques, qu’ils soient électromécaniques où il faille intervenir dessus physiquement (essentiellement sur les organes Traducteurs), ou qu’ils soient électroniques numériques où il faille basculer sur de nouveaux logiciels adaptés.

Ceci est la première fois dans le monde qu’un changement de numérotation se déroule simultanément à l’échelle entière d’un pays qui comporte alors 23 millions de lignes téléphoniques en service. L'ensemble des commutateurs téléphoniques du réseau est basculé à 23H50, soit en moins d'une heure, prouesse technique d'envergure lorsque l'on sait qu'ont été conservés un grand nombre de commutateurs électromécaniques crossbar.

Techniquement, la réussite se devait d'être au rendez-vous, car il faut savoir qu'il n'aurait pas été techniquement possible de revenir en arrière après le début de la mise en branle de l'opération...

L’opération baptisée d’abord « NPN » en Septembre 1984 pour Nouveau Plan de Numérotage est rapidement renommée « NNT2 » signifiant Nouvelle Numérotation Téléphonique - 2ème phase car cela était plus parlant pour l’oreille du grand public ainsi que pour les télécommunicants qui ne sont pas tous des techniciens de commutation.

L’opération, supervisée en direct depuis le Centre National de Coordination situé dans le centre téléphonique de Paris Murat par le Ministre des PTT de l’époque Louis Mexandeau et par le DGT Jacques Dondoux, se déroule sans aucun accroc, ce qui fait l’admiration des télécommunicants des pays du monde entier.

  • Nota : le Centre Téléphonique Murat, étant rattaché au CPE Paris -Auteuil, est placé sous la responsabilité du Directeur d’Établissement Principal M. Claude Davoine.

Les opérations préalables de préparation et d'adaptation des commutateurs téléphoniques électromécaniques et électroniques ont coûté 4,8 milliards de francs.

  • 300 millions de francs pour financer la mise à niveau logicielle des commutateurs électroniques de toute nature,
  • 1,5 milliard de francs pour financer les commutateurs électromécaniques crossbar les plus modernes,
  • 3 milliards de francs pour financer le remplacement anticipé des commutateurs électromécaniques crossbar les plus anciens du début des années 1960 ainsi que l'élimination des commutateurs de types rotatifs hors d'âge.

De fait, la France se retrouve divisée en seulement 2 zones téléphoniques distinctes, les anciens numéros régionaux à 6 (ou 7) chiffres intégrant alors leur indicatif AB (ou A) respectif. Cette nouvelle numérotation téléphonique permet de pouvoir attribuer au moins 50 millions de numéros téléphoniques ; elle est prévue pour durer une dizaine d'années.

Concernant la zone spécifique de Paris et 1ère couronne, les anciens numéros à 7 chiffres BPQ.MC.DU qui avaient comme indicatif de Zone Régionale de Numérotage (A) = (1) se sont vu changer le chiffre 1 pour le chiffre 4 pour devenir un numéro de téléphone au format 4B PQ MC DU. Les autres numéros d’Île-de-France ayant porté les indicatifs A (3) ou (6) ont simplement intégré leur indicatif respectif à leur ancien numéro régional. Désormais :

-de province à province, les abonnés composent les 8 chiffres AB PQ MC DU de leur correspondant, qu’ils soient voisins ou qu’ils habitent à l’autre bout de la France.

-de l’Île-de-France à l’Île-de-France, les abonnés composent les 8 chiffres AB PQ MC DU de leur correspondant.

-de l’Île-de-France à province, les abonnés composent le préfixe interurbain 16, attendent la tonalité spécifique du centre interurbain puis composent les 8 chiffres AB PQ MC DU de leur correspondant en province.

-de province à l’Île-de-France, les abonnées composent le préfixe interurbain 16, attendent la tonalité spécifique du centre interurbain, puis composent le (1) suivi des 8 chiffres AB PQ MC DU de leur correspondant en Île-de-France.

Le préfixe pour l’obtention des numéros internationaux, le 19, demeure inchangé. Les réseaux internationaux s’étant beaucoup automatisés à cette époque, l’international automatique est déjà devenu une réalité. L’abonné compose alors le 19, attend la tonalité spécifique du centre international, puis compose l’indicatif du pays suivi immédiatement du numéro de son correspondant à l’étranger. Ce changement de numérotation a mis fin au plan de numérotage régional « intermédiaire » à 6 chiffres de 1955 qui gaspillait les numéros téléphoniques attribuables en grande quantité. Ainsi en province comme en Île-de-France, désormais, chaque indicatif « départemental » (AB) peut être systématiquement combiné avec 90 PQ différents sans aucune contrainte.

La vie de ce plan était prévue jusqu’en 2015, mais entre temps, la demande téléphonique avait de nouveau explosé.

Nota : Jusqu'à l'avènement de ce nouveau plan de numérotage, les groupes de chiffres des numéros téléphoniques étaient séparés dans les annuaires des abonnés au téléphone par un point, tandis que depuis le passage à la nouvelle numérotation NNT2, ils sont désormais séparés par un espace.

(AB) PQ.MC.DU devient AB PQ MC DU, et (A) BPQ.MC.DU devient AB PQ MC DU

CartePlanNumerotation19851996

Ci-dessus : plan de numérotage à 2 Zones Régionales de Numérotation, à 8 chiffres chacune, et qui ne se chevauchent pas. En vigueur entre 1985 et 1996. La simplification est évidente.

(Source : Les Télécommunications Françaises, 1982, éd. Ministère des PTT)

P54

Ci-dessus : explications sur le plan de numérotage NNT2 adopté le 25 octobre 1985 en France. (Il s'agit présentement du carton d'explication en vigueur alors dans les cabines téléphoniques publiques du réseau français) (Collection C. R-V)


En 1990, la décision est prise au sein de l'Exploitant France-Télécom de passer dès que possible à la numérotation à 10 chiffres dans l’hexagone pour raison technique (au second semestre 1995, période initialement envisagée). 

Les études préparatoires débutent au mois d'Octobre 1990.

En 1991, le 23 septembre, le Directeur Général de France-Télécom, Charles Rozmaryn, crée par la Décision n°38/DG la Délégation à la Nouvelle Numérotation Téléphonique, qui sera chargée d'examiner toutes les solutions pour réussir cette opération de grande ampleur.

En 1992, anecdote de l'Histoire, l'année qui commence sonne le glas le 1er janvier 1992 à 0H00 de l'existence téléphonique de la République Démocratique Allemande en tant qu’État (État lui même disparu depuis le 3 octobre 1990)

  • En effet, à cette date, l'indicatif international de la RDA (37) est remplacé par celui de la République Fédérale d'Allemagne (49) dans tout le territoire de l'ex-RDA (Ordre Télex faisant foi).
  • La tarification à destination de l'ex-RDA est aussi alignée sur celle établie entre la France et la RFA. (alors que la capitale de la nouvelle RFA était redevenue Berlin le 20 juin 1991... alors que Berlin restait plus éloignée de Paris que Bonn même après la réunification... Comprenne qui pourra.)
  • Ceci se traduit par une baisse de coût des conversations téléphoniques internationales (d'1 Unité Télécom toutes les 6,7 secondes à 1 Unité Télécom toutes les 9,8 secondes.) entre la France et l'ex-RDA.

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Un Délégué à la Nouvelle Numérotation Téléphonique (Marc Busch, Ingénieur contractuel) est nommé le 2 janvier 1992.

En effet, la saturation en ressources au niveau des indicatifs AB en zone province menace aux environs de l’année 1997, en raison du succès de la demande pour des lignes téléphoniques analogiques telles que : 

  • - lignes taxiphones puis publiphones en constante croissance,
  • - lignes résidences secondaires, 
  • - lignes fax, 
  • - lignes pour distributeurs bancaires (DAB), 
  • - lignes pour terminaux de payements des commerçants, 
  • - lignes d’ascenseurs, 
  • - groupements alphanumériques de lignes téléphoniques analogiques
  • - besoins de numéros spécifiques pour les services Eurosignal depuis le 29 août 1975, 
  • - Minitel depuis le 30 août 1982 reliés aux commutateurs spécifiques E10.5/PAVI ou CTA, 
  • - lignes d’alarmes dont Télésécurité-Police depuis le 17 septembre 1982,
  • - lignes Audiphone depuis le 13 avril 1983, 
  • - Radiocom 2000 téléphonie mobile de 1ère génération semi analogique depuis le 14 novembre 1985,  jusqu’au 28 juillet 2000, (Nota : un service de Radiotéléphone Automatique analogique ouvre en France le 1er juin 1973 (Réseau R450), qui sera remplacé par le R2000 le 1er janvier 1989.)
  • - lignes RNIS expérimentées en France et pour la première fois au monde depuis le 21 décembre 1987 à Rennes (35) et dans le département des Côtes-du-Nord (22) puis autorisées à la commercialisation le 30 septembre 1988 sous le nom commercial  Numéris y compris avec groupements de lignes, 
  • - Alphapage depuis le 14 janvier 1988, 
  • - lignes d'alarmes dont Transveil depuis le 28 août 1990, 
  • - lignes pour Téléphones Intérieurs à Cartes, expérimentés depuis Juillet 1991, 
  • - lignes  Pointel BI-BOP depuis le 8 octobre 1991, (réseau pilote : Strasbourg)
  • - et surtout GSM téléphonie mobile de 2ème génération tout numérique autorisé depuis le 25 mars 1991, dont la première communication expérimentale est passée dans le réseau public le 1er juillet 1991 par Marcel Roulet, Président de France-Télécom, puis mis en service commercial le 1er juillet 1992 pour la première fois en Europe, dont la croissance hyperbolique est déjà pressentie.

P55

Ci-contre : vue d'un ancien commutateur E10.5 CTA ayant servi jusqu'à sa fermeture en 2012 à l'acheminement des communications télématiques entre les abonnés et l'annuaire électronique des abonnés au téléphone. La multiplication de ce type d'usages en plus de la téléphonie analogique "classique" participa également à la saturation rapide du plan de numérotage de 1985. (Photographie C. R-V)


Nota : le 26 mai 1992 voit l’ouverture des premiers numéros de téléphones parisiens 5B PQ MC DU commençant par l’indicatif A = 5, en plus de l’indicatif A = 4 attribué depuis la nouvelle numérotation du 25 octobre 1985.

Le premier 5B.PQ créé est le 53.20, localisé dans le commutateur MT25 de Trudaine 6 ET2 à Paris. (Ordre Télex du 18 mai 1992)


En 1993, le 2 décembre, le premier commutateur téléphonique est techniquement adapté au futur plan de numérotation à 10 chiffres : il s'agit du Commutateur d'Abonnés Métaconta 11F Lens-Condé 1 (LS82) mis en service depuis le 21 janvier 1980. 

Nota : Le passage à la numérotation à 10 chiffres est alors initialement prévu, d'après les premières notes internes, pour un basculage en Novembre 1995 mais qui sera repoussé à 1996 dès le mois de Juin 1995 pour raison technique. (démentant la rumeur ayant fait état du report en raison des grandes grèves de Novembre et Décembre 1995 contre le Plan Juppé. Finalement, ce report fut providentiel.)

Au 31 décembre 1993 ce sont en tout 2 commutateurs 11F, 2 commutateurs MT25 et 4 commutateurs E10N1 qui sont techniquement adaptés à la nouvelle numérotation à 10 chiffres.

Le parc de commutateurs téléphoniques publics à adapter se compose alors en 1993 de :

  • -1044 commutateurs d’abonnés de 1ère génération (Métaconta 11F, E10N3 et AXE Spatial), 2ème génération (MT25 et E10N1), 3ème génération (AXE10 et E10B3).
  • -110 commutateurs de transit national et international (97 MT20TN et 13 MT20CI).
  • -216 commutateurs affectés au trafic télématique du Minitel (185 E10.5 PAVI) et de l’annuaire électronique (31 E10.5 CTA).
  • -52 Commutateurs Service Mobile (MSC) GSM F1 (Itinéris France Télécom)

Numerotation10Chiffres


En 1994, les adaptations successives de tous les types d’équipements se poursuivent durant toute cette année (dont les commutateurs en premier lieu), ainsi que l’élimination de tous les équipements non adaptés à la future numérotation à 10 chiffres : 

  • les 7 commutateurs électroniques E12 encore en service en 1993 qui seront finalement abandonnés entre 1994 et 1996, avant le passage à la nouvelle numérotation, 
  • les commutateurs électromécaniques crossbar de France (PENTACONTA, CP400 et SOCOTEL S1) dont les derniers disparaissent en Décembre 1994 comme prévu (date butoir fixée initialement au 31 décembre 1994).


Au mois de Mai 1994, le Ministère de l'Industrie, des Postes et Télécommunications et du Commerce Extérieur approuve le nouveau Plan de Numérotage à 10 chiffres proposé par France-Télécom.

Au mois d’Août 1994, les abonnés sont prévenus de l’arrivée de la numérotation à 10 chiffres fixée au printemps 1996. L'Avis relatif à la numérotation à dix chiffres NOR : INDP9401351V est publié le 16 décembre au Journal Officiel de la République Française. Cet avis prévoit une mise en application de la phase 3 du plan de numérotation français au cours du 1er semestre 1996 et publie ses caractéristiques principales à venir, comme le passage à une numérotation unifiée à 10 chiffres et à la création de 5 zones géographiques de numérotation en France métropolitaine. 

Cet avis prévoit en outre une période transitoire où dans chaque nouvelle zone qui sera créée, il soit encore possible pendant quelques mois de continuer à téléphoner à l'intérieur de sa propre zone en continuant à utiliser la numérotation à 8 chiffres.


En 1995, les préparatifs de la Numérotation à 10 Chiffres se précisent.

  • Courant Février 1995, la totalité des 1.400 commutateurs téléphoniques (d'Abonnés, de Transit et Videotex (Minitel)) dialoguent entre eux en numérotation à 10 chiffres. L'ensemble du Réseau Téléphonique "profond" est donc déjà basculé à cette période. Ce n'est qu'entre les abonnés et leur commutateur téléphonique de rattachement respectif que la numérotation à 8 chiffres est provisoirement maintenue.
  • Le 16 mai 1995 à 11H00, le Directeur du Réseau et de l'EXploitation, M. Jean-Pierre Poitevin, annonce officiellement au cours d'une conférence de presse que le passage en Numérotation à 10 Chiffres aura lieu le vendredi 18 octobre 1996 à 23H00.
  • À la date précise du 20 juin 1995, il est procédé à une première campagne d'essais généralisés dans tous les commutateurs du réseau téléphonique français, de la nouvelle traduction au format à 10 chiffres. Cette première campagne permet alors de révéler les éventuels défauts manifeste d'organisation et d'y remédier.
  • L'Avis du 21 juillet relatif à la date de mise en œuvre de la numérotation à dix chiffres NOR : MIPP9500789V est publié au Journal Officiel de la République Française. Cet avis confirme une mise en application de ce plan de numérotation français pour la date du vendredi 18 octobre 1996.

En 1995, indépendance téléphonique de la Principauté d'Andorre.

( section à parfaire)
Andorre se dote de son propre indicatif international, le 376 à la date du 14 janvier 1995 à 00H00. Avant cette date, le téléphone andorran constituait une partie intégrante du réseau téléphonique français de la Région des Télécommunications de Toulouse et ses numéros de téléphones se conformaient alors au plan de numérotage français à 8 chiffres AB PQ MC DU, dont l'AB=07 était réservé uniquement à la principauté d'Andorre. (À noter que cet AB est alors donc très largement sous utilisé...). Puis, après 1982 les numéros de téléphones commencent désormais par l'AB=62, jusqu'au 13 janvier 1995.

Au niveau technique :

  • Le premier AB PQ créé en automatique pour la Principauté d'Andorre est l'AB PQ = 07.82. (année inconnue) sur le commutateur TL566 (année et système inconnus : CP400 ou Pentaconta probables).
  • Suivront les AB PQ = 07.83, 07.84 et 07.85 qui existent dès Juin 1982.
  • Dans le plan de numérotage français, les numéros de téléphone andorrans commencent tous par l'AB=07 jusqu'au premier changement de numérotation intervenu (date à retrouver après 1982), où l'AB=07 est alors remplacé par l'AB=62 jusqu'alors réservé pour les département du Gers et des Hautes-Pyrénées.
  • À la veille de la sortie du Plan de Numérotage Français, existent (ou sont réservés) pour Andorre les AB PQ suivants : 62.80 à 62.89. (soit une capacité réservée de 100.000 abonnés)
  • Andorre acquiert donc son indépendance téléphonique le 14 janvier 1995 à 00H00.

En 1996, le calendrier des opérations de passage à la nouvelle numérotation à 10 chiffres est le suivant :

  • Le 15 Février 1996 il est procédé à une seconde campagne d'essais généralisés de l'ensemble du réseau téléphonique. 1042 Commutateurs d'Abonnés et 176 Commutateurs Videotex (Minitel) sont testés. Les 77.441 tests menés permettent de détecter un total de 322 fautes (soit un taux de 0,41%) et d'y remédier.
  • Entre les 6 et 10 mai 1996 il est procédé, suivant les différentes Directions Régionales, à une campagne d'essais spécialisée dans les Commutateurs Électroniques Temporels d'Abonnés de 2ème et de 3ème générations. Les Commutateurs de 1ère génération n'étant pas concernés par ces tests en sont exclus : les semi-électroniques AXE / Métaconta 11F ainsi que les temporels E10N3.
  • Le 25 juin 1996 il est procédé à une troisième campagne d'essais généralisés qui permet de détecter un total de 136 fautes sur les 89.584 tests menés (soit un taux de 0,15%) et d'y remédier,
  • Le 27 août 1996, il est procédé à une quatrième campagne d'essais généralisés dans les Centres de Transit visant à détecter les fautes résiduelles éventuelles notamment sur certains services particuliers (Colisée, Alphapage, Numéros Verts, liaisons avec l'Outre-mer, etc.)
  • Le 10 septembre 1996 entre 18H00 et 24H00 il est procédé à la répétition générale du basculage (fictif) fixé à 21H00 par les équipes concernées,
  • Le 17 octobre 1996 en matinée, la configuration logicielle de chaque Commutateur d'Abonnés est sauvegardée sur bandes magnétiques via les Dérouleurs de Bandes Magnétiques. (afin de pouvoir "recharger" tout commutateur le jour J en cas de défaillance majeure dite "fatale" lors du basculage.)
  • Du 17 au 25 octobre 1996, la totalité des opératrices (et des opérateurs) des Centres Internationaux Manuels sont mobilisé(e)s pour répondre à l'afflux prévisible des appels à traiter durant la période d'adaptation.
  • Le 18 octobre 1996 à 23H00, la numérotation bascule à 10 chiffres dans l’hexagone pour créer les nouvelles ressources de numéros téléphoniques nécessaires.
  • Entre 23H00 et 23H30, l'on observera le triple du trafic téléphonique habituel à cette heure. Curiosité du public oblige.
  • La campagne d'essais menée dans tout le réseau téléphonique français immédiatement après basculage ne détectera que 34 fautes mineures sur les 106.000 essais (soit un taux de 0,032 %), corrigées en quelques minutes avec facilité.

L’opération, tout comme en 1985, est supervisée en direct depuis le Centre National de Supervision situé dans le centre téléphonique de Paris Murat. Le journaliste scientifique Michel Chevalet remplace feu Léon Zitrone au décompte fatidique, et Michel Bon remplace Jacques Dondoux à la tête de l'opérateur historique.

L’opération, placée sous la responsabilité du Délégué pour la Numérotation à 10 chiffres, M. Marc Busch, se déroule facilement et sans accroc pour les 32,9 millions de lignes téléphoniques, réparties sur 1325 commutateurs téléphoniques alors en service, qui constituent le réseau téléphonique de France-Télécom à cette date précise. 

Le Président de France Télécom Michel Bon, présent à Murat, déclare à l'issue de l'opération : « Nous venons de montrer à nos clients qu'avec France Télécom, ça marche et qu'ils peuvent avoir confiance, même quand c'est compliqué. La réussite de cette opération constitue un atout supplémentaire pour France Télécom dans la perspective de ses prochaines étapes. Quand France Télécom veut, France Télécom gagne.»

Opération préparée sur cinq ans, ayant nécessité 130.000 journées-agent de travail préparatoires et 3.500 agents de service cette nuit là.

La France adopte donc la « NNT3 », pour Nouvelle Numérotation Téléphonique - 3ème phase. La France est d'ailleurs le premier pays du continent européen à inaugurer le passage au format à 10 chiffres. Elle est toujours en vigueur aujourd’hui ; prévue pour durer jusqu’en 2050.

1996.10.18Numerotation10Chiffres

Ci-dessus : logo retenu pour le passage à la numérotation à 10 chiffres en France. Toutes les brochures remises aux abonnés le comportaient, tel le Document Préparatoire d'Information sur la Nouvelle Numérotation à 10 Chiffres remis aux entreprises.

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Nota :

  1. Le préfixe pour l’obtention des numéros internationaux 19 devient 00 pour mise en conformité avec les directives européennes et les recommandations internationales. La tonalité spécifique d’invitation à numéroter du centre international disparaît, le numéro téléphonique à destination de l’étranger précédé de l’indicatif du pays devant être numéroté immédiatement après le 00.
  2. Le préfixe interurbain 16 disparaît
  3. La tonalité d'acheminement historique (440Hz hachés 10 fois par seconde) disparaît. 
  4. Un serveur vocal d'information sur la Nouvelle Numérotation est mis en place. Il sera maintenu jusqu'au 6 janvier 1998, date de sa suppression (Ordre Rapsodie du 16 décembre 1997.)
  • Il faut préciser que la tonalité d'acheminement était devenue obsolète depuis l’arrêt des derniers commutateurs électromécaniques : le temps typique d’établissement d’une communication étant réduit à 3 secondes tout au plus. 
  • L'existence de la tonalité d'acheminement n'était pas normalisée à l'échelle internationale
  • De plus, il avait été écrit dans les arguments en faveur de sa suppression que la France était le seul pays du monde à utiliser la tonalité d'acheminement, ce qui n'était pas tout à fait vrai car en 2003 elle était encore utilisée dans 25 pays, dont en Europe, Afrique et Moyen-Orient. 
  • Enfin, elle créait parfois des conflits de fonctionnement sur les commutateurs téléphoniques Métaconta 11F, lors de l'utilisation du Transfert d'Appel. Aussi, était-il déjà envisagé sa suppression depuis au moins l'année 1990...

Il faut ajouter qu’entre 1985 et 1996 le réseau est devenu entièrement électronique ce qui a rendu le passage à 10 chiffres très aisé et n’a nécessité qu’une mobilisation de 3.500 agents le jour J pour cette nouvelle opération d’envergure.

À cette date, le slogan « 10 chiffres pour tous, partout » devient une réalité en France. L’hexagone est partagé en 5 zones géographiques distinctes et partout où nous habitons en métropole ou dans les départements d’outre-mer, la numérotation est désormais fixée à 10 chiffres. Sont aussi créés 4 zones délocalisées, c'est-à-dire non géographiques pour les besoins en nouveaux indicatifs pour les nouveaux services. 

Le nouveau format est le suivant : EZ AB PQ MC DU où la lettre E pour Exploitant est attribuée à l’opérateur longue distance (de valeur (0) pour l’opérateur par défaut) et la lettre Z indique l’indicatif des Zones distinctes nouvellement créées :

  • 01 : région Île-de-France,
  • 02 : région nord-ouest ainsi que les territoires de la République de l’Océan Indien,
  • 03 : région nord-est,
  • 04 : région sud-est y compris la Corse,
  • 05 : région sud-ouest ainsi que les territoires de la République de l’Océan Atlantique,
  • 06 : téléphonie cellulaire GSM, Alphapage, Eurosignal, BI-BOP.
  • 07 : téléphonie cellulaire GSM, ouverture réglementaire depuis le 5 mai 2009 par décision de l’ARCEP n° 2009-0406 ; 3 mai 2010 début d'attribution réelle.
  • 08 : numéros pour les services à valeur ajoutée,
  • 09 : numéros pour les services de communications interpersonnelles, dont téléphonie VoIP, ouverture depuis le 15 décembre 2005 par décisions de l’ARCEP n° 2005-1084, 2005-1085 et 2005-1086.

P56.PlanNumerotationPourPubliphonesNNT3En1996

Ci-dessus : plan de numérotage NNT3 en vigueur en France depuis le 18 octobre 1996.

(Il s'agit du premier modèle de carton d'explications en vigueur alors dans les cabines téléphoniques publiques du réseau français, qui depuis fut modifié, sans omettre que les cabines téléphoniques sont actuellement désinstallées en masse du territoire national.)

(Collection C. R-V.)


En 1996, indépendance téléphonique de la Principauté de Monaco.


Monaco se dote de son propre indicatif international, le 377 à la date du 21 juin 1996, à 21H00. Avant cette date, le téléphone monégasque constituait une partie intégrante du réseau téléphonique français de la Région des Télécommunications de Nice et ses numéros de téléphones se conformaient alors au plan de numérotage français à 8 chiffres AB PQ MC DU, dont l'AB=93 était attribué au département français des Alpes-Maritimes, incluant alors Monaco. Les numéros de téléphone monégasques commençaient tous par l'AB=93 jusqu'au 21 juin 1996.


Au niveau technique,

  • Le premier commutateur téléphonique automatique de type R6 avec enregistreurs fut implanté à Monaco circa 1937-1938 (Monaco 1 (NC523)) - capacité 6.000 lignes-, époque de l'automatisation de la Côte d'Azur. Correspondant à l'AB PQ 93.30 à partir de 1955.
  • Le réseau intra-monégasque suivit le développement du téléphone automatique français, en y étant totalement intégré.
  • Notons la mise en service d'un commutateur semi-électronique spatial de type Métaconta E11 le 30 avril 1976 (supprimé avant 1990) (Monaco 2 (NC64)). Correspondant à l' AB PQ 93.50 ainsi que le complément de l'AB PQ 93.30 à concurrence de 10.000 abonnés.
  • Notons la mise en service d'un commutateur électronique temporel E10N1 à Monaco en Décembre 1984 (Monaco 3 (NC80)), par les PTT de France et qui vécut la transition des PTT de France vers Monaco Telecom en 1996.
  • En Juin 1982, les deux AB PQ utilisés étaient le 93.30 et le 93.50.

Rédigé pour wikipédia le 24 février 2017.


En 1997, l'Autorité de Régulation des Télécommunications, présidée par Jean-Michel Hubert, rend la Décision n°97-16 le 5 mars 1997 publiée au Journal Officiel du 22 avril 1997 NOR : ARTT9700012S fixant la fin de la période transitoire où était maintenue la possibilité de continuer à téléphoner avec l'ancienne numérotation à 8 chiffres à l'intérieur de sa propre Zone Géographique de rattachement. Cette date est fixée entre le 1er octobre et le 1er novembre 1997, à la main de la S.A France-Télécom, commutateur téléphonique par commutateur téléphonique, pour les 990 commutateurs d'abonnés que compte alors le parc.

Cette période transitoire d'environ une année était nécessaire afin de laisser le temps aux installateurs privés d'installations de télécommunications de mener les adaptations nécessaires, notamment des PABX, des Terminaux de Numérotation Programmés (comme dans le cas des lignes d'ascenseurs ou de téléalarmes, Transveil, etc.)

Dès le 20 novembre 1997, seule perdure depuis lors la numérotation à 10 chiffres en France Métropolitaine.

Pour les étourdis, les communications numérotées à 8 chiffres au lieu de 10 étaient renvoyés sur la machine parlante de leur commutateur de rattachement qui délivrait le message suivant (Cas de l'Île-de-France) : «France-Télécom bonjour. Le numéro de votre correspondant comporte désormais 10 chiffres. Pour obtenir ce numéro, vous devez ajouter le 01 avant son numéro à 8 chiffres. Merci.»

En 1998, le 17 février marque la fin des numéros courts à 2 chiffres du 13 (Dérangements) et du 14 (Agence France-Télécom).

En effet, les nouveaux concurrents s'estimaient lésés que France-Télécom bénéficie de ces numéros historiques très courts, alors que leurs services techniques et commerciaux sont pourvus de numéros plus longs...

La transition s'est effectuée entre le 1er décembre 1997 et le 17 février 1997.

  • Le 13, utilisé par les PTT depuis 1939, est devenu le 10.13 pour les clients résidentiels et le 10.15 pour les clients professionnels,
  • Le 14, utilisé pour l'Agence Commerciale des Télécommunications depuis le 1er octobre 1981, est devenu le 10.14 pour les clients résidentiels et le 10.16 pour les clients professionnels.

En 2000, le 15 décembre à 23H00, le Département de la Réunion bascule dans la numérotation à 10 chiffres, suite à la saturation du plan de numérotage à 6 chiffre en vigueur jusques alors. Les abonnés doivent ajouter 02.62 devant leur numéro de téléphone.

En 2001, le 22 juin, les Départements d'Outre Mer de Guadeloupe (22H30), Martinique (22H30) et Guyane (23H30) basculent dans la numérotation à 10 chiffres pour les mêmes raisons de la Réunion. Les abonnés de Guadeloupe doivent ajouter le 05.90 devant leur numéro de téléphone existant ;  en Martinique le 05.96 et en Guyane le 05.94.

En 2009, le 5 mai 2009 marque l'ouverture réglementaire du préfixe OZ=07 pour la téléphonie mobile GSM/DCS/UMTS par décision de l’ARCEP n° 2009-0406 ; 3 mai 2010 début d'attribution réelle.

En 2010, le 3 mai : ouverture technique et premières attributions, en France, par France Télécom, du préfixe 07 pour la téléphonie mobile. Le premier 07.AB mis en service est le 07.86.

En 2016, le 7 juillet :

  • Le numéro de téléphone 39.00 remplace 5 numéros d'appels aux services techniques et commerciaux de Orange. Ainsi, disparaissent les numéros 1013 (dérangements fixe), 1014 (agence commerciale), 700 et 39.70 (service client mobile Orange).
  • Le numéro de téléphone 39.01 remplace les numéros 10.15 (dérangements professionnels) et 10.16 (agence professionnelle).
  • Arrêt définitif le 4 octobre 2016.


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Histoire des Télécommunications Françaises © Claude Rizzo-Vignaud, 7 octobre 2017.

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